Caporal Martin Dubé, cinq ans plus tard

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Parmi les 158 militaires tombés au combat lors de la mission en Afghanistan, le caporal Martin Dubé, originaire de Québec. Julie Lebrasseur, conjointe du caporal Dubé, se souvient très bien de cette terrible date du 14 juin 2009, qui, cinq ans après, a laissé une marque encore très douloureuse.

Le dernier contingent, comptant 93 militaires, est rentré au pays en mars dernier, mettant un terme au conflit en Afghanistan pour les Forces armées canadiennes.

À la suite de cet évènement, le 9 mai fut désigné par le Premier ministre Stephen Harper, Journée nationale de commémoration en l’honneur et en souvenir de cette mission. De plus, un monument a été dédié aux 190 militaires et civils qui ont fait le sacrifice ultime lors de cette mission pour ainsi souligner leur courage et leur dévouement. Chanson, mémorial, prière et poème entendus et vus à travers le pays ont servi et servent encore à exprimer et à démontrer la peine de même que l’empathie face à la perte de nos militaires canadiens.

Martin Dubé, un être intègre

Martin Dubé est né le 27 juin 1973 dans la région de Québec. Aîné d’une famille de deux enfants, il s’est enrôlé dans les Forces armées canadiennes en 2004. Sa rencontre avec sa conjointe Julie Lebrasseur, âgée à l’époque de 34 ans, est survenue juste avant son départ pour son cours de sapeur en 2005. Faisant partie du 5e Régiment du génie de combat, qui est basé à la Garnison Valcartier, le caporal Dubé servait à titre de membre du quartier général de la Force opérationnelle interarmées (QG FOI) en Afghanistan.

«Martin était un perfectionniste dans son travail, mais aussi dans sa vie personnelle, explique Julie Lebrasseur. Solitaire dans l’âme, il était sérieux face à son rôle de militaire, et boute-en-train devant ses amis et sa famille. Toutes ses qualités faisaient de lui un être intègre».

«Le 14 juin 2009 fut pour moi une bien drôle de journée… Martin avait pris l’habitude de m’appeler le dimanche à 11h30. Lors d’un appel de lui la veille, soit le 13 juin 2009, au moment où je m’étais absentée, il avait demandé des nouvelles de tout le monde. Il avait dit à Mathieu, mon fils et le beau-fils de Martin, qu’il allait rappeler plus tard et qu’il nous aimait. Mais ce n’est jamais arrivé… Il est décédé le 14 juin», ajoute-t-elle.

Le caporal Martin Dubé est décédé à la suite d’une explosion le 14 juin 2009 lors de la mission en Afghanistan. Il avait 35 ans à ce moment.

L’incident a eu lieu dans les environs du district de Panjwai, à environ 20 kilomètres au sud-ouest de Kandahar. Vers 12h30, alors qu’il répondait à un appel d’urgence et tentait de désamorcer un engin explosif improvisé, est survenue l’explosion. L’accident a également emporté un officier de la police afghane et blessé un interprète.

Malgré le fait que Martin Dubé démontrait un intérêt vigoureux pour cette mission, sa conjointe Julie Lebrasseur n’avait pas un bon présage face à son départ pour l’Afghanistan, à savoir qu’elle avait pris conscience que, pour l’amour de son métier, elle devait le laisser partir, bien que dans son cas, elle était contre. «Je ne l’ai jamais revu depuis son départ, à part une fois sur la webcam, mais cela n’a pas été un grand succès car la mauvaise réception et la qualité de l’image n’était pas parfaite, l’écran se figeait», dit-elle à 45eNord.ca.

L’aide apporté

La conjointe du caporal Dubé a reçu l’aide du Centre de la famille Valcartier qui, selon elle, est une source d’aide considérable. De plus, elle remercie les membres du personnel pour leur professionnalisme et leur réconfort. «Pour ce qui est du soutien venant de l’armée, vu que je n’étais pas conjointe de fait, ils n’ont pas fait grand-chose pour moi et cela ne me dérangeait pas, j’ai été compréhensive. Le support provenant de la famille de Martin ainsi que de la mienne me convenait amplement», explique-t-elle.

Julie Lebrasseur ajoute ne pas avoir de rancune envers les Forces armées canadiennes pour ce qui est arrivé à son conjoint. Elle est très fière de ce qu’il a accompli en Afghanistan, il a sauvé plusieurs vies. Qui ne serait pas fier de ça? Martin était «un HÉROS» pour elle, et le restera à jamais.

«Mon HÉROS arrive»

«Son retour était prévu pour le 18 octobre 2009, le lendemain de ma fête. Le non-retour de Martin m’a fait réaliser qu’il ne reviendra jamais. C’est dur à accepter… À Trenton, quand j’ai entendu le son de l’avion, je me suis dit ‘ Mon héros arrive’. Mais lorsque la ‘boîte grise’ est apparue, cela a été le déchirement total. Je voulais crier et c’est là que ma peine a commencé à s’extérioriser», dit-elle.

Julie Lebrasseur a profité de cette entrevue qu’elle a accordée à 45eNord.ca pour lancer un message à toutes les conjointes de militaires, qui sont décédés au combat:

«Il y a de l’espoir, il s’agit d’y croire, il faut s’entourer de bonnes personnes. Cependant, il est certain que dans l’entourage, il y aura toujours quelqu’un qui voudra prendre avantage de la situation. Il s’agit seulement de les remettre à leur place, quitte à les éloigner. […] J’aimerais aussi dire aux militaires que j’admire leur force. Pour certains d’entre vous, qui avez perdu des amis, des conjoints, des collègues et qui, malgré tout, avez réussi à continuer pour leur rendre hommage, et pour d’autres, qui sont revenus blessés, que ce soit physiquement ou mentalement, pour cela, je vous admire. Et un petit conseil, si vous ne vous sentez pas bien, demandez de l’aide! Ne baissez pas les bras parce qu’il y a des gens qui vous aiment».

La vie continue

Julie Lebrasseur est de retour sur le marché du travail depuis 2011. Âgée maintenant de 39 ans, la mère de deux enfants a fait la rencontre d’un nouveau conjoint qui partage sa vie en sachant très bien tout ce qu’elle a vécu à travers cette expérience déchirante. De plus, elle continue de faire son bout de chemin malgré les hauts et les bas qu’elle vie au quotidien. Elle se dit bien entourée, ce qui est favorable dans son cheminement vers la guérison. Julie Lebrasseur est une femme déterminée qui, malgré cet incident, arrive à demeurer forte, en contrôle et courageuse.

«En conclusion, j’aimerais dire à Martin que je suis fière de lui. Que j’espère qu’il est bien où il se trouve avec son harem de chats. Je sais qu’il veille sur nous. Il aura toujours une très grande place dans mon cœur. Je ne l’oublierai jamais», ajoute-t-elle.