Remplacement des CF-18: les compétiteurs potentiels affutent leurs arguments à Ottawa

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Le plus important salon canadien en matière de défense et de sécurité s’est ouvert mercredi 28 mai 2014 au Centre EY à Ottawa. Plus de 10 000 délégués inscrits représentant 335 sociétés exposantes y sont sont présents pour cette 16ème édition du salon. Ici, une présentation du chasseur Rafale de Dassault, un concurrent du F-35 de Lockheed pour le remplacement des CF-18 canadiens (Benoît Maraval/45enord.ca)
Le plus important salon canadien en matière de défense et de sécurité s’est ouvert mercredi 28 mai 2014 au Centre EY à Ottawa. Plus de 10 000 délégués inscrits représentant 335 sociétés exposantes y sont sont présents pour cette 16ème édition du salon. Ici, Yves Robins, v-p de de Dassault Aviation,  le fabriquant du Rafale, un concurrent du F-35 de Lockheed pour le remplacement des CF-18 canadiens (Benoît Maraval/45enord.ca)

Une nouvelle bataille s’est livrée ce mercredi 28 mai à Ottawa dans la lutte d’influence que se livrent les constructeurs d’avions de combat désireux d’assurer le remplacement des CF-18 de l’aviation royale canadienne.

Rassemblés à l’occasion de la 16ème édition de CANSEC, le salon annuel sur la défense et la sécurité, Lockheed Martin, le français Dassault et le consortium Eurofighter Typhoon ont multiplié les « opérations séductions » afin de mettre en valeur les avantages de leurs offres.
Un pour tous, tous contre le F-35

Sur le papier, le F-35 de Lockheed Martin fait figure de modèle. Chasseur de 5ème génération aux capacités furtives inégalées, le F-35 déploie un logiciel d’une taille totale de 8,6 millions de lignes de code et dispose de caméras disposées tout autour de l’appareil et reliées au casque du pilote. Celui-ci dispose alors d’une vision à 360° degrés.

Selon Billie Flynn, pilote d’essai de Lockheed Martin sur les 3 versions du F-35, la puissance du logiciel du chasseur et sa capacité de fusionner ces millions de données permet au pilote de prendre des décisions stratégiques et tactiques au bon moment.

Le souci réside dans le fait que tous les compétiteurs potentiels insistent sur les mêmes capacités, même si elles n’atteignent pas le niveau du F-35.

Ainsi, Dassault, constructeur du Rafale, et le consortium producteur de l’Eurofighter Typhoon, composé de BAE Systems, Airbus et Finnmecanica, ont eu à cœur de vanter la très faible empreinte radar, l’interopérabilité de leurs appareils, leur capacité de synthétiser de nombreuses informations pour faciliter la prise de décision du pilote, la longévité et la solidité de leur programme ainsi que l’expérience de terrain acquise notamment en Libye pour l’Eurofighter et le Rafale.

Les retombées industrielles et régionales: le nerf de la guerre

Au-delà des prouesses techniques, des adaptations possibles et des capacités de chaque appareil, la décision du gouvernement canadien pourrait bien, in fine, se décider sur le terrain économique. Si la rumeur veut que le F-35 fait figure de favori dans les bureaux de la Défense nationale, les retombées potentielles de chaque projet pourraient être l’élément déterminant, d’autant que les doutes subsistent, notamment chez certains chercheurs et experts, de la réelle nécessité pour le Canada de disposer d’un avion furtif et aussi avancé technologiquement que le F-35.

Les industriels l’ont très bien compris et consacrent autant de temps, sinon plus, à exposer les mérites économiques de leurs offres. Ainsi, Dassault, tout en sérénité et pédagogie pour sa deuxième participation à CANSEC, vante les bienfaits d’une offre «équilibrée»: un budget fixe et garanti qui correspond aux besoins canadiens (65 Rafales pour une enveloppe budgétaire de 9 milliards de dollars canadiens), la possibilité d’assembler l’appareil au Canada afin de créer des emplois et la capacité de moderniser l’appareil et de le faire évoluer selon les priorités futures des autorités canadiennes. En réalité, dans cette « pré-compétition », Dassault surprend et fait, volontairement ou non, office de trublion en présentant une offre flexible qui s’inscrit dans une logique d’appropriation totale par la défense canadienne.

