Les dirigeants sud-soudanais mènent le pays à la catastrophe dénonce Navi Pillay

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La Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Navi Pillay, et le Conseiller spécial des Nations Unies sur la prévention du génocide, Adama Dieng, lors d’une conférence de presse à Juba au Soudan du Sud (MINUSS)
La Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Navi Pillay, et le Conseiller spécial des Nations Unies sur la prévention du génocide, Adama Dieng, lors d’une conférence de presse à Juba au Soudan du Sud (MINUSS)

À l’issue d’une visite deux jours au Soudan du Sud, la Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Navi Pillay, a dénoncé mercredi 30 avril l’attitude des dirigeants sud-soudanais qui s’affrontent pour le pouvoir, estimant qu’ils menaient le pays à la catastrophe, rapporte le service d’information de l’ONU.

«Le meurtre de centaines de personnes, dont de nombreux civils, à Bentiu, et les représailles contre des déplacés ayant trouvé refuge dans le site de l’ONU à Bor, et qui ont causé la mort d’au moins 50 hommes, femmes et enfants, ont montré combien le Soudan du Sud est proche du désastre. Sans la ferme intervention des casques bleus indiens, des centaines d’autres auraient pu être tués », a déclaré Mme Pillay lors d’une conférence de presse dans la capitale sud-sopudanaise, Juba.

Mi-avril, le Conseil de sécurité avait déjà condamné les attaques par des groupes armés au Soudan du Sud qui ont délibérément visés des civils des sites de la Mission des Nations Unies à Bor, dans l’État de Jonglei, et à Bentiu dans l’État de l’Unity . La MINUSS (Mission des nations unies au Soudan du Sud) avait également condamné l’attaque contre son site à Bor qui abrite près de 5000 civils déplacés.

Lors de cette visite effectuée à la demande du Secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon, Navi Pillay était accompagnée par le Conseiller spécial des Nations Unies sur la prévention du génocide, Adama Dieng, pour faire le point sur la situation des droits de l’homme après les massacres à Bentiu et Bor, rapporte l’ONU.

«Le mélange meurtrier de récriminations, de discours de haine, et de représailles meurtrières qui s’est développé sans relâche au cours des quatre mois et demi écoulés semble arrivé à son point d’ébullition, et je suis de plus en plus préoccupée par le fait que ni les dirigeants politiques du Soudan du Sud ni la communauté internationale ne semblent percevoir combien cette situation est dangereuse», a dit la Haut-Commissaire des Nations Unies aux Droits de l’Homme.

« Malheureusement, pratiquement tout ce que j’ai entendu ou vu lors de cette mission a renforcé le sentiment que les dirigeants du pays, au lieu de saisir la chance de conduire leur jeune nation pauvre et marquée par la guerre vers un avenir de stabilité et de plus grande prospérité, se sont lancés dans une lutte de pouvoir personnelle qui a conduit leur propre peuple au bord de la catastrophe », a poursuivi la Haut-Commissaire.

Navi Pillay et Adama Dieng ont rencontré le Président Salva Kiir et le dirigeant de l’opposition Riek Machar. les deux haits responsables de l’ONU se sont également rendus au camp de l’ONU à Bor mais ils n’ont pas pu se rendre à Bentiu.

«J’ai été choquée par l’apparente absence de préoccupation affichée par les deux dirigeants concernant les risques de famine, quand j’ai soulevé cette question », a dit Mme Pillay, ajoutant qu’«Il est crucial que le peuple sud-soudanais et la communauté internationale fassent comprendre aux dirigeants politiques du pays qu’ils doivent arrêter d’entraîner aveuglement leur peuple sur le chemin de l’autodestruction».

Très mince espoir

Seule note positive et mince, très lueur d’espoir, la justice sud-soudanaise a libéré en signe d’apaisement vendredi 25 avril, à la demande du gouvernement, quatre ex-dignitaires du régime, proches de l’ancien vice-président Riek Machar qui a pris mi-décembre la tête de la réberllio rébellion et qui étaient jusqu’ici accusés de tentative de coup d’État.

Ces libérations étaient une exigence fondamentale du camp Machar et l’un des principaux points d’achoppement des pourparlers de paix, jusqu’ici infructueux, qui doivent reprendre maintenant à Addis Abeba pour trouver une issue politique durable au conflit.

Lors d’une conversation mardi soir au téléphone avec le Président sud-soudanais, Salva Kiir, rapporte également le service d’information de l’ONU, le Secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon, a donc salué le pardon accordé à des détenus et a souhaité que cela ait un impact positif sur les pourparlers de paix menés par l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD).

Les événements survenus ces dernières semaines au Soudan du Sud font ressortir l’importance cruciale des efforts de médiation sous l’égide de l’Autorité intergouvernementale pour le développement [l’IGAD], mais la plupart des observateurs doutent que ces négociations débouchent sur des avancées concrètes.

Les belligérants veulent trouver une solution «de manière militaire et […] par la négociation intra-soudanaise, mais pas à Addis. Ils veulent faire à leur manière » et refusent de se voir dicter quoi que ce soit de l’extérieur, expliquait la semaine dernière un diplomate en poste à Juba dont l’Agence France-Presse rapportait les propos.

Quant à Ban Ki-moon, il a aussi exhorté cette semaine le Président Kiir à intervenir personnellement pour arrêter la campagne négative contre les employés de la MINUSS et à publier une déclaration publique à ce sujet.

Le Secrétaire général a aussi appelé à un arrêt immédiat des combats et des meurtres de civils sud-soudanais. « Il a souligné la nécessité de garantir que les auteurs de l’attaque absolument inacceptable contre le site de la Mission des Nations Unies au Soudan du Sud (MINUSS) à Bor et des tueries à motivation ethnique à Bentiu soient rapidement traduits en justice », a dit son porte-parole.

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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