John Kerry en mission impossible au chevet de l’Irak

Le Secrétaire d'État américain John Kerry le 20 juin 2014 à Washington (Department of State)
Temps de lecture estimé : 3 minutes
Le Secrétaire d'État américain John Kerry le 20 juin 2014 à Washington (Department of State)
Le Secrétaire d’État américain John Kerry le 20 juin 2014 à Washington (Department of State)

Le Secrétaire d’État américain John Kerry est parti samedi au Proche-Orient et en Europe pour une nouvelle mission ultra-délicate, voire impossible, au chevet de l’Irak, Washington s’alarmant de l’offensive jihadiste sunnite tout en fustigeant le sectarisme du Premier ministre chiite.
—-
Mise à jour au 22/06/2014 à 6h22

John Kerry est arrivé ce dimanche 22 juin en Égypte pour une visite surprise, celle du plus haut responsable américain depuis l’investiture à la présidence d’Abdel Fattah al-Sissi, l’ex-chef de l’armée qui a destitué l’islamiste Mohamed Morsi.

M. Kerry rencontrera le chef de l’Etat égyptien, qui a prêté serment il y a deux semaines, et doit notamment s’entretenir avec lui des craintes de Washington au sujet de la répression et des tactiques du gouvernement qui, selon les Etats-Unis, divisent la société égyptienne.

Cette visite intervient au lendemain de la confirmation de 183 condamnations à mort par un tribunal du centre de l’Egypte, dont celle du chef de la confrérie des Frères musulmans de M. Morsi, le Guide suprême Mohamed Badie.

—-

Du 22 au 27 juin, M. Kerry est attendu en Jordanie, en Belgique et en France pour mener des «consultations avec des partenaires et alliés sur la manière dont nous pouvons contribuer à la sécurité, à la stabilité et à la formation d’un gouvernement rassembleur en Irak», a indiqué le département d’Etat dans un bref communiqué.

Même s’ils n’ont pas formellement réclamé la démission de Nouri al-Maliki, les États-Unis ne ménagent pas leurs critiques contre le chef du gouvernement irakien, accusé de sectarisme confessionnel dans un pays au bord du chaos depuis l’insurrection fulgurante des combattants de l’État islamique en Irak et au Levant (EIIL).

«Nous avons donné à l’Irak la chance de mettre sur pied une démocratie ouverte à toutes les parties. De travailler, en faisant fi des divisions entre communautés, pour assurer un meilleur avenir à leurs enfants. Et malheureusement, nous avons assisté à une dégradation de la confiance» entre ces communautés, a relevé vendredi soir sur CNN le président Barack Obama.

Après avoir rapatrié le dernier soldat américain d’Irak fin 2011, M. Obama s’est dit prêt jeudi à renvoyer 300 conseillers militaires pour appuyer les forces irakiennes. Mais il a insisté sur la nécessité pour l’Irak de se doter d’un système politique ouvert à toutes les communautés: sunnites, chiites, kurdes et chrétiens.

Bien que Washington soit également disposé à mener, si nécessaire, des «frappes ciblées» contre l’EIIL, « aucun recours à la puissance de feu américaine ne sera capable de maintenir le pays uni», a souligné le président américain.

Il a affirmé sur CNN l’avoir «dit très clairement» à M. Maliki.

« Maliki devrait partir »

Le Premier ministre «Maliki devrait partir», tranche pour sa part Michael Hanlon, directeur de recherches à la Brookings Institution à Washington.

«La plupart des sunnites et des kurdes le considèrent comme un chiite chauvin qui n’a plus à cœur de défendre leurs intérêts. Ils ont probablement raison et il sera très difficile de les faire changer d’avis après huit ans de pouvoir du Premier ministre», prévient l’analyste.

Lors d’une conversation téléphonique vendredi soir, Barack Obama et son homologue français François Hollande ont appelé à la formation d’un gouvernement d’unité nationale. L’Irak n’a toujours pas de cabinet. Le bloc de M. Maliki est arrivé en tête des législatives d’avril mais ne parvient pas à former un gouvernement tant les divisions sont profondes.

L’administration Obama encourage donc la mise sur pied d’un gouvernement irakien plus rassembleur, grâce à des négociations «sérieuses et concertées» entre toutes les communautés, a insisté un haut responsable américain.

C’est ce que devrait plaider M. Kerry, dépêché par le président Obama au Proche-Orient et en Europe. Des sources parlementaires ont même parlé d’un éventuel prochain voyage du secrétaire d’État en Irak, mais le département d’Etat n’en a pas dit un mot.

À Amman d’abord, John Kerry verra une nouvelle fois son homologue jordanien Nasser Judeh avec lequel il s’entretiendra des «défis que pose la sécurité au Moyen-Orient», selon la diplomatie américaine.

John Kerry est attendu ensuite mardi à Bruxelles pour une réunion ministérielle de l’OTAN avant le sommet du mois de septembre. Les alliés discuteront surtout de la crise en Ukraine.

Le chef de la diplomatie américaine se rendra enfin une nouvelle fois à Paris, pour rencontrer «des partenaires régionaux et des alliés du Golfe sur les défis sécuritaires au Moyen-Orient, notamment en Irak et en Syrie», a ajouté le département d’État.

Les insurgés de l’EIIL, qui se sont aguerris en Syrie voisine, ont pris le contrôle samedi d’un des trois postes-frontière avec ce pays en guerre depuis plus trois ans.