Qui a peur du retour de l’«Empire du soleil levant»?

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Le Premier ministre japonais Shinzo Abe arrive au sanctuaire Yasukuni, le 26 décembre 2013 à Tokyo (Toru Yamanaka/AFP)
Le Premier ministre japonais Shinzo Abe arrive au sanctuaire Yasukuni, le 26 décembre 2013 à Tokyo (Toru Yamanaka/AFP)

La remilitarisation du Japon inquiète ses voisins, victimes du passé militariste japonais. La Chine dit rester «hautement vigilant» et le gouvernement sud-coréen a déclaré quant à lui que le Japon doit dissiper les craintes et inquiétudes qu’inspire son désir d’exercer son droit à l’«autodéfense collective».

La Chine reste «hautement vigilante» alors que le Japon s’apprête à réviser sa constitution pour permettre à l’armée japonaise de renforcer ses règles d’engagement et d’utiliser la force à l’étranger pour défendre ses alliés, a indiqué jeudi 15 mai le ministère des Affaires étrangères chinois.

«Du fait des problèmes historiques avec le Japon, les pays asiatiques, dont la Chine, et la communauté internationale ont de très bonnes raisons de rester hautement vigilants concernant les véritables intentions du Japon et son développement futur», a déclaré la porte-parole du ministère des Affaires étrangères chinois Hua Chunying.

Séoul aussi reste prudent face à l’«autodéfense collective» du Japon.

«Concernant la future politique de sécurité japonaise, nous réitérons qu’il faut qu’il y ait une demande de notre part ou notre consentement pour ce qui touche aux questions sécuritaires sur la péninsule coréenne et ses intérêts nationaux», a précisé le porte-parole du ministère des Affaires étrangères Cho Tai-young dans un communiqué.

Certains craignent que le Japon puisse considérer une guerre sur la péninsule comme prétexte à l’exercice de ce droit.

Le Japon s’éloigne du pacifisme officiel

La constitution japonaise actuelle, votée en 1946 sous l’occupation américaine, ne considère pas la guerre comme un droit souverain et limite le rôle de l’armée japonaise à l’autodéfense.

Mais, pendant la Guerre froide, le Japon s’est doté d’une armée non officielle nommée «Force d’autodéfense», composée d’une force terrestre, maritime et aérienne.

Et, avec la guerre d’Irak en 2003, la Constitution a été aménagée pour pouvoir déployer des troupes hors de son territoire dans le cadre d’opérations à caractère strictement non militaire (reconstruction, aide humanitaire…).

De plus, le Japon participe aussi aux missions de maintien de la paix sous mandat de l’ONU.

Entorse remarquée au pacifisme officiel inscrit dans la Constitution, l’ex «Empire du soleil levant», a déjà mis fin en avril à cinquante ans d’auto-interdiction d’exporter des armes et entend de plus en plus occuper une place dans le monde en rapport avec sa puissance économique.

Maintenant, le Premier ministre conservateur japonais Shinzo Abe veut aller plus loin et cherche carrément à inscrire le droit à l’ «autodéfense collective» dans la constitution, invoquant la militarisation de la Chine et la menace nucléaire nord-coréenne.

Il a donc demandé jeudi à ce que la constitution japonaise soit révisée pour inclure ce droit, qui permettra à Tokyo de combattre aux côtés de ses alliés, notamment au-delà de ses frontières.

Le Premier ministre japonais invoque la militarisation de la Chine et la menace nucléaire nord-coréenne comme justification de cette démarche.

Porte ouverte à bien des aventures

Pour Shinzo Abe, le Japon doit pouvoir se porter au secours d’alliés en difficultés, ce qui, au yeux de ses voisins, ouvre la porte à bien des aventures.

Le Japon entretient d’étroites relations économiques et militaires avec son principal allié, les États-Unis, officialisées par le traité de coopération mutuelle et de sécurité entre les États-Unis et le Japon de 1960.

Le Japon a aussi signé un pacte de sécurité avec l’Australie en mars 2007 et avec l’Inde en octobre 2008.

Le Japon est en outre engagé dans plusieurs conflits territoriaux avec ses voisins: avec la Russie sur les îles Kouriles, avec la Corée du Sud sur les rochers Liancourt, avec la République populaire de Chine et Taïwan sur les îles Senkaku (conflit territorial des îles Senkaku) et avec la République populaire de Chine sur la zoneautour d’Okinotorishima.

Tokyo a aussi à un différend avec la Corée du Nord sur l’enlèvement de citoyens japonais et sur les armes nucléaires du régime de Pyongyang.

Ce n’est pas encore le retour à l’époque de l’«Empire du soleil levant», mais, ce qui ne contribue certainement pas à rassurer les voisins du Japon, soulevant l’ire de la Chine, Shinzo Abe avait adressé plusieurs offrandes rituelles au sanctuaire de Yakusuni, où figurent les noms de plusieurs soldats japonais condamnés pour crime de guerre.

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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