Controverse autour de la libération du sergent Bergdahl

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Le soldat américain Bowe Bergdahl (g), otage des Talibans en Afghanistan, le 7 décembre 2010 (AFP)
Le soldat américain Bowe Bergdahl (g), otage des Talibans en Afghanistan, le 7 décembre 2010 (AFP)

Quelques jours après l’annonce de la libération du sergent Bergdahl en échange de cinq cadres talibans, des allégations d’anciens membres de son unité à l’effet que le militaire avait déserté son poste pèsent de plus en plus sur lui.

Bien que le Pentagone et la Maison-Blanche, de manière officielle, se réjouissent de la libération du seul prisonnier de guerre américain en Afghanistan, le doute plane autour des circonstances entourant sa disparition le 30 juin 2009.

Le colonel Steven Warren, un porte-parole du Pentagone a affirmé: «Nous l’avons ramené à la maison. Nous avons respecté notre principe de ne jamais abandonner un camarade. Il y aura le temps à l’avenir de gérer toutes ces questions sur les circonstances de sa capture».

Selon le magazine Rolling Stone, il aurait demandé en 2009 à son supérieur la permission de quitter la base avec son fusil et ses lunettes de vision nocturne. Après avoir essuyé un refus, il a quitté avec un couteau, une gourde d’eau, son journal et une caméra; le lendemain le sergent Bergdahl était porté disparu.

Un ancien membre de son unité, Nathan Bradley, est catégorique: «Bergdahl était un déserteur et des soldats de sa propre unité sont morts durant les recherches pour le retrouver». Il voulait, selon plusieurs, se rendre en Inde à pied.

Un échange de courriels avec son père donne aussi un aperçu sans nuance de son opinion quant à la présence Américaine en Afghanistan: «Je suis désolé pour tout ici. Ces gens ont besoin d’aide, et pourtant, tout ce qu’ils obtiennent, c’est de se faire dire par le pays le plus arrogant du monde qu’ils ne sont rien, qu’ils sont stupides», écrivait le soldat, aujourd’hui âgé de 28 ans. «J’ai honte d’être américain. Et le titre de soldat américain n’est que le mensonge d’imbéciles. Je suis désolé pour tout. L’horreur qu’est l’Amérique me dégoûte», ajoutait-il. Ce à quoi son père, Bob Bergdahl a répondu: «Obéis à ta conscience!».

De vives réactions sur les médias sociaux

Sur les réseaux sociaux, un groupe intitulé Bowe Bergdahl is NOT a hero relayait une pétition sur le site de la Maison-Blanche demandant que le militaire soit sanctionné pour désertion. Au moment d’écrire ses lignes, près de 8.000 signatures avaient été déjà enregistrées, mais il en faut cependant 100.000 pour avoir une réponse du gouvernement.

Les Républicains reprochent à l’Administration Obama de créer un précédent «en négociant avec des terroristes».

Dans le tourbillon de commentaires sur le web, plusieurs personnes considèrent que le sergent a amplement été puni suite à ses cinq années de détentions.

En 2004, le sergent Charles Robert Jenkins, qui avait déserté son poste à la frontière intercoréenne en 1965 et passé près de 40 ans dans les mains des Nord-Coréens avant d’être libéré, avait été condamné à 30 jours de détention.

Quoi qu’il en soit, pendant ce temps, Bowe Bergdhal a été transféré dimanche depuis l’Afghanistan à l’hôpital militaire américain de Landstuhl, en Allemagne, où il a été admis pour une durée indéterminée. Le retour à la maison sera douloureux à n’en pas douter.

Passionné de politique, d'actualité et d'histoire depuis l'adolescence, Simon Bossé-Pelletier s'intéresse particulièrement aux relations internationales, à l'histoire militaire et au travail journalistique en situation de conflit.

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