Libye: d’autres appuis au général dissident Haftar, Washington garde toutes les portes ouvertes

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Le général dissident Khalifa haftar (WikiCommons)
Le général dissident Khalifa Haftar (WikiCommons)

Le général dissident Khalifa Haftar, qui, disant parler au nom de l’Armée, a indiqué mercredi qu’il demandait au Conseil supérieur de la magistrature (CSM) d’écarter le Congrès général national (CGN) dominé par les islamistes et de former un Conseil présidentiel civil pour conduire une nouvelle période de transition, a reçu mercredi l’appui du ministre libyen de la Culture, Habib Lamine, alors que Washington, de son côté, gardait toutes les portes ouvertes.

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Mise à jour au 22/05/2014 à 15h39

Le gouvernement libyen a demandé jeudi à toutes les milices de quitter Tripoli en réaction à un appel à l’aide du Parlement lancé à d’ex-rebelles, face à un général dissident qui rallie de plus en plus de soutiens.

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Depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011, le gouvernement central, en butte aux groupes d’islamistes radicaux lourdement armés, n’est jamais parvenu à établir son autorité.

Le Congrès général national (CGN), la plus haute autorité politique et législative du pays, est considéré par plusieurs observateurs comme une des cause de la crise. Il est notamment critiqué pour n’avoir pas su donner au pays un gouvernement fort, capable de rétablir la sécurité dans le pays, en proie au chaos depuis la chute du régime Kadhafi.

Il semble donc qu’une bonne partie des militaires, menés par le général Haftar, en aient maintenant plus qu’assez de cette situation et qu’un autre changement de régime se profile peut-être à l’horizon.

Vendredi dernier, une force conduite par l’ex-général à la retraite Haftar a lancé une opération pour purger la Libye des milices islamistes.

Lundi, une unité d’élite de l’armée libyenne à Benghazi ainsi que des officiers de l’armée de l’air et des brigades de police et de l’armée ont déjà annoncé leur ralliement à la force paramilitaire d’un général à la retraite accusé de tentative de coup d’État.

Et un colonel libyen, disant parler au nom de l’Armée et lisant à la télévision un communiqué au nom de l’armée, a aussi annoncé la suspension du CGN.: «Nous, membres de l’armée et les révolutionnaires (ex-rebelles), nous annonçons la suspension du CGN», a déclaré le Colonel Mokhtar Fernana, commandant de la Police militaire, sur deux chaînes privées de télévision.

Mercredi, selon le général Haftar, devant le refus du CGN dominé par les islamistes de suspendre ses travaux comme le lui avaient demandé les militaires, l’Armée du général Haftar a donc pris la décision d’exiger que soit écarté une fois pour toute ce parlement qui avait d’ailleurs suscité l’ire de la population en prolongeant lui-même son mandat..

Le Conseil supérieur des forces armées [autoproclamé, ndlr] du général Haftar demande au CSM, la plus haute autorité juridique du pays, de former un Conseil supérieur présidentiel, civil, qui aura pour mission de former un gouvernement d’urgence et préparer des élections législatives.

«Le Conseil présidentiel remettra le pouvoir ensuite au Parlement élu», a ajouté M. Haftar qui parlait depuis la ville d’Al-Abyar, dans l’est libyen.

On ignore pour le moment si le CSM répondra positivement à la demande du général accusé par les autorités de transitions de mener un coup d’État, mais, mercredi, le ministre libyen de la Culture, Habib Lamine, a indiqué quant à lui qu’il soutenait l’opération militaire du général dissident.

«Je soutiens cette opération contre les groupes terroristes. Le Congrès général national (CGN, Parlement), qui protège les terroristes, ne me représente plus», a-t-il dit, déclarant toutefois qu’il gardait son poste de ministre jusqu’à sa démission ou limogeage.

«L’Armée auto-déclarée doit garder le caractère civil de la vie en Libye», a-t-il toutefois affirmé, appelant la population à la soutenir.

Le ministre de la Culture devient ainsi le premier membre du gouvernement libyen à se déclarer aussi ouvertement en faveur de l’opération du général à la retraite.

Khalifa Haftar a indiqué en outre que son Conseil supérieur [auto-proclamé, ndlr] des forces armées, continuera d’assurer la sécurité durant la période de transition et celle d’après.

De son côté, Washington a pris ses distances mardi du général libyen dissident libyen, assurant que les Etats-Unis n’avaient «pas eu de contacts récemment» avec le général libyen à la retraite.

«Nous n’approuvons, ni ne soutenons les actions conduites sur le terrain », a déclaré la porte-parole du Département d’État, Jen Psaki, précisant n’avoir pas non plus apporté « d’assistance à ces actions», mais s’abstenant de dire si, oui ou non, l’offensive du général Haftar était considérée comme un coup d’État militaire aux yeux de Washington, se gardant ainsi toutes les portes ouvertes.

Khalifa Haftar

Une unité d’élite de l’armée libyenne à Benghazi ainsi que des officiers de l’armée de l’air et des brigades de police et de l’armée ont déjà annoncé leur ralliement à Khaloifa Haftar (Twitter/Syricide)
Khalifa Belqasim Haftar, un officier supérieur libyen formé à l’académie militaire de Benghazi, puis dans l’ancienne Union soviétique, avait été nommé par ses pairs chef d’état-major des nouvelles forces armées libyennes, l’Armée nationale libyenne, le 18 novembre 2011.

Autrefois l’un des généraux de l’armée de Mouammar Kadhafi lors de l’opération Manta, une opération militaire française qui s’est déroulée au Tchad entre 1983 et 1984 dans le cadre du conflit tchado-libyen, il est fait prisonnier en 1987 par les Tchadiens.

«Retourné» par les États-Unis, il devient dans les années 1980 le chef de la «Force Haftar», basée au Tchad.

Constitué des quelques 2 000 Libyens capturés avec leur chef, ce groupe équipé par Washington était destiné à envahir la Libye pour renverser Kadhafi.

Mais, à l’arrivée au pouvoir à N’Djamena d’Idriss Déby, soumis à de fortes pressions de Kadhafi pour livrer le général renégat, tout est remis en cause et la Force Haftar doit être exfiltrée en urgence en 1990. Haftar s’exile alors aux États-Unis.

En 2011, il retourne en Libye pour soutenir l’insurrection et, le 24 mars, prend le commandement de l’armée rebelle. Il participe à la bataille du golfe de Syrte et à la troisième bataille de Brega.

Devant la transition chaotique émaillée de violences qui n’en finit plus depuis la chute de Kadhafi, délà en février 2014, Haftar avait annoncé dans une apparition à la télévision la suspension du gouvernement libyen.

Son annonce n’avait alors pas été prise au sérieux par l’ancien Premier ministre Ali Zeidan, mais voilà qu’aujourd’hui le général revient plus fort, à la tête de militaires qui en ont assez de l’instabilité et de l’insécurité et n’hésitent pas s’en prendre aux les milices islamistes de Benghazi et à attaquer le parlement libyen.

Un changement de régime possible dans un avenir proche? Le général dissident n’a pas hésité à affirmer cette semaine qu’il accepterait la présidence… «si le peuple le lui demandait».

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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