Le Mali en crise après la défaite de l’armée face aux rebelles touareg dans le nord

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Photo d'archives du porte parole du Mouvement national de libération de l'Azawad Ambery Ag Rhissa au téléphone, le 27 juillet 2013 à Kidal Archives/ Kenzo Tribouillard/AFP)
Photo d’archives du porte parole du Mouvement national de libération de l’Azawad Ambery Ag Rhissa au téléphone, le 27 juillet 2013 à Kidal Archives/ Kenzo Tribouillard/AFP)

Le Mali était en crise vendredi après la prise par les rebelles touareg de deux villes du nord du pays, dont le bastion de Kidal, une défaite humiliante pour le gouvernement contraint d’appeler à un «cessez-le-feu immédiat».

Une vingtaine de soldats maliens ont été tués et une trentaine blessés dans les combats, a déclaré le ministre de la Défense, Soumeylou Boubeye Maiga, à la télévision.

Un dirigeant du Mouvement national de libération de l’Azawad, la rébellion touareg indépendantiste, a dressé un bilan différent, parlant de 40 soldats maliens tués et 70 faits prisonniers depuis le début des hostilités samedi, ainsi que de la prise de dizaines de véhicules et de plusieurs tonnes d’armes et de munitions.

Selon l’ONU, en plus de Kidal, les combattants MNLA ont pris Ménaka, une ville de 20.000 habitants située près de la frontière nigérienne dans l’est du Mali, à 660 kilomètres au sud par la route de Kidal, ce qui montre l’étendue de l’offensive rebelle contre l’armée. La perte de Ménaka a toutefois été contestée par le ministre de la Défense.

Le gouvernement malien a admis la défaite de l’armée à Kidal et a appelé à un «cessez-le-feu immédiat».

«Nous avons toujours été ouverts au dialogue, à l’échange avec nos frères»,a déclaré le président malien Ibrahim Boubacar Keïta.

La communauté internationale a multiplié les appels au dialogue pour résoudre cette crise.

En visite express à Bamako jeudi, le chef de l’État mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz, président en exercice de l’Union africaine, a appelé «à surmonter les difficultés avec le dialogue».

Paris, qui dispose toujours de 1.600 soldats au Mali, a jugé «essentiel que les hostilités cessent et que des pourparlers démarrent».

Le chef des opérations de maintien de la paix de l’ONU, Hervé Ladsous, a appelé à «un cessez-le-feu» et au retour «à la situation antérieure».

Les combats avaient éclaté le 17 mai à Kidal entre forces maliennes et groupes armés touareg, à l’occasion d’une visite du Premier ministre Moussa Mara. Environ 45 soldats français étaient présents mais leur rôle s’est borné à assurer la sécurité du Premier ministre malien.

Kidal représente un défi de taille pour l’État malien: dans ce fief du MNLA situé à 1.500 km au nord-est de Bamako, il n’a jamais réussi à complètement reprendre pied, malgré l’offensive lancée en 2013 par l’armée française qui a permis de libérer le nord du Mali de l’emprise de groupes islamistes.

Les rebelles touareg réclament de longue date l’indépendance ou l’autonomie des vastes étendues désertiques du nord du Mali, et ont déjà mené plusieurs insurrections depuis les années 1960.

Les dernières violences ont suscité à Bamako et dans plusieurs villes des réactions d’hostilité envers les soldats français et onusiens déployés dans le Nord, accusés de passivité vis-à-vis du MNLA et des indépendantistes touareg.

«Libérez Kidal!», «MINUSMA (force de l’Onu), à bas!» «La France, à bas!», «MINUSMA dégage!», a-t-on notamment entendu lors de manifestations à Bamako, Gao, Goundam (nord), Niono (centre). Le lycée français de Bamako est resté fermé jeudi pour raisons de sécurité.

Les autorités ont multiplié les appels au calme et à la retenue: «La MINUSMA, la force Serval et les représentants de la communauté internationale (…) ne sont pas nos ennemis», ont-elles souligné.

Pour Bamako, des «groupes rebelles» touareg sont responsables de l’attaque, mais avaient reçu le soutien de «terroristes d’AQMI (Al-Qaïda au Maghreb islamique) et (de) narcotrafiquants».

Des renforts français ont été envoyés à Gao et à Kidal (un peu moins de cent hommes).

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