NGCC Diefenbaker: incompréhension et colère du syndicat de la Davie devant le refus d’Ottawa

Le concept du nouveau brise-glace polaire, le NGCC John G. Diefenbaker (Archives/NCC)
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Le concept du nouveau brise-glace polaire, le NGCC John G. Diefenbaker (Archives/NCC)
Le concept du nouveau brise-glace polaire, le NGCC John G. Diefenbaker (Archives/NCC)

L’offre du chantier naval Davie, qui, devant les retards et dépassements de coûts, proposait de reprendre le projet de construction brise-glace polaire Diefenbaker à la place de son concurrent Seaspan, de Vancouver, a été sèchement rejetée par Ottawa, suscitant l’ire du syndicat du chantier de Lévis qui entend réclamer des explications sur ce qu’il qualifie de décision «insensée».

La semaine dernière,le journaliste Marc Godbout de Radio-Canada révélait que la société mère de Davie, le groupe Inocea, avait présenté une offre au gouvernement fédéral pour reprendre le projet, qui accuse plusieurs années de retard et fait face à des dépassements de coûts considérables. Son PDG, Alex Vicefield, promettait de livrer, lui, le brise-glace polaire dans les délais et les budgets initiaux.

Mais, pour Ottawa, pas question de rebrasser les cartes: la ministre des Travaux publics Diane Finley a été catégorique: l’appel d’offres a été fait et la Davie ne s’est pas qualifiée, point final.

Ce sont en effet les chantiers maritimes Irving à Halifax et Seaspan à Vancouver qui avait sélectionnés par Ottawa lors de l’attribution des contrats majeurs de construction des navires de guerre pour la Marine canadienne et du brise-glace polaire Diefenbaker pour la Garde côtière.

Mais, en octobre 2013, on apprenait que les navires de soutien interarmées de la Marine royale passeraient bien avant le brise-glace.

La mise à l’eau du bateau qui était prévue pour 2017 est officiellement reportée de trois ans, mais, nous apprenait l’enquête de Marc Godbout, «des sources confirment qu’au rythme où vont les choses, le Diefenbaker pourrait même ne pas être livré avant 2025, soit huit ans plus tard que prévu», et que le budget, lui «a bondi de 720 millions de dollars, à 1,3 milliard de dollars.»

Mais voilà que, malgré le risque que le Diefenbaker, le plus grand brise-glace de l’histoire canadienne, coûte près de deux fois plus cher que prévu et ne soit mis à l’eau qu’en 2025, la ministre Finley réplique qu’elle n’a pas été informée de graves problèmes dans ce dossier et que tout a été fait dans les normes.

Quant à Steven Blaney, ministre conservateur de la région de Québec et député de la circonscription où se trouve le chantier Davie, bien malin qui pourrait décrypter sa récente déclaration à ce sujet: «Ce qui est important pour le gouvernement canadien, c’est de s’assurer que les processus sont transparents et que les contribuables sont gagnants», a-t-il déclaré, ajoutant néanmoins que le chantier Davie est en train de démontrer qu’il a «la capacité et l’expertise de construire des navires de qualité au pays».

Pour le professeur en sciences politiques de l’Université MacEwan à Edmonton, au Nouveau-Brunswick, Jean-Christophe Boucher, cité par Radio-Canada,le gouvernement conservateur aurait pourtant tout intérêt à analyser l’offre d’Inocea. «On a surévalué la capacité des chantiers navals Seaspan et Irving de construire ces navires et on a sous-évalué les coûts associés à cette construction-là».

Pour Ann Gingras, présidente du Conseil central de Québec-Chaudière-Appalaches: «C’est l’occasion pour le gouvernement fédéral de corriger l’erreur qui a été faite d’avoir accordé, en 2011, le contrat du Diefenbaker à un chantier naval dont on savait au départ qu’il serait incapable de livrer le navire dans l’échéancier établi. On a un chantier à Lévis qui a les capacités, les infrastructures et toutes les expertises nécessaires, et qui est prêt à passer immédiatement à l’action.»

Le syndicat en colère

Le syndicat du chantier Davie, lui, est tout simplement abasourdi et en colère.

Le Syndicat des travailleurs du chantier Davie (CSN), la Fédération de l’Industrie manufacturière et le Conseil central de Québec-Chaudière-Appalaches dénoncent quant à eux le gouvernement fédéral pour son refus de confier la construction du brise-glace Diefenbaker au chantier de Lévis, «le plus grand site naval au Canada». «Il doit revoir sa décision à la lumière de l’offre récente faite par la direction du chantier Davie Canada Inc., qui respecte en tout point les besoins en matière de construction maritime», déclare le syndicat dans un communiqué sur cette affaire.

Le syndicat entend maintenant réclamer rapidement une rencontre avec la ministre fédérale Diane Finley pour obtenir des explications.

«On ne comprend vraiment pas le refus du gouvernement de considérer notre chantier pour la construction du navire», affirme Gaétan Sergerie, président du Syndicat des travailleurs du chantier Davie (CSN). «Nous disposons d’une main-d’œuvre qualifiée, bénéficiant d’une expertise extraordinaire, nous avons toutes les infrastructures et les équipements utiles, dont la plus grande cale sèche au Canada»

Le chantier Davie, à Lévis, sur la Rive-Sud de Québec, a déjà été le plus important chantier naval au pays.Fondé en 1825, il possède encore la plus grande cale sèche disponible au sein de l’industrie navale canadienne.

Au début des années 90, le chantier Davie avait procédé à l’inauguration de frégates appartenant à la Marine canadienne qui avaient alors été construites et assemblées en partie à Lévis. Le chantier maritime de la Davie avait déclaré faillite en 2010, mais a été été repris depuis.

Aujourd’hui, quelque 750 travailleurs s’y activent à la production de cinq navires d’importance, dont trois bateaux de hautes technologies voués à l’exploration pétrolière en haute mer et deux traversiers pour le compte du gouvernement du Québec.

«Nous avons une chance inouïe de reprendre une vitesse de croisière en matière de développement naval», a aussi affirmé Gaétan Sergerie. «Nous allons donc demander incessamment une rencontre avec la ministre des Travaux publics et des services gouvernementaux, madame Diane Finley, pour obtenir des explications».