La torture, une pratique encore généralisée chez notre partenaire mexicain, révèle l’ONU

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Les Canadiens étaient en février 2014 de la fête au centenaire de l'Armée mexicaine (capture d'écran/Vidéo Royal 22e Régiment)
Les Canadiens étaient en février 2014 de la fête au centenaire de l’Armée mexicaine (capture d’écran/Vidéo Royal 22e Régiment)

La torture continue à être utilisée de façon «généralisée» au Mexique, généralement juste après l’arrestation, aussi bien par la police que par l’armée et ce en toute «impunité», déclare le Rapporteur spécial de l’ONU sur la question, Juan E. Mendez.

Le rapporteur spécial de la Convention des Nations Unies sur la torture, a déclaré en conférence de presse vendredi 2 mai que ce «fléau» était répandue.

«J’aimerais dire que la torture est un fait isolé au Mexique», mais «je dois dire qu’il y a en fait une espèce d’endémie de torture», a dit Juan Mendez à l’issue de sa visite de 15 jours dans le pays, au cours de laquelle il s’est rendu dans de nombreuses prisons dans tout le pays.

Du 21 avril au 2 mai Juan Mendez a eu plus de 35 réunions avec près de 100 fonctionnaires de haut niveau de l’État fédéral et de plusieurs États mexicains.

Juan Mendez a rencontré à cette occasion les autorités civiles (le procureur général de la République, le secrétaire de la Santé, et des hauts fonctionnaires des ministères de l’Intérieur, mais aussi de la Défense nationale, de la Marine et des Affaires étrangères .

Il a également rencontré des représentants des pouvoirs législatif et judiciaire au niveau fédéral et des États, des organisations indépendantes de défense des droits, de la société civile et des universitaires.

La torture et les traitements cruels de la part des autorités sont depuis longtemps un élément «constant» au Mexique, a dit le rapporteur spécial, reconnaissant cependant qu’il «semblait y avoir eu un pic sous le gouvernement précédent» de Felipe Calderon, et une légère amélioration depuis.

«La torture n’est pas systématique ou de masse, ça ne veut pas dire que les hauts dirigeants de l’État l’ont ordonné ou encouragé, mais il y a une présence permanente de la violence contre les détenus maintenant», a-t-il précisé.

Malgré une réelle amélioration, le rapporteur de l’ONU a souligné avoir enregistré un nombre «alarmant» de plaintes au cours de ses rencontres avec des prisonniers et avec des organisations civiles mexicaines.

Militarisation et lutte anti-drogue

Il s’est dit particulièrement de la militarisation du pays, dans le cadre de la lutte contre le trafic de drogue.

Dans la plupart des cas, la torture est utilisée immédiatement après une arrestation, pour tenter de faire avouer à la victime qu’elle appartient bien à un cartel de la drogue ou bien lui faire dire où sont des caches d’armes ou de drogue.

Cela commence avec des coups et menaces pendant le transfert vers le lieu de détention, et une fois sur place, la torture continue, allant dans certains cas jusqu’à l’utilisation d’étouffement avec des sacs en plastique, des chocs électriques et des violences sexuelles.

Les affrontements des organisations criminelles entre elles et ceux avec les militaires déployés dans les rues ont fait plus de 80.000 morts dans le pays depuis décembre 2006.

Le Rapporteur spécial a toutefois qu’il y eu progrès significatif au Mexique quant à la restriction de la juridiction militaire provenant des décisions de la Cour suprême de justice et la récente modification du Code de justice militaire .

La relation de défense canado-mexicaine

En février dernier, le Premier ministre Stephen Harper s’était joint à Toluca, au Mexique, le 19 février, à Enrique Peña Nieto, Président du Mexique, et à Barack Obama, Président des États Unis, pour le septième Sommet des dirigeants nord-américains où ils ont discuté, notamment, de coopération en matière de défense et de sécurité.

Non seulement le Mexique est membre de l’ALENA, mais les relations de défense du Canada avec son partenaire mexicain sont de plus en plus importantes et sont en bonne partie centrées sur la lutte commune contre les trafiquants de drogue.

Il ne fait aucun doute, dans les circonstances, que le rapport de Juan E. Mendez sur la torture chez notre partenaire mexicain n’est pas une bonne nouvelle.


Les Canadiens étaient en février 2014 de la fête au centenaire de l’Armée mexicaine (Vidéo: Royal 22e Régiment)

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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