Soudan du Sud: premières sanctions américaines contre des généraux des deux camps

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Le chef des rebelles au Soudan du Sud, Riek Machar (au centre), le 14 avril 2014 à Nasir (Archives/Zacharias Abubeker/AFP)
Le chef des rebelles au Soudan du Sud, Riek Machar (au centre), le 14 avril 2014 à Nasir (Archives/Zacharias Abubeker/AFP)

Pendant que la guerre civile dévaste le jeune pays qu’ils ont contribué à faire naître, les États-Unis ont enfin annoncé ce mardi leurs premières sanctions contre le Soudan du Sud, ciblant deux généraux, l’un appartenant forces gouvernementales de Salva Kiir, l’autre aux forces rebelles de son rival Riek Machar de la rébellion.

Aux termes de ces sanctions, les deux dirigeants visés ne peuvent plus commercer avec des entités américaines et voient leurs éventuels avoirs aux États-Unis gelés.

Depuis le début de la crise, à la mi-décembre, la situation au Soudan du Sud n’a cessé de dégénérer.

Le plus jeune État de la planète, né en 2011, est le théâtre d’affrontements entre les troupes du président Salva Kiir et de son ancien vice-président Riek Machar, limogé en juillet dernier et accusé d’avoir fomenté un coup d’État, ce qu’il dément.

À la rivalité entre les deux dirigeants s’ajoutent de vieilles rancunes entre les dinka, dont est issu Salva Kiir, et les nuer, la communauté de Riek Machar.

Des milliers de personnes ont déjà péri dans ce conflit et au moins 1,2 million de Sud-Soudanais ont dû fuir leur domicile.

Huit bases de l’ONU abritent aujourd’hui, dans des conditions épouvantables, plus de 78.000 civils sud-soudanais craignant d’être massacrés s’ils se risquent à en sortir.

Les deux généraux «sanctionnés» aujourd’hui «sont responsables d’actes de violences inconcevables contre des civils», a déclaré le secrétaire d’État américain John Kerry à la presse à Washington, ajoutant «Nous ferons tout notre possible pour éviter que le Soudan du Sud ne replonge dans la violence et le désespoir».

L’un des deux militaires, Marial Chinoum (ou Marial Chanuong), est un des leaders des forces loyalistes de l’Armée de libération du peuple du Soudan et un des commandants de la garde présidentielle.

Il aurait notamment mené les opérations à Juba, capitale du Soudan du Sud, après le début des hostilités à la mi-décembre, où la garde présidentielle aurait massacré plusieurs centaines de civils qui ont ensuite été enterrés dans des fosses communes.

L’autre général visé par par les sanctions, Peter Gadet, est un dirigeant rebelle à la tête d’un commando responsable des tueries à Bentiu, au cours desquelles les rebelles ont massacré des centaines de civils sur des bases ethniques lorsqu’ils se sont emparés de la ville à la mi-avril.

Des belligérants indifférents aux pression de la communauté internationale

Mercredi 30 avril mai, à l’issue d’une visite deux jours au Soudan du Sud, la Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Navi Pillay, avait dénoncé l’attitude des dirigeants sud-soudanais qui s’affrontent pour le pouvoir, estimant qu’ils mènent le pays à la catastrophe.

Jeudi 1er mai, depuis l’Éthiopie où il était en visite, le Secrétaire d’État américain John Kerry avait mis en garde contre les risques de «génocide» et de «famine» au Soudan du Sud, et menacé les belligérants de sanctions s’ils ne mettent pas fin au conflit qui déchire cette jeune nation.

Vendredi 2 mai, depuis Juba, le chef de la diplomatie américaine avait annonce que le président du Soudan du Sud, Salva Kiir, avait accepté l’ouverture de négociations directes avec le chef de la rébellion sur l’application d’un cessez-le-feu et la formation d’un gouvernement de transition.

Mais, Dimanche 4 mai, l’armée du Soudan du Sud est passé de nouveau à l’attaque, reprenant une importante base rebelle dans le Nord-Est et tentant de reprendre aussi la ville pétrolifère stratégique de Bentiu, dans le Nord.

Et Lundi 5 mai, pourparlers de paix ou pas, les combats se poursuivaient de plus belle lundi à Bentiu (nord-est).

Bien que le Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, qui s’est offert hier comme médiateur, ait indiqué aujourd’hui à Juba avoir reçu l’assurance du président Salva Kiir et de son ancien vice-président Riek Machar, u’ils se rencontreraient prochainement à Addis Abeba, tout ça n’augure rien de bon pour des négociations qui, jusqu’à maintenant, n’ont jamais été fructueuses.

Sans oublier que, pressé d’annoncer une victoire, l’armée sud-soudanaise avait ausso affirmé être entrée dimanche dans Bentiu, et indiqué en avoir le contrôle. Comme deux personnages «cartoonesques» qui se tapent dessus en criant «J’ai gagné!», «Non, t’a pas gagné encore!», et…«Bam!», un autre coup pendant que la communauté internationale essaie de les ramener à la raison.

Le but des sanctions, selon Washington, n’est pas simplement financier, a dit un responsable de l’administration, s’exprimant sous le couvert de l’anonymat.

«Le but premier […] n’est pas de geler des fonds, le but premier est d’isoler et de changer, par la pression, la manière dont les acteurs principaux [du conflit]prennent leurs décisions», a-t-il indiqué.

«C’est un avertissement», a poursuivi cette source, ajoutant «que toute personne directement ou indirectement impliquée dans les violences pourraient être à son tour frappée par des sanctions».

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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