Est Ukrainien: la Russie respectera le oui massif au référendum, mais fait appel à la médiation

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Les membres de la commission électorale comptent les votes dans un bureau de vote de Donetsk, dans l'est de l'Ukraine, le 11 mai 2014 après le référendum séparatiste ouvrant la voix à une partition du pays (Genya Savilov/AFP)
Les membres de la commission électorale comptent les votes dans un bureau de vote de Donetsk, dans l’est de l’Ukraine, le 11 mai 2014 après le référendum sur le statut de la région ouvrant la voix à une partition du pays (Genya Savilov/AFP)

Au lendemain d’un oui massif à des référendums d’autodétermination dans les régions de Donetsk et de Lougansk, ouvrant la voie à une partition du pays, la Russie a annoncé ce lundi 12 mai qu’elle allait «respecter» la volonté des Ukrainiens de l’Est mais prône le «dialogue» avec Kiev et fait appel à la médiation, notamment de l’OSCE, rapporte la presse russe.
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Mise à jour au 12/05/2014, à 12h30

Didier Burkhalter a proposé lundi à Bruxelles de lancer dans la semaine un «large dialogue national», déjà préconisé par l’accord de Genève, entre le gouvernement ukrainien et les représentants des régions, sous l’égide de l’OSCE. Les ministres européens des Affaires étrangères lui ont apporté leur soutien dans ses efforts en vue d’une désescalade.

Les regards se tournent maintenant vers Kiev: l’Ukraine, «parce qu’il s’agit ici de son avenir», doit décider quand elle [la ronde de discussions, ndlr] va démarrer, selon M. Burkhalter.

—-à 11h33

La république de Donetsk demande à être rattachée à la Russie. La République auto-proclamée Donetsk populaire (RDP) a lancé un appel demandant à être admis dans la Fédération de Russie, a déclré un des dirigeant de la République, Denis Poushiline, lors d’une conférence de presse ce lundi.

—-à 11h13

Alors que l’Europe vient d’adopter de nouvelles sanctions contre la Russie,  Moscou menace à son tour de couper  à partir du 3 juin ses livraisons de gaz à l’Ukraine, qui ne paie pas et se montre inflexible sur la question des référendums de dimanche  dans l’Est du pays.

Une note de la société russe Gazprom  va être envoyée à l’ukrainienne Naftogaz l’avisant que le 3 juin, à 10h, si elle ne verse pas le prépaiement demandée  pour le mois de juin, les livraisons  de gaz cesseront, rapporte l’agence russe Interfax.

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«Nous respectons à Moscou l’expression de la volonté des populations des régions de Donetsk et Lougansk», a déclaré le Kremlin dans un communiqué, ajoutant compter désormais sur un « dialogue » entre les régions séparatistes et Kiev.

Le porte-parole de la présidence russe, Dimitri Peskov, avait déclaré au journal économique russe Kommersant que le président russe Vladimir Poutine modulerait sa réponse aux référendums tenus dimanche sur le statut des régions de Donetsk et Lougansk en fonction de «la force de leurs résultats», ajoutant toutefois que la décision «est difficile à prévoir».

Mais hier, les premiers résultats donnaient 89% de «oui» à l’indépendance dans la région de Donetsk. «89,07% ont voté pour et 10,19% contre. Cela peut être considéré comme le résultat définitif», a déclaré Roman Liaguine, chef de la commission électorale mise en place par les insurgés.

Selon lui, le taux de participation a atteint 74,87%.

Les résultats de région de Lougansk sont arrivés plus tard aujourd’hui, les bureaux de vote de la région ayant fermé beaucoup plus tard après des problèmes dans certaines zones ((Svatovo, Melovoye, Byelokurakino, et Troitskoye) «où l’armée a tenté d’interférer avec le déroulement du référendum», selon un porte-parole de l’organisation du référendum dans cette région, Vassily Nikitin.

Autour de 96,2% de la population a voté en faveur de l’indépendance, a déclaré le porte-parole du service de presse de Lougansk Vassily Nikitin.

Plus tôt, la Commission électorale centrale de la République autoproclamée de Louhansk avait indiqué que le taux de participation au référendum était de 81%.

