Irak: les jihadistes avancent vers Bagdad sur trois axes

Image tirée du site internet jihadistes Welayat Salahuddin montrant des combattants qui aurait pris une base de l'armée irakienne dans le nord du pays, le 11 juin 2014 (AFP)
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Image tirée du site internet jihadistes Welayat Salahuddin montrant des combattants qui aurait pris une base de l'armée irakienne dans le nord du pays, le 11 juin 2014 (AFP)
Image tirée du site internet jihadistes Welayat Salahuddin montrant des combattants qui aurait pris une base de l’armée irakienne dans le nord du pays, le 11 juin 2014 (AFP)

Les jihadistes progressaient vendredi sur trois axes vers Bagdad après avoir renforcé leur emprise sur les territoires conquis dans une offensive fulgurante qui a poussé les Etats-Unis à envisager une intervention et des compagnies américaines à évacuer leurs employés.
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Mise à jour au 13/06/2014 à 12h59

Le président Barack Obama a affirmé vendredi qu’il n’enverrait pas de troupes au sol en Irak pour contrer l’offensive d’extrémistes sunnites mais qu’il examinerait différentes options dans les jours à venir.

«Nous ne renverrons pas de troupes américaines au combat en Irak mais j’ai demandé à mon équipe de conseillers de sécurité nationale de préparer un éventail d’options pour soutenir les forces de sécurité irakiennes», a déclaré le président américain depuis la Maison Blanche, tout en soulignant que «sans effort politique, toute action militaire sera vouée à l’échec».

Par ailleurs, le Premier ministre Stephen Harper s’est entretenu aujourd’hui avec Barack Obama sur l’évolution de la situation en Irak et discuté des événements qui se sont déroulés au cours des derniers jours en Ukraine. Ils ont convenu de rester en contact au sujet de ces dossiers.

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Les combattants du groupe radical sunnite de l’État islamique en Irak et au Levant (EIIL), qui sont à moins de 100 km de Bagdad, avançaient vers une capitale irakienne aux rues quasi-désertes et commerces fermés, à partir de la province d’Al-Anbar à l’ouest, de celle de Salaheddine au nord et de celle de Diyala à l’est.

Avec la débandade des forces armées qui ont abandonné leurs postes, des milliers de jihadistes ont réussi à prendre depuis mardi Mossoul et sa province Ninive (nord), Tikrit et d’autres régions de la province de Salaheddine, ainsi que des secteurs des provinces de Diyala (est) et de Kirkouk (nord). Ils contrôlent depuis janvier Fallouja à 60 km à l’ouest de Bagdad.

Des affrontements avaient lieu le matin entre l’armée et des insurgés qui, après leur entrée dans Diyala, cherchaient à prendre son chef-lieu Baqouba, à 60 km de Bagdad, selon des responsables.

Face à l’impuissance du pouvoir dominé par les chiites et de son armée à enrayer l’avancée jihadiste, le président américain Barack Obama a dit que son équipe de sécurité nationale étudiait «toutes les options», tout en excluant des troupes au sol. Un responsable américain a parlé de possibles frappes menées par des drones.

Le chef de la diplomatie irakienne Hoshyar Zebari a admis que les forces de sécurité s’étaient «effondrées» notamment à Mossoul.

Au pouvoir depuis 2006, le Premier ministre Nouri al-Maliki, un chiite honni par les rebelles sunnites et dénoncé comme un autocrate par ses détracteurs sunnites et même chiites, a appelé les tribus «à former des unités de volontaires» pour venir en aide à ses forces.

Son gouvernement est miné par les divisions confessionnelles et la minorité sunnite l’accuse de la persécuter. D’ailleurs, les jihadistes de l’EIIL ont trouvé un certain soutien parmi la population sunnite dans les régions conquises.

Évacuation d’Américains

Dans un enregistrement sonore mercredi, l’un des dirigeants de l’EIIL, Abou Mohammed al-Adnani, a appelé les insurgés à «marcher sur Bagdad», alors que son groupe continue de mener parallèlement des attentats meurtriers.

Dans la capitale, les habitants étaient angoissés face à l’avancée de l’EIIL, considéré comme l’un des groupes «les plus dangereux au monde» par Washington.

«La population se sent livrée à elle-même, sans protection», s’est inquiété Abou Alaa, un verrier de 54 ans. «Les gens sortent peu car ils ont peur. Les rebelles sont aux portes de Bagdad, et peuvent arriver soudainement», dit Zeid, un journaliste.

Au nord de Bagdad, des sociétés américaines travaillant pour le gouvernement irakien dans le secteur de la Défense ont fait évacuer leurs employés américains de la base aérienne de Balad dans la province de Diyala vers la capitale irakienne, selon le département d’État.

Dans la deuxième ville du pays, Mossoul, les jihadistes continuaient de détenir une cinquantaine de citoyens turcs pris en otages au consulat, de même que 31 chauffeurs turcs.

Craignant pour leur vie, environ un demi-million d’habitants de Mossoul ont fui leurs foyers.

Plus au sud, à Kirkouk, c’est la première fois que les forces kurdes contrôlent totalement cette ville pluriethnique qu’ils ont promis de défendre face à l’assaut jihadiste après le retrait de l’armée.

Les cours grimpent

Après avoir entendu un état des lieux par l’envoyé spécial de l’ONU en Irak, Nickolay Mladenov, via vidéo-conférence, le Conseil de sécurité a condamné les «actes de terrorisme» en Irak et appelé au dialogue entre forces politiques.

Pour la Russie, les développements illustrent «l’échec total» de l’invasion en 2003 des Etats-Unis qui ont retiré leurs troupes d’Irak fin 2011.

L’EIIL compte notamment de nombreux combattants étrangers ainsi que d’ex-cadres et membres des services de sécurité du président Saddam Hussein, renversé après l’invasion américaine, selon des experts militaires.

Selon Riad Kahwaji, directeur de l’Institute for Near East and Gulf Military Analysis, au moins 10.000 à 15.000 jihadistes sont présents dans le nord irakien.

Basé dans l’ouest irakien, l’EIIL, qui a été désavoué par le réseau Al-Qaïda, s’est infiltré, via la frontière très poreuse, en Syrie où il tient de larges secteurs de la province de Deir Ezzor (nord-est). Il y combat aujourd’hui d’autres groupes rebelles qui l’accusent d’exactions.

Dans ce contexte d’escalade qui fait craindre des perturbations dans l’offre de ce grand pays producteur, les cours du pétrole continuaient de grimper en Asie.