À Londres, Angelina Jolie copréside un sommet pour mettre fin au viol en temps de guerre

Le ministre des Affaires étrangères britannique William Hague et la star d'Hollywood et ambassadrice de bonne volonté du Haut-commissariat de l'ONU, Angelina Jolie, coprésident le «Global summit to End Sexual Violence in Conflict» qui s'est ouvert à Londres mardi 10 juin 2014 (Andrew Parsons/i-Images/Foreign and Commonwealth Office)
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Le ministre des Affaires étrangères britannique William Hague et la star d'Hollywood et ambassadrice de bonne volonté du Haut-commissariat de l'ONU, Angelina Jolie, coprésident le «Global summit to End Sexual Violence in Conflict» qui s'est ouvert à Londres mardi 10 juin 2014 (Andrew Parsons/i-Images/Foreign and Commonwealth Office)
Le ministre des Affaires étrangères britannique William Hague et la star d’Hollywood et ambassadrice de bonne volonté du Haut-commissariat de l’ONU, Angelina Jolie, coprésident le «Global summit to End Sexual Violence in Conflict» qui s’est ouvert à Londres mardi 10 juin 2014 (Andrew Parsons/i-Images/Foreign and Commonwealth Office)

L’actrice Angelina Jolie et le ministre des Affaires étrangères britannique, William Hague ont ouvert mardi 10 juin à Londres un sommet «sans précédent» sur les violences sexuelles pendant les conflits et l’utilisation du viol comme «arme de guerre» qui réunit plus de 900 experts, des organisations non-gouvernementales et des organisations internationales du monde entier.
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Mise à jour au 12/06/2014 à 17h00

Le chef de la diplomatie britannique William Hague a présenté jeudi 12 juin à Londres un protocole international pour mettre «fin à l’impunité» des violences sexuelles en zone de guerre qualifié d’«essentiel» par la vedette hollywoodienne Angelina Jolie .

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La star hollywoodienne, ambassadrice de bonne volonté du Haut-commissariat de l’ONU pour les réfugiés, et le chef de la diplomatie britannique vont présider jusqu’à vendredi le plus grand événement jamais consacré au sujet, réunissant des délégations de plus de cent pays, représentants gouvernementaux, ONG, religieux, experts militaires et juridiques, associations humanitaires et membres de la société civile.

À l’ouverture du sommet, Angelina Jolie, a appelé à une action concertée pour mettre fin une fois pour toutes à l’utilisation du viol et la violence sexuelle comme arme de guerre.

«C’est un mythe que le viol est une partie inévitable du conflit », a déclaré l’Envoyée spéciale du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR).


Ouverture mardi 10 juin par Angelina Jolie et William Hague du «Golbal summit to end sexual violence in conflict (Foreign and Commonwealth Office)

La violence sexuelle dans les conflits

Le sommet de trois jours vise à créer un élan contre la violence sexuelle dans les conflits et pour une action concrète ayant un impact pour les gens sur le terrain.

«Il s’agit d’une arme de guerre, visant des civils. Cela n’a rien à voir avec le sexe, et tout à voir avec le pouvoir. Elle est faite pour torturer et humilier des personnes innocentes, souvent de très jeunes enfants», a souligné l’actrice.

L’ambassadrice de bonne volonté du Haut-commissariat de l’ONU pour les réfugiés a affirmé que le sujet du viol comme arme de guerre a été tabou pendant trop longtemps. «C’est un crime qui perdure à cause du silence et du déni. La stigmatisation nuit aux victimes, il provoque des sentiments de honte et se nourrit de l’ignorance».

«Mais surtout», a-t-elle ajouté, «le silence et le déni permet aux violeurs d’échapper aux poursuites », a-t-elle ajouté, en soulignant qu’il est nécessaire de rompre avec cette culture de l’impunité.

Selon les chiffres des Nations Unies, 36 femmes et filles sont violées chaque jour en RDC où on estime à plus de 200.000 le nombre de femmes ayant souffert de violences sexuelles depuis 1998. Entre 250.000 et 500.000 femmes ont été violées au cours du génocide du Rwanda de 1994. Plus de 60.000 lors du conflit en Sierra Leone. Et au moins 20.000 pendant le conflit en Bosnie au début des années 1990.

