Ukraine: des élections dans ces conditions: «Totalement absurde», déclare le Kremlin

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Des policiers montent la garde devant la Maison des syndicats à Odessa, qui a brûlé, le 3 mai 2014 (AFP)
Des policiers montent la garde devant la Maison des syndicats à Odessa, qui a brûlé, le 3 mai 2014 (AFP)

Le Kremlin déclare que la tenue d’élections en Ukraine agitée par les violences et les combats serait «Totalement absurde» et qualifie d’irresponsables les propos selon lesquels Moscou serait seul responsable des malheurs de l’Ukraine.

Les observateurs de l’OSCE retenus par des rebelles séparatistes de Slaviansk (est) ont été libérés ce samedi 3 mai, alors que reprend l’opération militaire dite «antiterroriste» de l’armée ukrainienne et qu’à Odessa, les autorités ukrainiennes procèdent à des arrestations de centaines de pro-russes suite aux violences de vendredi auxquelles les pro-européens ont pourtant participé également.

L’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) a confirmé à Vienne que les membres de son équipe étaient désormais libres après huit jours de détention à Slaviansk, bastion des rebelles séparatistes pro-russes.

«La Mission spéciale de l’OSCE de surveillance se réjouit des nouvelles de la libération des observateurs militaires en otages depuis vendredi 25 avril et est heureuse d’avoir pu aider les autorités ukrainiennes dans les efforts qui ont conduit à leur libération», a déclaré au nom de l’OSCE l’Observateur en Chef en Ukraine Ertugrul Apakan.

Le mois dernier, deux jours après l’arrestation des observateurs militaires, en dépit des nombreux appels à leur libération, y compris de Moscou, et alors qu’une mission de l’OSCE était attendue sur place pour des négociations, le leader pro-russe local Viatcheslav Ponomarev avait indiqué que leur sort était lié à celui des activistes pro-russes aux mains des autorités de Kiev.

«Ils sont en prison, ce sont des officiers de l’OTAN», avait déclaré Ponomarev, ajoutant «Ils sont entrés sur notre territoire sans notre permission», alors qu’un autre responsable des insurgés les avait qualifiés d’«espions» précisant qu’ils ne seraient libérés qu’en échange de «leurs propres prisonniers».

Aujourd’hui, par la voix d’Ertugrul Apakan, l’OSCE indique que «L’observateur en chef adjoint Mark Etherington et son équipe ont été à Donetsk pour plus d’une semaine afin d’assurer et de réaliser des contacts quotidiens pour la libération des observateurs détenus à Slaviansk», mais, tout en remerciant «toutes les parties qui ont contribué à ce résultat positif», ne précise ni les circonstances de leur libération, ni si les pro-russes ont obtenu quoi que ce soit en échange.

L’opération militaire ukrainienne reprend

Pendant ce temps, l’opération militaire dite «antiterroriste» de l’armée ukrainienne, lancée aux petites heures de la matinée de vendredi  et qui semblait s’être figée en un face-à-face tendu en début d’après-midi, s’est poursuit à Slaviansk et dans la ville voisine de Kramatorsk selon les autorités ukrainiennes.

Jusqu’à maintenant, l’opération s’est déjà soldée par la mort de cinq soldats ukrainiens, les rebelles faisant de leur côté état de cinq morts, trois rebelles et deux civils. À Kramatorsk, à 17 km de Slaviansk, le siège des services de sécurité (SBU) a été repris par les forces régulières, a indiqué le gouvernement.

L’armée avait déjà repris également, tôt samedi, le contrôle de la tour de télévision auparavant sous le contrôle des terroristes. «La phase active de l’opération s’est poursuivie à l’aube, nous ne nous arrêtons pas», déclare le ministre ukrainien de l’Intérieur, Arsen Avakov.

Odessa

À Odessa, au moins une cinquantaine de personnes sont mortes, dont 42 dans un incendie et dans des affrontements hier.

Les violences, avaient commencé lorsqu’un défilé de partisans des autorités pro-européennes de Kiev et de l’unité du pays a été attaqué par des militants pro-russes armés de battes de baseball, de chaînes métalliques et de pistolets, faisant quatre morts et une quinzaine de blessés selon les autorités locales.

Puis, les pro-russes se sont barricadés dans la soirée dans la Maison des Syndicats, qui a pris feu alors qu’elle était assiégée par les pro-Européens: plusieurs personnes sont alors mortes des suites d’une intoxication à l’oxyde de carbone ou en sautant par la fenêtre, selon le ministère de l’Intérieur.

Le président ukrainien Olexandre Tourtchinov a aussi annoncé aujourd’hui un deuil national de deux jours (samedi et dimanche) pour rendre hommage aux victimes. À Odessa, une foule d’environ 2.000 à 3.000 personnes, en majorité des militants pro-russes, s’est rassemblée auyjiourd’hui pour prier, chanter et déposer des fleurs devant le bâtiment brûlé, qui était gardé par plusieurs centaines de policiers en tenue antiémeute dans une atmosphère tendue. 

Des élections dans ces conditions: «Absurde», dit le Kremlin

Ce samedi, les autorités de Kiev ont arrêté plus de 130 personnes précisant qu’elles seront poursuivis en justice pour avoir participé à des émeutes et pour meurtre avec préméditation.

Kiev, bien sûr, n’a pas manqué d’accuser Moscou d’être à l’origine de l’incendie, qui serait le fruit d’« une provocation des services spéciaux russes destinée à détourner l’attention de l’opération [de l’armée ukrainienne]» en cours, selon Sergueï Pachinski, le chef de l’administration présidentielle ukrainienne.

Le président russe Vladimir Poutine pour sa part, tout en exprimant ses condoléances aux familles des personnes décédées à Odessa, a répliqué que ce sont «Les Autorités de Kiev [qui]ont la responsabilité des actions criminelles perpétrées à Odessa et sont factuellement des complices».

Le Kremlin regrette «l’approbation» de l’«opération punitive» au sud-est de l’Ukraine et affirme que ceux qui décrivent «la junte de Kiev comme légitime» sont également complices des crimes qui ont eu lieu à Odessa, a précisé le porte-parole de la présidence russe, Dmitri Peskov.

Le Kremlin a aussi qualifié absurde les plans de tenir des élections présidentielles en Ukraine au milieu de l’effusion de sang, a déclaré Dmitri Peskov.

«Il est évident que, avec la Constitution actuelle, alors que sont menées des actions de combat, une opération punitive et des ‘tueries’ de masse,il est pour le moins absurde de parler d’élections», a déclaré le porte-parole du Kremlin.

Et, de fait, le calme est loin d’être revenue et, au moment d’écrire ses lignes, la foule manifeste dans les rues d’Odessa réclamant la libérations des militants pro-russes arrêtés par les autorités.

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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