Nigeria: le bilan des morts maintenant à 150 morts, le pouvoir dépassé par les violences

0
Explosion sur un marché au Nigeria. (@canaldenoticias)
Explosion sur un marché au Nigeria. (@canaldenoticias)

Près de 150 personnes ont péri en deux jours au Nigeria, dans des attaques de villages dans le Nord-Est et un attentat à Jos (centre), déstabilisant le gouvernement, de plus en plus dépassé par la violence malgré l’aide internationale que la détérioration de la situation l’a finalement contraint à accepter.

Deux villages situés près de Chibok (nord-est), où le groupe islamiste armé avait enlevé plus de 200 lycéennes mi-avril, ont été attaqués coup sur coup lundi et mardi par des hommes armés non identifiés.

«L’attaque a été brutale. Ils se sont mis à tirer et ont incendié nos maisons. Nous avons dû nous enfuir dans la brousse. Ils ont tué 20 des nôtres», a témoigné un habitant d’Alagarno, Haruna Bitrus, cité par l’AFP. Dix autres personnes sont mortes également à Shawa.

À Jos, un double attentat sur un marché a fait mardi au moins 118 morts et 56 blessés.

Le porte-parole du gouverneur de l’État du Plateau, dont Jos est la capitale, a attribué l’attentat à Boko Haram. «L’enquête est en cours mais il s’agit clairement d’une extension des activités terroristes qui ont frappé le nord-est du pays, l’insurrection de Boko Haram», a-t-il déclaré.

Jos est située à la charnière entre le Sud chrétien et le Nord majoritairement musulman du Nigeria, pays le plus peuplé d’Afrique avec 170 millions d’habitants.

La ville, qui compte un million d’habitants, elle-même est divisée entre divers groupes ethniques, est depuis plusieurs années le théâtre de heurts violents opposent musulmans du nord et chrétiens du sud qui ont fait des milliers de morts.

En janvier 2010 par exemple, des affrontements inter-confessionnels ont au moins 465 morts (environ 400 musulmans et 65 chrétiens) et un millier de blessés.

Les violences meurtrières entre éleveurs musulmans et agriculteurs chrétiens, tout comme les attaques de Boko Haram, se sont poursuivis depuis.

Pour le ministre britannique des Affaires étrangères, William Hague, le double attentat à Jos «est une tentative évidente de créer une tension entre différents groupes dans une ville […] où se côtoient des gens d’ethnies et de religions différentes». Ce «crime inhumain» a entraîné «mort et tragédie pour les chrétiens comme pour les musulmans», a-t-il déclaré ce mercredi 21 mai.

Quant aux États-Unis, dans un communiqué du Département d’État, ils ont condamné «ces attaques odieuses contre des civils» et réaffirmé leur «soutien» au Nigeria pour «vaincre l’extrémisme».

Outre le rapt de 276 adolescentes à Chibok, qui a entraîné une mobilisation internationale, Boko Haram a revendiqué une série d’attaques spectaculaires depuis un mois et demi qui ont tué une centaine de personnes.

Le gouvernement nigérian dépassé

L’armée nigériane a annoncé ce mercredi le lancement d’une grande campagne de recrutement de volontaires pour aller combattre Boko Haram, mais les forces de sécurité nigérianes se sont jusqu’à maintenant avérées incapables de prévenir les attaques.

Boko Haram frappe désormais aussi bien dans les États du Nord-Est, les fiefs du groupe terroriste, que dans le Centre ou le Nord. Le Sud du pays n’a pas encore été touché, mais Boko Haram a menacé de s’attaquer maintenant aux intérêts pétroliers dans le delta du Niger, vitaux pour l’économie du pays.

Le Parlement nigérian avait validé mardi la prolongation de l’état d’urgence dans trois Etats du Nord-Est, demandée par M. Jonathan. Mais cette mesure d’exception en vigueur depuis mai 2013, accompagnée d’une vaste offensive militaire, n’a jamais pas permis d’enrayer les violences de Boko Haram. Les attaques se sont au contraire multipliées, visant de plus en plus les civils.

Bref, le gouvernement et les forces de sécurité, incapables d’arrêter la spirale de violence qui a fait plus de 2.000 morts depuis le début de l’année, semblent complètement dépassés et n’y arriveront pas sans l’aide de la communauté internationale.

Tout récemment, au Sommet de Paris sur la sécurité du Nigéria samedi 17 mai, le président français François Hollande, a sonné le rassemblement…et la charge et appelé le Nigeria et ses voisins à mettre en oeuvre un «plan global» contre le groupe islamiste Boko Haram, qu’il a qualifié de «menace majeure».

Le Sommet de Paris a adopté la semaine dernière un «plan de guerre» qui prévoit «la coordination du renseignement, l’échange d’informations, le pilotage central des moyens, la surveillance des frontières, une présence militaire autour du lac Tchad et une capacité d’intervention en cas de danger».

«Parallèlement à la réunion des chefs d’État, nous avons aussi eu des réunions des services concernés et les états-majors pourraient être également mobilisés. Des moyens ont été dégagés, des surveillances vont être opérées, des avions », a précisé la semaine dernière François Hollande, citant notamment les Rafale français basés à N’Djamena.

La France encore en première ligne?

*Avec AFP

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

Les commentaires sont fermés.