L’Égypte dévoile des «preuves vidéo» contre le journaliste canadien arrêté en décembre

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100 jours de prison pour Mohamed Fahmy. (Al Jazeera/45eNord.ca)
Le journaliste canadien Mohamed Fahmy, emprisonné en Égypte depuis le 29 décembre, pourrait être condamné à 15 ans de prison (Al Jazeera/45eNord.ca)

Un tribunal égyptien a dévoilé des «preuves vidéo» contre le journaliste canadien emprisonné depuis décembre dernier et deux de ses collègues qui démontreraient, selon l’accusation, le lien un entre eux et l’organisation interdite des Frères musulmans.

Le journaliste Égypto-Canadien Mohamed Fahmy, le chef du bureau de langue anglaise au Caire pour la chaîne de télévision Al Jazeera , et deux de ses collègues , le journaliste australien Peter Greste et le producteur égyptien Mohamed Baher – sont emprisonnés depuis le 29 décembre et accusés de complot en vue de ternir la réputation internationale de l’Égypte en diffusant de fausses nouvelles et d’avoir aider une organisation terroriste.

En décembre 2013, les autorités égyptiennes ont déclaré les Frères musulmans «organisation terroriste».

C’est dire que, non seulement l’appartenance à la cette fraternité islamiste est désormais punissable par la loi, mais même un simple lien avec elle pourrait valoir une condamnation au journaliste canadien et à ses collègues.

Toutefois, dans cette affaires, ni les accusés, ni leurs avocats n’ont pu examiner ces «preuves vidéo», avant qu’elles ne soient présentées en Cour.

L’accusation avait demandé la semaine dernière que la défense paie 1,2 millions de livres égyptiennes (soit environ 183 000 canadiens $) pour obtenir des copies des documents vidéos qu’elle s’apprêtait à dévoiler.

Le montant «est sans précédent. C’est absolument fou», s’était exclamé le frère de Mohamed Fahmy , Adel, dans un entretien téléphonique depuis l’Égypte mercredi. «Il s’agit d’un obstacle intentionnelle par l’accusation pour que les avocats de la défense ne puissent pas bien se préparer».

Les «preuves vidéo»

Et aujourd’hui, tel qu’annoncé, plusieurs enregistrements audio et vidéo fournies ont effectivement été dévoilés en Cour.

Les clips inclus des conversations générales avec des partisans des Frères musulmans et des images de manifestations contre l’ancien chef de l’armée, maintenant favori à la présidentielle dans quelques jours, le maréchal Abdel Fattah al- Sisi .

Le tribunal a également pu écouter des enregistrements audio qui auraient été trouvés dans la possession de l’Australien Peter Greste, ce que nie le journaliste. .

Une photo présentée par les procureurs de l’accusation montre aussi le journaliste canadien debout derrière l’ancien chef militaire égyptien, Mohamed Hussein Tantawi, qui avait assuré l’intérim entre le départ de l’ancien président Moubarak et les premières élections législatives et présidentielles qui avaient donné le pouvoir aux islamistes.

Cette photo a été présentée par l’accusation comme étant «fabriquée», une façon pour Fahmy selon ses accusateurs, de se couvrir.

La preuve contre eux incluait aussi des rapports de correspondants d’autres chaînes d’information .

Un porte-parole d’Al-Jazira, la chaîne qui emploie Mohamed Fahmy, a pour sa part qualifié les accusations d «absurdes» et a déclaré que les autorités égyptiennes n’avaient pas le moindre «élément de preuve» contre les journalistes.

Mohamed Fahmy pourrait être condamné à 15 ans

Le procès des trois journalistes, détenus depuis leur ont arrestation au Caire en décembre a débuté en février. Le journaliste canadien, dans cette affaire, pourrait être condamné à 15 ans de prison.

Pour compliquer encore davantage la situation, Farag Fathy et deux autres avocats engagés par la chaîne qatarie Al Jazeera pour défendre Peter Greste et Mohamed Fahmy se sont retirés de la semaine dernière après qu’Al-Jazzera a décidé de poursuivre poursuivi l’Égypte pour 150 millions de $( US ) pour le mauvais traitement de ses journalistes et la perturbation de ses activités.

M. Fathy a dit au juge qu’il ne pouvait pas continuer à défendre les journalistes alors leur employeur a «insulté» l’Égypte.

Khaled Abou Bakr et un autre avocat continue toutefois à défendre le journaliste canadien.

Par ailleurs, l’état de santé d’un quatrième journaliste d’Al Jazeera arrêté en août 2013 mais jamais inculpé, Abdullah Elshamy, se détériore après quatre mois une grève de la faim .

Mohamed Fahmy, Prix mondial de la liberté de presse

Mohamed Fahmy a précédemment travaillé pour CNN et la BBC. Il a immigré au Canada avec sa famille il y a 20 ans.

Il est aussi l’auteur de «Egyptian Freedom Story», un compte rendu du Printemps arabe de 2011.

Il deviendra cette année le 16e lauréat du Prix mondial de la liberté de presse qui sera décerné à l’occasion du dîner annuel du Comité canadien pour la liberté de presse mondiale (CCLPM), au Centre national des Arts.

Le journaliste canadien a également reçu plusieurs lettres de soutien de personnalités Égyptiennes, y compris Amr Moussa, un ancien secrétaire général de la Ligue arabe et candidat à la présidentielle le 26 mai.

Le président américain Barack Obama et d’autres dirigeants du monde ont aussi appelé à la libération des journalistes d’Al-Jazzera emprisonnés en Égypte.

Et John Baird, ministre des Affaires étrangères du Canada, a dit qu’il a soulevé la question de l’emprisonnement de Mohamed Fahmy avec des responsables égyptiens quand il était en Égypte le mois dernier .

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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