Devant la force de ces résultats, et même si les résultats peuvent être entachés de certaines irrégularités, Moscou, qui recopnnaît la validité de l’exercice, espère maintenant que les référendums dans les régions de Donetsk et Lougansk se traduiront par un dialogue civilisé entre les représentants de Kiev , Donetsk et Lougansk, a indiqué le service de presse du Kremlin.

«Moscou respecte l’expression de la volonté de la population des régions de Donetsk et Luhansk et la mise en œuvre des résultats des référendums doit se faire d’une manière civilisée , sans reprise de la violence, par le dialogue entre les représentants des Kiev, Donetsk et Lougansk», dit le Kremlin.

«Dans l’intérêt d’un tel dialogue des efforts de médiation, y compris par l’OSCE , sont les bienvenus», ajoute le service de presse de la présidence russe.

«La Russie a suivi avec attention la préparation et la tenue des référendums dans les régions ukrainiennes de Donetsk et Lougansk», poursuit le Kremlin. «Nous notons la forte participation de la population, malgré les tentatives de perturber le scrutin».

Kremlin a également condamné l’utilisation de la force «y compris l’utilisation d’armes lourdes contre des citoyens pacifiques qui ont causé des pertes humaines».

Hier, notamment, des membres de la Garde nationale ukrainienne ont ouvert le feu sur la foule à l’extérieur de hôtel de ville de Krasnoarmeisk dans l’est de l’Ukraine et un responsable des insurgés de la région, Denis Pouchiline, a indiqué qu’il y a eu des morts, rapporte l’agence russe Itar-Tass.

L’effusion de sang s’est produite quelques heures après que des dizaines de gardes ont stoppé le vote au référendum sur la souveraineté dans la région. Un photographe de l’agence américaine Associated Press, témoin de l’incident, et que l’on ne peut pas suspecter de connivence avec les pro-russes, rapporte lui aussi avoir vu au moins deux corps immobiles gisant au sol.

Et, encore aujourd’hui. Kiev ne lâche pas. Des tirs et détonations ont repris tôt lundi à Slaviansk, bastion de la rébellion armée, encerclé par les forces ukrainiennes qui y mènent une vaste opération militaire depuis le 2 mai.

Kiev rejette tout compromis

Le président ukrainien par intérim, Olexandre Tourtchinov, a de son côté répété lundi que le référendum est «une farce sans effets juridiques».

«La farce que les terroristes appellent référendum n’est rien de plus qu’une couverture de propagande pour des meurtres, des enlèvements, des violences et d’autres crimes graves», a-t-il déclaré.

Les autorités de Kiev, a dit Tourtchinov «vont poursuivre le dialogue avec ceux qui en Ukraine de l’Est n’ont pas de sang sur les mains et sont prêts à défendre leurs objectifs de manière légale».

Les autorités ukrainiennes sont aussi déterminées à mener à bien le scrutin présidentiel anticipé prévu le 25 mai, qu’elles accusent la Russie de vouloir faire dérailler.

Les insurgés ne veulent pas de cette élection et traitent de «fasciste» le gouvernement provisoire au pouvoir depuis la chute du président démocratiquement élu Viktor Ianoukovitch fin février.

L’Occident répond par d’autres sanctions avant de négocier

Le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, est attendu à Kiev dans la soirée de lundi pour y rencontrer le Premier ministre, Arseni Iatseniouk, et apporter le soutien de l’UE à l’élection.

À Bruxelles, les ministres européens des Affaires étrangères se réunissent et pourraient adopter de nouvelles sanctions plus dures à l’encontre de la Russie, qu’ils accusent de tirer les ficelles dans la crise ukrainienne.

Les ministres des Affaires étrangères des 28 pays membres de l’Union Européenne ont inclus 13 autres personnes et 2 sociétés de Crimée à la liste des sanctions contre la Russie, aurait révélé une source diplomatique européenne en marge de la réunion ministérielle de ce lundi, ajoutant que les mesures entreront en vigueur mardi, rapporte de son côté l’agence russe Itar Tass.

Par contre, la présidente du Fonds monétaire international (FMI), Christine Lagarde, a averti pour sa part aujourd’hui que «la crise ukrainienne constituait un danger que l’on peut encore très difficilement mesurer et dont le risque de contagion à d’autres pays n’est guère prévisible».

Et selon une source diplomatique française, une réunion autorités de Kiev et prorusses pourrait toutefois avoir lieu dès mercredi en Ukraine sous l’égide de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE).

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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