Irak: le Secrétaire d’État américain, John Kerry, appelle à l’unité

Le Secrétaire d'État américain, John kerry, en discussion informelle avec le Secrétaire général de la Ligue arabe, Nabil Elaraby, après des discussions avec des responsables égyptiens de haut-niveau au Caire le 22 juin 2014 (Département d'État)
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Le Secrétaire d'État américain, John kerry, en discussion informelle avec le Secrétaire général de la Ligue arabe, Nabil Elaraby, après des discussions avec des responsables égyptiens de haut-niveau au Caire le 22 juin 2014 (Département d'État)
Le Secrétaire d’État américain, John kerry, en discussion informelle avec le Secrétaire général de la Ligue arabe, Nabil Elaraby, après des discussions avec des responsables égyptiens de haut-niveau au Caire le 22 juin 2014 (Département d’État)

Les insurgés sunnites consolidaient dimanche leurs positions dans l’ouest irakien frontalier avec la Syrie au moment où le secrétaire d’État américain John Kerry appelait les dirigeants irakiens à l’unité pour éviter que le pays ne s’enfonce dans le chaos.

M. Kerry a entamé dimanche une tournée pour pousser les chefs d’État de la région à user de leur influence pour convaincre le Premier ministre irakien Nouri al-Maliki de former rapidement un gouvernement d’union nationale.

Sur le terrain, les insurgés emmenés par les jihadistes ultra-radicaux de l’État islamique en Irak et au Levant (EIIL) se sont emparés de trois villes de la province occidentale d’Al-Anbar: Al-Qaïm, Rawa et Aana.

L’armée a affirmé dimanche qu’elle s’en était retirée pour des raisons «tactiques» de «redéploiement», mais selon des témoins, les insurgés se sont emparés dès samedi d’Al-Qaïm et de son poste-frontière avec la Syrie.

Selon des officiers et des médecins, les insurgés ont abattu 21 responsables locaux entre samedi et dimanche à Rawa et Aana.

Dans cette province d’Al-Anbar, les insurgés sunnites tenaient déjà depuis janvier la ville de Fallouja, à 60km à l’ouest de Bagdad, et des secteurs de Ramadi.

Près de ce chef-lieu de la province, un double attentat dimanche a fait six morts parmi les personnes venues présenter leurs condoléances à la famille d’un officier de police tué vendredi dans les combats à Al-Qaïm.

Depuis le début de leur offensive le 9 juin, les insurgés ont mis la main sur Mossoul, deuxième ville d’Irak, une grande partie de sa province Ninive (nord), de Tikrit et d’autres secteurs des provinces de Salaheddine (nord), Diyala (est) et Kirkouk (nord), et avancent désormais à l’ouest.

‘Des gens convenables’

L’EIIL, qui ambitionne de créer un État islamique à cheval entre les deux pays, est également engagé dans la guerre Syrie.

Signe du lien étroit entre les deux conflits, des jihadistes de l’EIIL ont pour la première fois utilisé dimanche des humvees américains pris à l’armée irakienne dans des combats dans la province syrienne d’Alep (nord), selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme.

À Mossoul, comme dans la ville syrienne de Raqa, l’EIIL a imposé de nouvelles règles — pas d’alcool, de drogue, de tabac ou de rassemblements, femmes couvertes et cloîtrées chez elles… — et commencé à établir un recensement, selon des habitants joints par téléphone.

Mais les jihadistes ne sont pas forcément mal vus. «Ce sont des gens convenables, ils traitent bien la population», explique ainsi Oum Abdallah, une habitante de Mossoul ayant malgré tout fui la ville «parce que le gouvernement nous bombarde et a coupé l’eau et l’électricité».

Après leur débandade aux premiers jours de l’offensive des insurgés, les troupes gouvernementales tentent de reprendre du terrain. Dimanche, elles ont mené des raids aériens sur Tikrit, où au moins sept personnes ont été tuées, et sur Mossoul.

Face à l’offensive fulgurante des insurgés sunnites, les chefs religieux chiites d’Irak ont appelé les citoyens à prendre les armes pour contrer l’avancée de l’EIIL, qui a proclamé son intention de marcher sur Bagdad et les villes saintes chiites de Kerbala et Najaf, au sud de la capitale.

États-Unis ‘pas responsables’

Sur le plan diplomatique, M. Kerry s’est rendu dimanche au Caire, d’où il a appelé les dirigeants irakiens à dépasser les fractures confessionnelles tout en affirmant que son pays n’était «pas responsable» de la crise et ne cherchait pas à «choisir» un leader pour l’Irak.

L’idéologie de l’EIIL «est une menace non seulement pour l’Irak mais aussi pour la région tout entière […]. Nous sommes à un moment critique où nous devons exhorter les dirigeants irakiens à dépasser les considérations confessionnelles et à parler à tous», a-t-il lancé.

M. Kerry s’est rendu en fin de journée à Amman, avant de poursuivre à Bruxelles et Paris sa mission au chevet de l’Irak, que les troupes américaines ont envahi en 2003 avant de s’en retirer en 2011.

Les États-Unis, qui ont promis d’envoyer 300 conseillers militaires pour aider l’armée irakienne tout en excluant les frappes aériennes réclamées par Bagdad, ne ménagent pas leurs critiques contre M. Maliki, qu’ils ont pourtant longtemps soutenu, accusé de mener une politique confessionnelle dans un pays au bord du chaos.

«C’est au peuple irakien de choisir ses dirigeants», a répété M. Kerry au Caire, mais Washington aimerait le voir «se trouver une direction prête à représenter tout le peuple irakien».

Dans une interview diffusée dimanche, le président américain Barack Obama a mis en garde contre les dangers que l’avancée de l’EIIL représentait pour la stabilité de l’ensemble de la région, estimant qu’ils pouvaient «déborder sur des pays alliés comme la Jordanie».