Le rapprochement Russie-Égypte se poursuit: exercices antiterroristes communs en 2015

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Un Mig-29-K à Zoukovski, un centre de recherche scientifique et un centre d'essai de l'aviation russe à 40 km au sud-est de Moscou (Archives/Vasily Zimin/WikiCommons)
Un Mig-29-K à Zoukovski, un centre de recherche scientifique et un centre d’essai de l’aviation russe à 40 km au sud-est de Moscou (Archives/Vasily Zimin/WikiCommons)

Pendant que toute notre attention est focalisée sur la crise ukrainienne, la Russie et l’Égypte organisent pour 2015 des exercices antiterroristes communs, a annoncé la semaine dernière le lieutenant-colonel Evgueni Mechkov, porte-parole du ministère russe de la Défense, rapporte le quotidien Izvestia.

Après une visite de cinq jours de la délégation russe des troupes aéroportées en Égypte, Evgueni Mechkov a déclaré que les parties russe et égyptienne s’étaient consultées sur la préparation et l’organisation d’un exercice antiterroriste commun.

Les Américains étaient depuis plusieurs années le principal soutien des militaires égyptiens, mais se sont montrés mal à l’aise devant les actions du gouvernement installée par l’Armée et la lutte qu’il mène contre les islamistes

À l’automne 2013, les Américains avaient annoncé qu’ils «recalibraient» leur aide à l’Égypte en suspendant notamment la livraison d’hélicoptères Apache, de missiles et de pièces de chars d’assaut. La raison: la sanglante répression contre les partisans du président déchu Mohamed Morsi.

La Russie, qui attache une grande importance aux relations avec l’Égypte, le pays clé dans la région, n’allait pas laisser passer une si belle occasion.

Au cours de la visite du ministre russe de la Défense Sergueï Choïgou en Égypte à l’automne 2013, plusieurs accords avaient été signés, notamment sur la formation d’officiers égyptiens dans les écoles militaires russes et l’organisation d’exercices communs.

Début 2014, Moscou et Le Caire ont convenu d’accélérer la préparation d’accord de coopération militaro-technique, avait pour sa part déclaré le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov à l’issue d’une rencontre réunissant les ministres russes et égyptien des Affaires étrangères et de la Défense.

Snobée par l’Amérique, l’Égypte s’est tournée début 2014 vers la Russie pour s’armer.

En février, la Russie a signé un contrat pour la fourniture en Égypte d’un grand volume de matériel militaire et, aujourd’hui, les exercices communs permettent maintenant de montrer cet équipement à l’œuvre.

Le Caire veut maintenant acquérir des chasseurs MiG-29, des missiles antiaériens, des hélicoptères Mi-35, des complexes côtiers antinavires et des munitions.

La Russie montre, par cet accord sur les manœuvres communes, qu’elle est prête à coopérer avec le gouvernement d’al-Sissi. En outre, la Russie a également des plans stratégiques à plus long terme que l’organisation d’exercices conjoints.

«Moscou intensifie sa coopération globale dans le secteur militaro-technique avec l’Égypte pour revenir au niveau des années 1950-60, quand l’URSS avait de facto réarmé toute l’armée égyptienne», dit Sergueï Sereguitchev, expert de l’Institut du Proche-Orient, dont les propos sont rapportés par la presse russe.

Pendant que l’Occident s’embourbe dans son soutien au nouveau pouvoir ukrainien à Kiev, la Russie renforce aujourd’hui son implantation en Égypte et Moscou devrait sans doute améliorer aussi le contact entre les services de renseignement des deux pays. D’autant plus que la lutte aux islamistes est maintenant une cause commune aux deux pays.

Offusqués des critiques américaines, les Égyptiens semblent donc de plus en plus en voie de redevenir «clients» des Russes, comme à l’époque glorieuse de Nasser dans les années 50 et 60.

Et la Russie, elle, a de moins en moins de raison de ménager la susceptibilité de l’Occident.

Retour à la Guerre froide en Europe, retour à l’époque nassérienne en Égypte! Ce film tourne à l’envers et il n’est pas certain que le scénario va plaire à tous!

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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