Crise ukrainienne: retour aux principes de Genève et lumière au bout du tunnel

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Le président russe Vladimir Poutine en conférence de presse le 6 juin 2014 après les célébrations du 70e anniversaire du Débarquement en Normandie (Service de presse/Présidence russe)
Le président russe Vladimir Poutine en conférence de presse le 6 juin 2014 après les célébrations du 70e anniversaire du Débarquement en Normandie (Service de presse/Présidence russe)

Après les rencontres bilatérales d’hier en France et en ce jour d’investiture du nouveau président ukrainien, la Russie, les pays occidentaux et l’Ukraine semblent se diriger enfin vers le bout du tunnel.

Accusé par l’Occident de laisser passer des combattants qui vont se joindre à l’insurrection, le président russe Vladimir Poutine a donné l’ordre ce samedi 7 juin de renforcer les contrôles à la frontière avec l’Ukraine et, ce même jour, l’ambassadeur russe à Kiev, Mikhaïl Zourabov, déclare que Moscou admet la médiation de l’Europe et des États-Unis dans un dialogue éventuel entre Kiev et les républiques autoproclamées de l’est de l’Ukraine.

«Ce n’est pas seulement la Russie qui pourrait se porter garant des futures ententes entre Kiev et l’est de l’Ukraine, mais aussi les représentants des pays européens et des États-Unis. L’essentiel est de faire en sorte que ces ententes soient respectées», a déclaré le diplomate russe aux journalistes à Kiev, rapporte Ria Novosti.

En avril dernier, la Russie, les pays occidentaux et l’Ukraine avaient signé une déclaration à Genève pour la «désescalade de la violence» prévoyant que les groupuscules clandestins œuvrant des deux côtés du conflit déposent les armes et libèrent les bâtiments occupés, et que les autorités de Kiev «ouvrent immédiatement un large dialogue national».

Aujourd’hui, «La Russie a tout intérêt à ce que le potentiel des ententes signées à Genève soit réalisé. Elle souhaite également que soit réalisé le plan mis au point par la présidence suisse de l’OSCE», a indiqué M. Zourabov.

Un geste d’apaisement

Par ailleurs, Kiev ne cesse de répéter que des combattants venant de Russie franchissent régulièrement la frontière pour venir grossir les rangs des insurgés prorusses, certains arrivant notamment de Tchétchénie et d’Ingouchie, dans le Caucase russe.

Les services migratoires russes affirment par contre de leur côté que près de 4.000 ukrainiens de l’Est ont demandé asile en Russie et que les zones russes frontalières sont confrontées à un afflux de migrants.

«Au lieu d’ouvrir ces frontières à tous ceux qui veulent quitter les zones de combat, elles sont fermées. C’est totalement scandaleux et inacceptable», ait déploré jeudi le porte-parole de la diplomatie russe Alexandre Loukachevitch.

Mais, dans un geste d’apaisement, le président russe Vladimir Poutine a finalement donné l’ordre ce samedi de renforcer les contrôles pour prévenir tous les passages illégaux aux postes frontières, a annoncé le service de presse du Kremlin.

Sur le front gazier

Pendant ce temps, sur le front gazier, l’Ukraine n’est pas prête à se passer du gaz russe, a enfin admis vendredi le Premier ministre ukrainien Arseni Iatseniouk.

«J’aurais pu faire une déclaration populiste, mais ce n’est pas vrai. Nous ne pouvons pas ne pas utiliser le gaz russe », a-t-il déclaré sur la Première Chaîne de télévision nationale, ajoutant que l’Ukraine a besoin de sept autres milliards de mètres cubes supplémentaires de gaz pour survivre à l’hiver prochain.

«Je voudrais que nos relations avec la Russie soient normalisés», a déclaré Arseni Iatseniouk, ajoutant ,«Je crois que le peuple russe le veut aussi».

Début de dialogue prometteur

Petro Porochenko, investi samedi président d’Ukraine, s’est engagé à maintenir l’unité du pays, mais dans un climat de détente après un début de dialogue avec la Russie, même si les responsables des Républiques autoproclamées de l’Est de l’Ukraine rejettent pour l’instant tout dialogue.

S’adressant aux habitants de la région industrielle russophone du Donbass contrôlée en grande partie par les rebelles, Petro Porochenko a promis de mener une décentralisation du pouvoir et de garantir l’usage libre de la langue russe.

Lors de leur rencontre en France hier, Poutine et Porochenko ont convenu de lancer des négociations rapidement à Kiev, du jamais vu dans l’escalade de ces derniers mois, alors que les séparatistes étendent chaque jour leur emprise sur l’Est industriel du pays.

Le président russe a jugé l’approche du dirigeant ukrainien «juste dans l’ensemble» et Porochenko s’est félicité du début du dialogue avec la Russie, estimant qu’il avait de «bonnes chances» d’aboutir.

«Un représentant russe viendra en Ukraine [ probablement dimanche. ndlr] et on discutera avec lui de premières mesures dans le cadre d’un plan en vue d’un règlement que j’ai proposé en tant que président. […] Nous avons de bonnes chances de le mettre en oeuvre», a-t-il déclaré.

Finalement, après plus de 200 morts et des mois de menaces et les invectives, réalisme et nécessité du dialogue pourraient prévaloir et, cette fois, contrairement à ce qui s’est passé en avril après la Déclaration de Genève, les ententes seront peut-être respectées pour que se termine enfin cette mauvaise «télésérie» dont le public va bientôt commencer à se lasser.

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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