Terrorisme à l’ombre des pyramides: un jeune Canadien arrêté puis relâché en Égypte

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La «Ville du 6 octobre», en Égypte, où un jeune Canadien a été arrêté en mai 2014, soupçonné d'appartenance à un groupe terroriste lié aux Frères musulmans et d'avoir incendié des voitures et des bâtiments de la police (Archives/AhmadPonty/Wikipédia)
La «Ville du 6 octobre», en Égypte, où un jeune Canadien a été arrêté en mai 2014, soupçonné d’appartenance à un groupe terroriste lié aux Frères musulmans et d’avoir incendié des voitures et des bâtiments de la police (Archives/AhmadPonty/Wikipédia)

Dernier des nombreux cas d’adolescents canadiens soupçonnés de terrorisme à l’étranger, un jeune Canadien de 15 ans a été arrêté en Égypte, puis relâché après avoir été soupçonné d’être un membre d’une «cellule terroriste» qui a incité à la violence et incendié des voitures et des bâtiments de la police dans la «Ville du 6 octobre», près du Caire.

Le suspect arrêté a été identifié comme Souleiman M., étudiant au Azhari Sheikh Zayed Institute for Boys à Gizeh, la troisième plus grande ville d’Égypte, située sur la rive gauche du Nil, face à la vieille ville du Caire et célèbre pour ses grandes pyramides de Khéops, Khéphren et Mykérinos, ainsi que le Sphinx.

Les autorités égyptiennes affirmaient que l’adolescent faisait partie d’un groupe lié aux Frères musulmans, la confrérie islamiste dont est issu le président déchu Mohamed Morsi, destitué le 3 juillet dernier, arrêté, détenu et accusé de plusieurs crimes qui pourraient lui valoir le peine de mort.

La Confrérie islamiste égyptienne vieille de 85 ans a été déclaré organisation terroriste en décembre dernier et, non seulement toutes ses activités sont interdites, mais la simple appartenance à ce groupe est maintenant un crime.

Les autorités allèguaient que le jeune Canadien et a «cellule terroriste» à laquelle il appartiendrait, lié à la Confrérie interdite, ont incendié des postes de police et des voitures dans la Ville du 6 octobre.

La Ville du 6 octobre (6th of October City), près du Caire et de Gizeh, capitale du gouvernorat du même nom, est une ville cosmopolite de 500.000 habitants qui abrite plusieurs étrangers, notamment les étudiants dans une de ses nombreuses universités.

Les autorités égyptiennes affirmaient également que le jeune adolescent et son groupe ont financé des manifestations interdites et ont incité à la violence contre les forces de l’armée et de la police égyptiennes.

Les services consulaires ont été fournis à la personne et à sa famille, et les agents consulaires ont été en contact avec les autorités locales, a précisé à 45eNord.ca Ian Trites, porte-parole du ministère canadien des Affaires étrangères.

Le jeune Canadien, dont les autorités canadiennes n’ont pas dévoilé l’identité «afin de protéger sa vie privée», a été libéré depuis. Tout est bien qui finit bien cette fois, mais son arrestation aura tout de même été un autre épisode dans une longue série de déboires de plusieurs jeunes qui ont quitté le Canada pour l’Afrique ou le Moyen-Orient ces dernières années.

Les Canadiens n’ont plus la cote

Innocents ou coupables, les Canadiens n’ont plus la cote et sont maintenant objet de suspicion.

Mujahid Enderi, Xristos Katsiroubas, Aaron Yoon et Ali Medlej , partis du Canada pour combattre aux côtés des islamistes(Photomontage: Archives/Nicolas Laffont/45eNord.ca)
Mujahid Enderi, Xristos Katsiroubas, Aaron Yoon et Ali Medlej, partis du Canada pour combattre aux côtés des islamistes(Photomontage: Archives/Nicolas Laffont/45eNord.ca)

Certains Canadiens arrêtés à l’étranger se trouvaient sans doute tout simplement au mauvais moment, au mauvais endroit, mais il y a eu aussi plusieurs cas de jeunes Canadiens partis prêter main forte aux islamistes.

