Le président du Parlement syrien appelle à voter massivement à la présidentielle de juin

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Dimanche 18 mai, le Président de l'Assemblée syrienne, Mohammad Jihad al-Laham, a appelé «le peuple syrien de toutes les allégeances politiques et sociales» à prendre part à l'élection présidentielle du 3 juin (SANA)
Dimanche 18 mai, le Président de l’Assemblée syrienne, Mohammad Jihad al-Laham, a appelé «le peuple syrien de toutes les allégeances politiques et sociales» à prendre part à l’élection présidentielle du 3 juin (SANA)

Le président du Parlement syrien appelle ses concitoyens à voter massivement alors que les préparatifs vont bon train à Damas pour la présidentielle du 3 juin, qui ne pourra toutefois se dérouler que dans les zones tenues par le régime, déjà tapissées de portraits du Président sortant, Bachar Al-Assad.

Aujourd’hui, le Président de l’Assemblée syrienne, Mohammad Jihad al-Laham, a appelé «le peuple syrien de toutes les allégeances politiques et sociales» à prendre part à l’élection présidentielle.

«La Syrie a besoin de chaque voix honnête dans ce scrutin, sur le terrain, dans les usines, les écoles, les universités et dans tous les domaines de la vie», a-t-il déclaré lors de la session du parlement ce dimanche 18 mai, rapporte l’agence officielle syrienne SANA.

«Ceux qui s’abstiennent d’exercer leur droit constitutionnel et leur devoir de voter», a-t-il ajouté, «faillissent à leur devoir un moment où leur famille, leur patrie et les martyrs ont besoin d,eux».

Il a aussi appelé à prendre toutes les mesures et dispositions à pour assurer l’accès aux bureaux de vote pour tous les électeurs et garantir «un climat de sécurité et de paix».

Par ailleurs, les Parlements de 13 pays amis ont été auparavant invité par l’Assemblée syrienne du peuple à délégués des parlementaires et experts électoraux à venir en Syrie et observer le déroulement du processus électoral, a aussi rappelé l’agence officielle syrienne.

On ne sait pas quels sont les «pays amis» invités à titre d’observateurs, mais aucun des opays qui se sont rangés du côté de l’opposition n,en fait fait partie.

Les dés sont pipés

Il s’agit théoriquement de la première véritable élection présidentielle depuis plus de cinquante ans en Syrie, mais, en réalité, les dés sont pipés en faveur d’Assad qui vogue sans difficulté vers une victoire facile.

Auparavant, l’Assemblée du peuple, le Parlement [monocaméral] de la Syrie, composé de 250 membres élus pour un mandat de quatre ans et dominé par la coalition du Front national progressiste au sein de laquelle le Parti Baas de Bachar Al-Assad assume un rôle dirigeant, élisait le président de la république pour un mandat de 7 ans. Celui-ci était ensuite confirmé lors d’une élection qui n’était finalement qu’un plébiscite.

Jusqu’à présent, Bachar al-Assad –comme son père Hafez avant — avait ainsi été plébiscité. Candidat unique, Bachar Al-Assad avait été élu pour sept ans en 2000 avec 97,29% des voix, puis réélu en 2007 avec 97,62% des votes.

Cette fois, Bachar al-Assad y affrontera Maher al-Hajjar, un député indépendant longtemps membre du parti communiste, et Hassan al-Nouri, un homme d’affaires damascène qui a été membre d’une formation de l’opposition tolérée.

Les conditions pour se porter candidat, approuvées par le Parlement le 14 mars, n’ont permis toutefois à aucun candidat de menacer la réélection d’Assad.

Selon les clauses approuvées par le Parlement le 14 mars, le futur président doit avoir vécu en Syrie de manière continue ces 10 dernières années, ce qui exclut de facto la plupart des ténors de l’opposition en exil.

En outre, tout candidat doit obtenir le soutien d’au moins 35 des 250 députés. Or comme le Parlement est acquis au régime, il était quasi impossible à un adversaire sérieux qui aurait pu menacer Assad d’obtenir le nombre requis de soutiens au sein de la députation.

Les opposants au régime qualifie l’élection de «farce»

Les États-Unis et de nombreux pays occidentaux, ainsi que l’opposition syrienne en exil, ont en revanche qualifié l’élection de «farce».

Les onze pays membres du groupe des Amis de la Syrie, réunis à Londres le 15 mai –Royaume-Uni, Allemagne, Italie, France, Arabie saoudite, Émirats arabes unis, Qatar, Égypte, Jordanie, États-Unis, Turquie — ont dénoncé, en présence du chef de l’opposition syrienne Ahmad Jarba, une «parodie de démocratie».

«Nous appelons l’ensemble de la communauté internationale à rejeter ces élections illégitimes, comme la Ligue arabe, les Nations unies, les États-Unis, la Turquie et l’Union européenne l’ont déjà fait », ont souligné ces pays dans un message développé ensuite en conférence de presse par le chef de la diplomatie britannique, William Hague, hôte de la réunion, et son homologue américain John Kerry.

Le secrétaire d’État américain a qualifié pour sa part de «farce», d’«insulte» et d’«imposture» le scrutin, qui se déroulera uniquement dans les territoires contrôlés par le régime dans un pays ravagé par trois années de conflit.

Pendant ce temps, le combat continue et le chef de l’opposition syrienne, Ahmad Jarba, qui avait réclamé la semaine dernière des armes anti-aériennes aux Etats-Unis, compte réitérer sa demande à Paris où il doit rencontrer mardi soir le président français François Hollande.

Selon M. Jarba, l’opposition doit faire face à des ennemis multiples: d’une part les forces du régime et leurs alliés -Hezbollah libanais, Gardiens de la révolution iraniens, milices chiites irakiennes- et d’autre part les groupes islamistes extrémistes liés à al-Qaïda.

Samedi, les principaux groupes rebelles islamistes en Syrie ont publié un nouveau code d’honneur dans lequel ils se sont engagés à réaliser « un Etat de droit, la liberté et la justice », quelques mois après que l’un d’entre eux ait appelé à fonder un Etat islamique en Syrie.

Le conflit en Syrie, déclenché en mars 2011 par la répression du mouvement de contestation pacifique, a fait plus de 150.000 morts, 6,5 millions de déplacés et quelque 2,6 millions de réfugiés.

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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