Syrie: pendant qu’Assad gagne du terrain, à l’ONU, les Russes rejettent encore une résolution

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Des Syriens aident une femme blessée après des frappes aériennes dans le quartier de Al-Qatarji à Alep le 18 mai 2014 (Tamer al-Halabi/AFP)
Des Syriens aident une femme blessée après des frappes aériennes dans le quartier de Al-Qatarji à Alep le 18 mai 2014 (Tamer al-Halabi/AFP)

Alors que, sur le terrain, Assad gagne du terrain et que le régime de Damas continue à lancer des barils d’explosifs, le Conseil de sécurité a de nouveau rejeté ce jeudi 22 mai un projet de résolution qui visait à saisir le Procureur de la Cour pénale internationale (CPI) de la situation en Syrie en raison du veto de deux membres permanents du Conseil, la Russie et la Chine.

Le projet de résolution, qui avait été présenté par la France et la Lituanie, condamnait «fermement les violations généralisées des droits de l’homme et du droit international humanitaire commises par les autorités syriennes et les milices progouvernementales, ainsi que les atteintes aux droits de l’homme et les violations du droit international humanitaire commises par les groupes armés non étatiques» en Syrie depuis mars 2011.

Le texte rappelait également les déclarations faites par le Secrétaire général et la Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme selon lesquelles « des crimes contre l’humanité et des crimes de guerre ont probablement été commis en République arabe syrienne. »

Juste avant le vote du Conseil de sécurité sur ce projet de résolution, rappelle l’ONU le Vice-Secrétaire général des Nations Unies, Jan Eliasson, avait appelé les États membres «à mettre de côté leurs différences et à finalement travailler ensemble sur une approche commune pour mettre fin au long cauchemar vécu par le peuple syrien.»

«Ils ont absolument besoin que les violences cessent et qu’une solution politique soit trouvée », avait déclaré le Vice-Secrétaire général des Nations Unies dans un discours devant le Conseil.

Jan Eliason a rappelé qu’en février 2013, la Commission d’enquête avait conclu que la Cour pénale internationale était l’organe approprié pour la lutte contre l’impunité en Syrie et que la Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Navi Pillay a appelé le Conseil de sécurité à plusieurs reprises à saisir la CPI de la situation en Syrie.

Mais il n’est pas venu à bout de l’opposition de la Chine et de la Russie à la résolution sur la saisine par la CPI de la situation en Syrie.

Vetos russe et chinois

Comme on s’y attendait, la Chine et la Russie ont bloqué la résolution pour la quatrième fois depuis le début de la crise en Syrie, Moscou, affirmant qu’une saisine de la CPI risquait de nuire aux maigres chances de relancer les pourparlers de paix.

L’ambassadeur russe à l’Organisation des Nations Unies, Vitaly Tchourkine, critiquant le projet de résolution, a déclaré après le vote «Nous ne voyons le projet de résolution rejeté aujourd’hui que comme une tentative d’utiliser la Cour pénale internationale (CPI à La Haye) pour alimenter encore les tensions politiques, et, finalement, l’intervention militaire extérieure».

Vitaly Tchourkine a déclaré que «le désir d’un changement de régime en Syrie à tout prix est devenu la première cause de prolongation de la crise et sape les pourparlers de Genève».

Le diplomate russe a aussi déclaré que la décision de soumettre au vote le projet de résolution [sachant très bien que la Russie y opposerait son véto, ndlr]nuit à «l’unité de cinq membres permanents du Conseil de sécurité [la Russie, la Chine, le Royaume-Uni, les États-Unis et la France].

Les Russes ont soutenu sans faille depuis le début du conflit le régime Assad, leur allié et client. Il aurait d’ailleurs été étonnant avec la confrontation Est-Ouest déclenchée par la crise ukrainienne et qui a consacré le retour des ambitions sur la scène internationale de la Russie que Moscou se rapproche aujourd’hui des positions occidentales sur la situation en Syrie.

Les organisations de défense des droits humains, Human Rights Watch et Amnesty International, ont estimé toutefois quant à elles que les vétos chinois et russe étaient une «trahison» envers les Syriens victimes de crimes graves.

Pendant ce temps sur le terrain

Pendant ce temps, sur le terrain, alors que Bachar El Assad voque vers une vers une victoire facile à la présidentielle du 3 juin qui ne se tiendra que dans les zones contrôlées par le régime, les forces du régime ont marqué jeudi un point décisif dans la ville clé d’Alep en bloquant l’une des principales routes d’approvisionnement des rebelles.

L’armée syrienne, épaulée par les supplétifs des Forces de défense nationale (FDN), par le mouvement chiite libanais Hezbollah et des combattants arabes, a réussi à briser le siège imposé depuis plus d’un an par les rebelles à la prison centrale d’Alep.

Cette avancée dans le secteur de la prison, située dans le nord d’Alep, a permis «de couper une voie de ravitaillement essentielle aux combattants rebelles, entre les secteurs qu’ils contrôlent et la frontière turque», explique à ce sujet l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), un organisme indépendant basée en Grande-Bretagne, mais qui s’appuie sur un vaste réseau de militants, médecins et travailleurs humanitaires sur le terrain.

«La seule voie de ravitaillement qui leur reste entre Alep et la frontière turque est celle connue sous le nom de route de Castello, dans le nord-ouest de la ville», explique son directeur, Abdel Rahmane.

En outre, ce jeudi, l’armée de l’air du régime de Damas a encore lancé des barils d’explosifs dans un large périmètre autour de la prison pour empêcher une contre-attaque des insurgés et ouvrir la voie à une avance loyaliste, a précisé l’OSDH.

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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