Mujahid Enderi, Xristos Katsiroubas, Aaron Yoon et Ali Medlej et bien d’autres, la liste des Canadiens partis du Canada pour combattre aux côtés des islamistes est malheureusement assez longue pour qu’on s’en inquiète.

En avril 2013, c’est un jeune Canadien qui aurait conduit l’attaque par un commando de shebabs à Mogadiscio, en Somalie, au sein duquel on retrouvait aussi un deuxième Canadien et qui avait fait une quarantaine de morts.

Deux Canadiens avaient aussi été tués alors qu’ils participaient en janvier dernier à l’attaque et à la prise d’otages par un groupe islamiste sur le site gazier algérien d’In Amenas, qui s’était terminé dans un bain de sang, faisant des dizaines de morts, il s’agissait de deux jeunes étudiants de London, en Ontario, âgés d’environ 24 ans, qui vivaient dans un quartier résidentiel multiethnique de classe moyenne.

Un autre Canadien, Aaron Yoon, 24 ans, compagnon des deux ravisseurs canadiens d’In Amenas, originaires, comme lui, de London, Ontario, qui a depuis purgé sa peine et est de retour lui aussi au Canada, a été condamné en juillet dernier à deux ans de prison en Mauritanie pour des activités terroristes.

Le Canada est finalement tout à la fois victime et acteur du terrorisme et, depuis ces événements, de nouvelles dispositions de la loi ont modifié en 2013 le Code criminel en créant de nouvelles infractions relatives au fait de quitter ou de tenter de quitter le Canada pour commettre certaines infractions de terrorisme et prévoient pour les personnes qui seraient reconnues coupables de telles infractions de peines variant de 10 à 14 ans d’emprisonnement.

Pendant ce temps que la lutte aux islamistes se poursuit…

Quoi qu’il en soit, le ministère canadien des Affaires étrangères canadien recommande pour sa part d’éviter tout voyage non essentiel en Égypte (à l’exception des stations balnéaires comme Charm el-Cheikh sur la Mer Rouge, et encore, le Canada recommande tout de même d’y faire preuve d’une grande prudence) en raison du caractère imprévisible des conditions de sécurité et des manifestations qui se poursuivent dans de nombreuses régions du pays.

«La situation en matière de sécurité est imprévisible et notre capacité à offrir des services consulaires pourrait être amoindrie à court préavis», dit le ministère dans son dernier avis aux voyageurs.

En Égypte, à quelques jours de la présidentielle, prévue les 26 et 27 mai la situation est encore tendue, le danger présent et la lutte contre les islamistes loin d’être finie.

Hier encore, des hommes armés circulant à bord d’une voiture ont ouvert le feu tôt mardi sur un groupe de policiers égyptiens près de l’université Al-Azhar, au Caire, faisant trois morts et neuf blessés parmi eux, a annoncé le ministère de l’Intérieur.

Et la semaine dernière, le 17 mai, pluie de condamnations n’avait pas cessé de s’abattre sur les partisans du président islamiste déchu, Mohamed Morsi, et 126 de ses partisans ont été déclarés coupables d’accusations liées aux émeutes d’août dernier.

Et, auparavant, fin mars, 529 condamnations à mort, fin avril, 683 condamnations à mort, début mai, 102 condamnations, à 10 ans de prison.

Abdel Fattah al-Sissi, ex-chef de l’armée égyptienne et favori pour l’élection présidentielle, s’est montré quant à lui toujours aussi intransigeant lors de de sa première interview télévisée début mai, se présentant comme le rempart absolu contre les islamistes qu’il a chassés du pouvoir.

Dans ces conditions, les chances, en Égypte, d’être au mauvais moment, au mauvais endroit, sont pour le moins très grandes et la nationalité canadienne n’est vraiment plus, si elle l’a jamais été, synonyme de présomption d’innocence.

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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