Syrie: début de campagne électorale, un Bachar omniprésent vogue vers une victoire facile

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Bachar mène une campagne «moderne» où ses photos, le montrant jeune, sympathique et moderne, sont omniprésentes et où il fait abondamment usage des médias sociaux (Facebook/SawaAlassad)
Bachar mène une campagne «moderne» où ses photos, le montrant jeune, sympathique et moderne, sont omniprésentes et où il fait abondamment usage des médias sociaux (Facebook/SawaAlassad)

La campagne électorale pour la présidentielle syrienne du 3 juin, dont le président Bachar al-Assad devrait facilement sortir victorieux, a débuté ce dimanche 11 mai, au lendemain d’un succès militaire à Homs, berceau de l’insurrection que contrôle maintenant le régime après l’évacuation des rebelles des quartiers qu’il occupaient.

Le scrutin, dénoncé comme une «farce» par l’opposition et ses alliés, se déroulera uniquement dans les territoires contrôlés par le régime, dans un pays ravagé par trois années de conflit sanglant.

Le président de l’Assemblée du peuple, Mohammad Jihad al-Lahham, a fixé à mercredi le 28 mai 2014 la date de l’élection du Président de la république arabe syrienne pour les citoyens syriens à l’étranger aux ambassades de Syrie à partir de 7h00 jusqu’à 19h00 (heure locale de la ville où l’ambassade se trouve), alors que les citoyens syriens à l’intérieur voteront mardi 3 Juin 2014, à partir de 07h00 jusqu’à 19h00, rapportait l’agence officielle syrienne SANA le mois dernier.

Il s’agit théoriquement de la première véritable élection présidentielle depuis plus de cinquante ans en Syrie.

Auparavant, l’Assemblée du peuple, le Parlement [monocaméral] de la Syrie, composé de 250 membres élus pour un mandat de quatre ans et dominé par la coalition du Front national progressiste au sein de laquelle le Parti Baas de Bachar Al-Assad assume un rôle dirigeant, élisait le président de la république pour un mandat de 7 ans. Celui-ci était ensuite confirmé lors d’une élection qui n’était finalement qu’un plébiscite.

Jusqu’à présent, Bachar al-Assad –comme son père Hafez avant — avait ainsi été plébiscité. Candidat unique, Bachar Al-Assad avait été élu pour sept ans en 2000 avec 97,29% des voix, puis réélu en 2007 avec 97,62% des votes.

Cette fois, Bachar al-Assad y affrontera Maher al-Hajjar, un député indépendant longtemps membre du parti communiste, et Hassan al-Nouri, un homme d’affaires damascène qui a été membre d’une formation de l’opposition tolérée.

Mais, en réalité, les dés sont pipés en faveur d’Assad, les conditions pour se porter candidat, approuvées par le Parlement le 14 mars, faisant en sorte qu’aucun candidat de poids ne puisse affronter Assad.

Selon les clauses approuvées par le Parlement le 14 mars, le futur président doit avoir vécu en Syrie de manière continue ces 10 dernières années, ce qui exclut de facto la plupart des ténors de l’opposition en exil.

En outre, tout candidat doit obtenir le soutien d’au moins 35 des 250 députés. Or comme le Parlement est acquis au régime, il était quasi impossible à un adversaire sérieux qui aurait pu menacer Assad d’obtenir le nombre requis de soutiens au sein de la députation.

La présidence a appelé dans un communiqué les Syriens à «exprimer leur opinion pour n’importe lequel des candidats en toute transparence et liberté en déposant leur bulletin dans l’urne le jour du vote» et à respecter le calendrier de la campagne, louant un processus électoral «civilisé» et «pluraliste», mais, dans ces conditions, Assad vogue allègrement vers un réélection assurée.

Une campagne «moderne» avec un Bachar omniprésent

Mais, Bachar Al Assad, ne laissant rien au hasard et voulant mettre toutes les chances d’emporter une victoire éclatante de son côté, mène une campagne «moderne» où ses photos, le montrant jeune, sympathique et moderne, sont omniprésentes et où il fait abondamment usage des médias sociaux.

Assad a placé sa campagne sous le slogan «sawa» («ensemble»), et a lancé une page Facebook qui a déjà plus de 65.000 fans, un compte Twitter avec près de 1.000 followers et un compte Instagram.

En outre, dans le centre-ville de Damas, sous contrôle du régime, des dizaines de pancartes, affiches et énormes banderoles représentant le drapeau national, portant le slogan «ensemble», et signés de Bachar al-Assad, sont apparues.

«Bachar al-Assad, notre choix unique», peut-on lire sur d’autres banderoles placardées par l’un des partis du Front national progressiste (FNP, coalition emmenée par le Baas au pouvoir).

«Notre Bachar, nous n’acceptons d’autre président que toi, nous t’avons choisi, tu as notre loyauté», pouvait-on également lire sur des pancartes, ou encore «On t’aime», sous un portrait de Bachar Al-Assad souriant.

Et, ça et là, une pancarte des deux autres candidats: Maher al-Hajjar qui demande: «la souveraineté pour le peuple qui doit trancher. La Syrie est pour celui qui veut la reconstruire» ou Hassan al-Nouri, appelant à «la lutte contre la corruption», au «multipartisme économique» et au «retour de la classe moyenne».

*Avec AFP

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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