Igor Setchin, proche de Poutine, épargné par les sanctions canadiennes grâce à ses liens d’affaires

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Igor Sechin, le PDG du géant pétrolier, Rosneft, qui détient environ 30 pour cent d'un champ pétrolier Exxon Mobil Corp en Alberta, à l'époque où il était vice-premier ministre de Russie (WikiCommons)
Igor Sechin, le PDG du géant pétrolier, Rosneft, qui détient environ 30 pour cent d’un champ pétrolier Exxon Mobil Corp en Alberta, à l’époque où il était vice-premier ministre de Russie (WikiCommons)

Derrière la rhétorique, le réalisme économique: selon Reuters, le Canada, bien qu’ayant imposé à l’instar des États-Unis de nouvelles sanctions à la Russie en début de semaine, n’a pas pas ajouté dans sa liste de personnes visées deux proches de Vladimir Poutine, Sergei Chemezov, qui dirige le conglomérat Rostecet, et Igor Setchin, patron de Rosneft, parce qu’ils ont tous deux des liens d’affaires trop importants avec le Canada.

Le Canada, soutien inconditionnel du nouveau pouvoir à Kiev, a déjà sanctionné 80 responsables russes et ukrainiens depuis le début de la crise ukrainienne et, après le référendum du 11 mai dans l’est de l’Ukraine, le Canada a imposé encore de nouvelles sanctions, ajoutant 12 noms à sa liste de personnes à qui des sanctions ont été imposées à la suite de la crise en Ukraine.

Toutefois, les noms de Setchin et Chemezov n’y figuraient pas.

«Notre objectif est de sanctionner la Russie, il n’est pas de sanctionner ou pénaliser les entreprises canadiennes», aurait confié à Reuters une source du gouvernement du Canada familière avec la stratégie des sanctions d’Ottawa .

«Nous allons continuer à faire pression sur la Russie, nous allons continuer à imposer des sanctions avec nos alliés, mais nous allons aussi veiller aux intérêts plus larges du Canada», a ajouté la source de l’agence britannique.

Sergei Chemezov est à la tête du conglomérat d’État de l’industrie de la défense d’État, Rostec qui est engagé dans une coentreprise d’assemblage d’avions avec Bombardier, un accord vital pour l’avionneur canadien. L’année dernière, les deux sociétés ont signé un accord 3,4 milliards $ pour vendre 100 avions «court-courriers» en Russie. Bombardier, qui est également fabricant de matériel de transport, a aussi depuis longtemps en Russie une coentreprise dans le secteur ferroviaire.

Igor Setchin, pour sa part, est le PDG du géant pétrolier, Rosneft, qui détient environ 30 pour cent d’un champ pétrolier Exxon Mobil Corp en Alberta.

Sur la liste des Russes visés par les dernières sanctions canadiennes, on ne retrouve d’ailleurs pas de responsables économiques, mais plutôt des responsables politiques ou militaires.

Les Russes visés par les dernières sanctions canadiennes Valeri Vasilevitch Guerassimov, Chef de l’état-major général des Forces armées de la Fédération de Russie, premier sous-ministre de la Défense de la Fédération de Russie, général de l’Armée.

Igor Girkin (aussi connu sous le nom d’Igor Strelkov), membre de la principale direction du renseignement de l’état-major général des Forces armées de la Fédération de Russie.

Sergeï Ivanovitch Menyailo, gouverneur intérimaire de la ville ukrainienne annexée de Sébastopol et ancien commandant adjoint de la flotte russe de la mer Noire.

Sergeï Ivanovitch Neverov, vice-président de la Douma d’État, Russie unie.

Oleg Genirokhovtich Savelyev, ministre des Affaires criméennes.

Ludmila Ivanovna Shvetsova, vice-présidente de la Douma d’État, Russie unie.

Voilà qui semble contredire la déclaration antérieure du Premier ministre Stephen Harper, qui affirmait en mars que la politique étrangère du pays ne dépendrait pas de son intérêt commercial .

Mais, malgré sa rhétorique parfois «incendiaire», le Canada n’est pas le seul pays à faire preuve de réalisme dans cette affaire. Dans un entretien publié vendredi 16 mai, la Chancelière allemande Angela Merkel souligne bien quant à elle qu’à «moyen et long termes», « a coopération étroite avec la Russie » devait se poursuivre.

Néanmoins, pendant ce temps, les menaces se poursuivent et, vendredi, Barack Obama et François Hollande ont mis en garde la Russie contre des «coûts» supplémentaires si elle persistait à déstabiliser l’Ukraine, a indiqué vendredi la Maison Blanche après une conversation téléphonique entre les présidents américain et français.

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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