S’agissant des retombées industrielles et régionales, la bataille des chiffres est, là aussi, très rude : l’Eurofighter Typhoon met en avant les 1,5 milliards de dollars canadiens déjà injectés dans l’économie canadienne par les membres du consortium (Airbus, BAE Systems, Finnmecanica) et son vaste réseau de 400 fournisseurs de rangs 1 et 2 sur lequel les entreprises canadiennes pourraient s’appuyer pour se développer à l’export.

De son côté Dassault offre non seulement un transfert complet de technologies (avionique, moteur, guerre électronique, armement, etc.) mais l’entreprise envisage également des retombées d’une valeur égale à celle du Rafale à travers le financement de programmes de recherche en matière de drones et d’électronique notamment.

Patience et longueur de temps…

Reprenant les grandes lignes de cette lettre, Steve O’Brian, vice-président du développement des affaires pour le programme F-35, a martelé les principaux avantages du chasseur de Lockheed Martin: les meilleurs capacités techniques, un chasseur du futur créateur d’emplois d’avenir, un coût total le plus bas (ramené à la durée de vie totale de l’appareil) et 11 milliards de dollars canadiens d’opportunités pour les industriels canadiens.

Officiellement, Lockheed Martin affiche un optimisme sans faille, mêlé toutefois d’un léger agacement qui transparaît dans la toute récente lettre ouverte publiée par les entreprises impliquées dans le programme F-35, appelant le gouvernement à renoncer à toute mise en concurrence notamment afin d’éviter de nouveaux retards coûteux pour l’économie canadienne.

Pour Yves Robins, Directeur des relations extérieures et de la communication chez Dassault, la seule condition requise pour faire profiter le Canada de ces avantages est la décision de mise en concurrence. Selon lui, la nouvelle stratégie d’approvisionnement de défense ainsi que la mise en place du secrétariat allaient dans le bon sens et, contrairement à la position des industriels du programme F-35, une éventuelle compétition serait relativement rapide dans la mesure où de nombreux éléments et besoins ont déjà été précisément identifiés par les autorités canadiennes.

Dans l’attente d’une hypothétique mise en concurrence, l’offre du Français semble donc continuer à déstabiliser le favori même si, Steve O’Brian l’assure, « si les promesses des concurrents semblent parfois trop belles pour être vraies, il y a de grandes chances pour que ce soit le cas ! »

Ancien analyste à l’OTAN et aux ministères français de la Défense et des Affaires étrangères, Benoît Maraval s’est spécialisé dans les affaires civilo-militaires, la maîtrise des armements et les relations avec les pays membres de la CEI. Benoît s’intéresse également aux stratégies et aux outils de communication institutionnelle.

Discussion2 commentaires

  1. « Le souci réside dans le fait que tous les compétiteurs potentiels insistent sur les mêmes capacités, même si elles n’atteignent pas le niveau du F-35. »

    Pour l’instant les capacités du logiciel du F-35 pour la fusion des données est proche de zéro. Ces capacités cmmenceront à être développées avec le Block 3F. Et comme L.M. a plus de faire savoir que de savoir faire, on peut douter qu’ils ne ratrappent jamais les autres compétiteurs.

  2. Le F 35 lui ne manque point de nous laisser oublier ses nombreux défaut il n’est guère très maneuvrable avec une charge utile et une vitesse bien moindre que c’est compétiteurs le projet à couter si cher qu’il n’ont put l’abandonner et maintenant ils veulent conclurent l’entente sans compétition
    pour conclure à mon umble avis Dassault et Bae système offre une chance en or au Canada il redouble leur compromis pour répondre au besoins