Afghanistan: Martin Forgues, une voix «différente» en cette journée de commémoration

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Martin Forgues, (g) ex militaire devenu journaliste indépendant et auteur d'un essai très critique sur la guerre en Afghanistan,  au lancement de son livre le 8 mai 2014 à Montréal  en compagnie de son camarade Éric «Corvus» Venne, (d), qui ne cache pas souffrir de SSPT,  avec qui l'auteur  a servi en Afghanistan (Jacques N. Godbout/45eNord.ca)
Martin Forgues, (g) ex militaire devenu journaliste indépendant et auteur d’un essai très critique sur la guerre en Afghanistan,  au lancement de son livre le 8 mai 2014 à Montréal  en compagnie de son camarade Éric «Corvus» Venne, (d), qui ne cache pas souffrir de SSPT,  avec qui l’auteur  a servi en Afghanistan (Jacques N. Godbout/45eNord.ca)

Hier, 8 mai, la veille du Jour national de commémoration, sortait le premier essai de l’auteur et journaliste indépendant Martin Forgues, ex militaire qui, après avoir servi 12 ans avec un déploiement en Afghanistan, est devenu écrivain et «soldat de l’information». 

L’Afghanicide de Martin Forgues raconte la guerre en Afghanistan de façon extrêmement critique.

Écrit sous forme de pamphlet et appuyé par de nombreuses et solides références, ce livre, L’Afghanicide, paru chez VLB raconte la guerre en Afghanistan de façon extrêmement critique.

L’auteur ne cache pas qu’à son avis, malgré le travail remarquable des soldats sur le terrain, les décisions stratégiques ont été à son avis désastreuses.

«L’Afghanicide est une critique de la dernière aventure militaire en Afghanistan, avec un focus sur le chapitre canadien. Un ouvrage coup-de-poing qui soulève de nombreuses questions sur les décisions prises en haut lieu tout en soulignant le travail des soldats et officiers sur le terrain» Il dresse un pronostic quant à la viabilité des progrès accomplis dans le pays tout en proposant une réflexion cruciale. A-t-on abandonné les Afghans? A-t-on gagné cette guerre? Voulait-on gagner cette guerre? », écrit l’éditeur, VLB, dans l’invitation au lancement de l’ouvrage.

Martin Forgues, le soldat

À 18 ans, Martin Forgues s’est enrôlé à 18 ans dans la réserve au Régiment de Maisonneuve à l’été 1999 avant les événements du 11 septembre «un peu par idéalisme mal placé» en rêvant de porter un casque bleu de l’ONU.

Mais il se porte quand même volontaire pour l’Afghanistan où il va rejoindre ses camarades au mois de septembre 2006.

Après l’infanterie, Martin est aux opérations psychologiques (les psy ops), de 2008 à 2010 où il atteint le grade de sergent, devient commandant de section.

Il a, pour la première fois une vue d’ensemble de l’opération.

Au «psy ops», pour faire leur travail, «on est vraiment dans le secret des dieux. On reçoit tous les rapports de terrain, on connaissait le « big picture » de la mission pour pouvoir mener nos campagnes. On s’en allait, comme si la victoire n’était plus un objectif», dit le journaliste-soldat.» «Qu’on gagne ou qu’on perde, on s’en va», racontait Martin Forgues en mars dans une entrevue à Nicolas Laffont de 45eNord.ca dans la série «Le Canada en Afghanistan, rétrospectives».

Martin Forgues, le journaliste

Finalement, après plus de 12 ans dans les Forces canadiennes, le 30 décembre 2010, Martin Forgues est redevenu un civil.

Maintenant journaliste indépendant depuis plus de trois ans, Martin Forgues se dit enfin libre de faire ce qu’il veut.

Après une première année comme journaliste généraliste, il est revenu à l’actualité militaire.

Le travail de Martin Forques n’est pas focalisé sur l’armée canadienne, comme on pourrait le croire, mais, de façon plus vaste, sur la guerre et, particulièrement, ses effets sur la population civile.

Il rappelle d’ailleurs que, «tout ce qui s’est passé en Afghanistan, l’impact principal, c’est sur eux [les Afghans], pas sur nous [les Canadiens]».

L’auteur de L’Afghanicide soutient aussi qu’à la faveur du conflit en Afghanistan, le Canada s’est rebâti une réputation militaire et une armée aux frais des populations civiles afghanes.

Poursuivant maintenant son combat comme écrivain et  soldat de l’information, Martin Forgues travaille également sur un documentaire sur les anciens combattants «C’est un sujet qui vient me chercher, dit-il, moi je m’en sors bien, mais j’ai des collègues pour qui ça ne va vraiment pas. Je sens que le gouvernement se désengage de ses responsabilités au nom de l’austérité budgétaire.»

C’est ainsi qu’en cette semaine consacrée à ceux et celles qui ont servi en Afghanistan, Martin Forgues fait entendre une voix «différente», mais n’en donne pas moins tout son sens au mot «commémoration»

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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