Thaïlande: Kerry condamne le coup d’Etat, la coopération militaire en question

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Le Secrétaire d'État américain John Kerry,le 5 janvier 2014, lors d'un point de presse durant sa 10e vivite au Proche-Orient pour tenter de rapprocher les Israéliens et les Palestiniens (US Department of State)
Le Secrétaire d’État américain John Kerry, lors d’un point de presse. (Archives/US Department of State)

Le secrétaire d’État américain John Kerry a condamné avec force jeudi « le coup d’État » en Thaïlande, menaçant de suspendre la coopération militaire historique entre les deux alliés. Les États-Unis ont ainsi rapidement déterminé qu’il s’agissait bien d’un « coup d’État militaire », ce qui impose juridiquement à l’administration américaine de couper une partie de son aide bilatérale.

« Il n’y a pas de justification à ce coup d’État militaire », a dénoncé John Kerry dans un communiqué, appelant au « rétablissement immédiat d’un gouvernement civil » et au « retour de la démocratie ». « Cette action aura des implications négatives sur la relation entre les États-Unis et la Thaïlande, en particulier pour notre relation avec les forces armées thaïlandaises », a-t-il mis en garde.

Comme l’avait annoncé plus tôt le Pentagone, les États-Unis « réexaminent » leur assistance militaire avec Bangkok. L’influente armée thaïlandaise entretient des relations historiques très étroites avec Washington et les deux pays sont liés par un traité militaire de défense mutuelle qui remonte à la Guerre froide.

Une aide de 11,4 millions de dollars en 2013

« Nous sommes en train de réexaminer notre coopération militaire », y compris la participation américaine à un important exercice bilatéral avec l’armée thaïlandaise dénommé CARAT actuellement en cours, a dit de son côté le colonel Steven Warren, porte-parole du Pentagone.

Déjà, a ajouté son homologue du département d’État, Jennifer Psaki, « nous avons pris des mesures préliminaires pour suspendre nos engagements militaires et notre assistance ». Washington avait interrompu pendant deux ans sa coopération militaire avec Bangkok après le coup d’État de septembre 2006. En 2013, les États-Unis ont fourni une assistance de 11,4 millions de dollars à la Thaïlande, dont 3,7 millions pour son volet militaire.

John Kerry s’est dit « déçu par la décision de l’armée thaïlandaise de suspendre la Constitution et de prendre le contrôle du gouvernement ». La porte-parole Jennifer Psaki a expliqué que son ministère et le Pentagone tentaient d’entrer en contact avec les autorités militaires à Bangkok. Le département d’État affirmait encore mercredi que la loi martiale était une mesure « temporaire » et qu’il n’y avait pas de coup d’État en cours.

Jennifer Psaki a reconnu jeudi qu’il y avait bien eu un « coup d’État » en Thaïlande. Le terme « coup d’Etat » a son importance, car lorsque l’administration américaine déclare que tel ou tel gouvernement démocratique a été renversé de la sorte, le Congrès impose alors de fortes restrictions en termes d’aide financière bilatérale.

La qualification de « coup d’État » en question

Le Pentagone doit alors cesser toute coopération avec les autorités issues d’un coup d’État. La Défense tente donc de qualifier d’un point de vue juridique les événements ayant conduit à la prise de pouvoir par l’armée à Bangkok. La ligne peut parfois être finement établie : Washington avait ainsi cessé sa coopération avec le Mali après un coup d’Etat en 2012, mais n’avait pas coupé les ponts avec l’Egypte après le renversement du président islamiste Mohamed Morsi.

Les Américains n’ont jamais qualifié de « coup d’État » sa destitution par l’armée égyptienne. Jennifer Psaki s’est refusée à comparer les cas de l’Égypte et de la Thaïlande. Pour cette puissance d’Asie du Sud-Est, John Kerry a aussi appelé à la « libération » des dirigeants arrêtés et demandé le « respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales » dans cette monarchie constitutionnelle qui a connu — avec ce dernier coup d’État – 19 coups d’Etat réussis ou avortés depuis 1932.

John Kerry a enfin plaidé pour de nouvelles législatives « qui soient le reflet de la volonté du peuple ». L’armée thaïlandaise a pris le pouvoir jeudi et suspendu la plupart des libertés individuelles après sept mois de crise politique et de manifestations qui s’étaient soldés par une impasse.

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