Égypte: le journaliste canadien Mohamed Fahmy risque de 15 à 20 ans de prison

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100 jours de prison pour Mohamed Fahmy. (Al Jazeera/45eNord.ca)
100 jours de prison pour Mohamed Fahmy. (Al Jazeera/45eNord.ca)

Un procureur égyptien a requis ce jeudi 5 juin la «peine maximale» contre 20 journalistes et employés de la chaîne qatarie Al-Jazeera, dont le le journaliste égypto-Canadien Mohamed Fadel Fahmy, accusés de soutenir les Frères musulmans du président destitué Mohamed Morsi.

Fahmy, le chef du bureau d‘Al-Jazeera avant que la chaîne ne soit interdite, est jugé en tant qu’Égyptien, la justice refusant systématiquement de reconnaître la double nationalité de toute personne mise en cause sur son territoire.

Les accusés risquent de 15 à 25 ans de prison, selon un avocat de la défense, dans ce procès qui a déclenché un tollé international.

Neuf accusés sont détenus en Egypte et 11 jugés par contumace.

Les seize Égyptiens sont accusés d’appartenir à une «organisation terroriste» -les Frères musulmans- et les quatre étrangers d’avoir diffusé «de fausses nouvelles» en vue de soutenir la confrérie islamiste.

«Tout dans ce procès est une honte (…) nous sommes plus mal traités que si nous étions des violeurs et des assassins. Nous sommes des victimes», a lancé pour sa part Mohamed Fadel Fahmy derrière les barreaux de la cage dans laquelle il a été présenté à la cour criminelle du Caire.

M. Fahmy et son collègue australien Peter Greste, détenus depuis cinq mois, apparaissent à chaque audience derrière ce grillage aux côtés de leurs sept co-accusés détenus, dont certains jeunes étudiants assurant n’avoir collaboré que ponctuellement avec Al-Jazeera.

«Nous réclamons que le tribunal leur inflige la peine maximale pour punir les crimes abominables qu’ils ont commis, sans pitié ni compassion», s’est exclamé quant à lui le procureur, Mohamed Barakat, ajoutant «Un jugement clément, pour de tels individus, plongerait la société entière dans l’obscurité» et concluant «Al-Jazeera est maîtresse dans l’art de la fraude».

L’un des avocats de la défense, Yousri al-Sayyid, a argué pour sa part que «les accusés n’ont rien fait pour ternir l’image de l’Égypte, c’est ce procès (qui ternit) la réputation» du pays.

Ces lourdes réquisitions surviennent en pleine vague d’une implacable et sanglante répression des pro-Morsi et deux jours après que l’ex-chef de l’armée Abdel Fattah al-Sissi a été proclamé vainqueur de l’élection présidentielle, avec 96,9% des suffrages exprimés.

Le maréchal Sissi a été élu triomphalement lors du scrutin des 26, 27 et 28 mai après avoir éliminé toute opposition de la scène politique -essentiellement les Frères musulmans.

Ce maréchal à la retraite dirigeait déjà de facto le pays depuis qu’il a destitué et fait arrêter le 3 juillet 2013 le président islamiste Mohamed Morsi.

Depuis, plus de 1.400 manifestants pro-Morsi ont péri sous les balles des policiers et soldats, plus de 15.000 de ses partisans ont été emprisonnés et des centaines condamnés à mort ou à la prison à vie dans des procès expéditifs.

Alors qu’ils couvraient ces événements, MM. Greste et Fahmy avaient été arrêtés le 29 décembre dans une chambre d’hôtel du Caire qu’ils avaient transformée en bureau après que les locaux d’Al-Jazeera eurent été assaillis et perquisitionnés par la police.

Les accusés dénoncent régulièrement un procès « inique » et « politique » et des preuves « totalement fabriquées ». Ils sont soutenus dans le monde entier, une campagne proclamant que « le journalisme n’est pas un crime » ayant été lancée par plusieurs médias.

Mais, l’Egypte considère Al-Jazeera comme le porte-voix du Qatar qu’il accuse de soutenir les Frères musulmans alors que les Qataris dénoncent ouvertement la répression contre les pro-Morsi.

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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