Coïncidence et illustration de la gravité du problème, la veille de l’ouverture du sommet à Londres, la Cour pénale internationale (CPI) avait confirmé lundi 9 juin les charges contre l’ancien chef de guerre Bosco Ntaganda, surnommé Terminator, qui a eu un «rôle central» dans les crimes «ethniques» commis dans l’est de la République démocratique du Congo en 2002 et 2003, notamment le viol d’enfants soldats.

Il est soupçonné d’avoir lui-même violé et mis en esclavage sexuel des jeunes filles de moins de 15 ans, pour son escorte. Ces actes étaient un «message officiel d’approbation» pour ses soldats, qui violaient les jeunes filles «sous la menace de la mort», selon le document contenant les charges.

«Nous avons besoin de volonté politique, et nous devons traiter ce sujet comme une priorité. Il faut un réel engagement à poursuivre les auteurs de ces crimes, et pour assurer le financement d’une protection adéquate pour les personnes vulnérables, et aider les pays les plus touchés. Nous devons assurer que la sensibilisation à ce problème soit intégrée dans la formation de toutes les armées, des forces de maintien de la paix et de police», a insisté Angelina Jolie.

Le «Sommet global pour mettre fin à la violence sexuelle»

Seront présents à Londres 48 ministres des Affaires étrangères, mais aussi ceux qui étaient et continuent à être en première ligne: des victimes, des témoins et des acteurs sur le terrain.

Le ministre des Affaires étrangères John Baird assistera pour sa part les 12 et 13 juin au Sommet où il présidera le dialogue ministériel sur l’amélioration des mesures internationales et nationales à prendre afin de s’attaquer à l’impunité.

Aux échanges officiels s’ajoute tout un programme ouvert au public, le Summit Fringe, avec des ateliers, des conférences, des expositions et du cinéma muet pour sensibiliser à un mal souvent dissimulé sous l’horreur de la guerre.

Par exemple, jeudi 12 juin, se tiendra un table ronde présidée par le professeur Valerie Oosterveld de la faculté de droit de l’Université de Western Ontario qui explorera les expériences de la Cour spéciale pour la Sierra Leone, un tribunal pénal international, dans l’enquête et la poursuite des crimes de violence sexuelle, de la protection des victimes/témoins, et de sensibilisation «innovante» en Sierra Leone et au Liberia sur cette question. Ce sommet sans précédent a aussi été salué par le pape François qui écrit sur son compte Twitter, suivi par plus de 12 millions de personnes: «Prions pour toutes les victimes de violence sexuelle dans les situations de conflit et pour ceux qui combattent ce crime».

En outre, Angelina Jolie et William Hague recevront vendredi le renfort du secrétaire d’État américain John Kerry qui en a fait un «combat personnel». Les deux ministres avaient écrit ensemble en février une tribune dans laquelle ils affirmaient: «Nous avons vu l’horreur. La question maintenant est de savoir si on peut fédérer les actions et les énergies pour l’empêcher.»

Selon le secrétaire d’État américain, il faut commencer par considérer le viol en temps de guerre comme «un crime international majeur et plus seulement comme la conséquence inévitable de tout conflit». «Il faut ensuite convaincre chaque gouvernement de refuser de servir de refuge à ceux qui ont commis ces actes infâmes». Ce dernier point «devrait être un des héritages principaux du sommet de Londres», a insisté le chef de la diplomatie américaine.

Par ailleurs, il sera aussi question du sort des plus de 200 lycéennes enlevées par Boko Haram au lors de ce sommet et jeudi, William Hague accueillera à Londres le ministre nigérian des Affaires étrangères, ainsi que des représentants des états voisins du Bénin, du Tchad, du Cameroun et du Niger à une réunion des ministres des Affaires étrangères portant sur le Nigéria à laquelle assistera aussi le ministre canadien des Affaires étrangères.


La vidéo produite à l’occasion du sommet pour mettre fin à la violence sexuelle en zones de conflit (Foreign and Commonwealth Office)