L’armée irakienne tente encore de reprendre du terrain et lance un assaut contre Tikrit

Des troupes «d'élite» irakiennes entraînées pour chasser les djihadistes (Archives/ photo tirée de la page Facebook de la télévision nationale irakienne)
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Des troupes «d'élite» irakiennes entraînées pour chasser les djihadistes (Archives/ photo tirée de la page Facebook de la télévision nationale irakienne)
Des troupes «d’élite» irakiennes entraînées pour chasser les djihadistes (Archives/ photo tirée de la page Facebook de la télévision nationale irakienne)

L’armée irakienne a lancé samedi l’assaut pour reprendre Tikrit, tenue par des insurgés sunnites, tandis que des drones américains survolaient Bagdad pour protéger militaires et diplomates américains, mais que Washington, qui n’a pas encore pris la décision d’effectuer des frappes offensives, tente de conscrire les rebelles modérés de la Syrie voisine dans la lutte au djihadistes en Irak.

Alors que les drones américains ont commencé à survoler Bagdad, l’Irak coordonne maintenant avec les États-Unis ses efforts pour lutter contre l’avancée fulgurante des insurgés menés par les jihadistes ultra-radicaux de l’État islamique en Irak et au Levant (EIIL).

Face à la menace, le grand ayatollah Ali Al-Sistani, plus haute autorité religieuse chiite d’Irak, a appelé pour sa part les dirigeants à s’unir pour former un nouveau gouvernement afin de faire face à la crise.

Pendant ce temps, sur le terrain, à 160 km au nord de Bagdad, des milliers de soldats, appuyés par l’aviation, ont lancé ce samedi 28 juin l’assaut sur Tikrit, la ville natale de l’ancien dictateur Saddam Hussein, dont les insurgés se sont emparés le 11 juin.

Selon le général Qassem Atta, conseiller du premier ministre irakien Maliki pour la sécurité, l’aviation a mené des raids ce samedi contre les insurgés à Tikrit et l’armée contrôle désormais la route menant de Bagdad à Samarra, au sud de Tikrit.

«Une vaste opération militaire a commencé aujourd’hui pour chasser l’EIIL de Tikrit», a pour sa part déclaré aujourd’hui le général Sabah Fatlawi, dont les propos sont rapportés par l’AFP, ajoutant: «Les combattants de l’EIIL n’ont qu’une alternative, fuir ou être tués».

Jeudi, l’armée avait repris l’université de la ville, sur la route menant vers Baïji, la principale raffinerie de pétrole du pays actuellement à l’arrêt, et plus au nord vers une base militaire aux mains des insurgés.

Il y a une coordination avec les États-Unis « sur le terrain pour étudier les cibles importantes », a aussi déclaré le général Arra, sans plus de précision.

L’action américaine

L’Irak réclame depuis plusieurs semaines des frappes aériennes américaines contre les insurgés, mais Washington, aprèsl’envoi de conseillers militaires américains qui ont entamé leur mission d’évaluation cette semaine, les Américains n’ont pas encore pris la décision d’effectuer de frappes offensives.

Plusieurs drones américains armés de missiles volent toutefois déjà au-dessus de la capitaine irakienne et ses alentours afin de «protéger», si nécessaire, les militaires et diplomates américains, a affirmé un responsable américain.

«Nous avons commencé au cours des dernières 48 heures» à effectuer ce type de vol, a ajouté ce responsable, précisant que ces drones n’avaient pas pour mission de mener des frappes offensives contre les insurgés sunnites. Ces dernières nécessiteraient une autorisation du président Barack Obama, qu’il n’a pas prise pour le moment.

Ces drones s’ajoutent aux drones effectuant des missions de surveillance au-dessus de l’Irak au côté des avions F-18 du porte-avions George H.W. Bush. Ces chasseurs sont eux aussi armés.

Washington tente aussi de conscrire les rebelles syriens modérés dans la lutte en Irak.

En outre, les États-Unis ont annoncé un plan de 500 millions de dollars pour armer et entraîner des rebelles modérés en Syrie voisine afin qu’ils participent à la lutte en Irak contre l’EIIL.

Vendredi, le secrétaire d’État américain John Kerry a estimé que la rébellion syrienne modérée pourrait aider à combattre les jihadistes de l’EIIL en Irak.

Lors d’un entretien avec le chef de la Coalition de l’opposition syrienne, Jarba, le cehf de la diplomatie américaine a déclaré que l’opposition syrienne modérée a la capacité d’être «un important acteur pour combattre la présence de l’EIIL […] non seulement en Syrie mais en Irak aussi», ajoutant que le président de la Coalition de l’opposition syrienne représente également «une tribu qui s’étend en Irak, et dont le rôle peut contribuer à entraver l’offensive menée dans ce pays par les insurgés sunnites menés par l’EIIL».

Samedi, dans un nouvel épisode de cet affrontement fratricide, des rebelles islamistes et la branche d’Al-Qaïda ont lancé une attaque contre l’EIIL pour les chasser de Boukamal, principale localité syrienne à la frontière avec l’Irak.

Sur le front politique et diplomatique

Pendant ce temps, sur le front politique, le Premier ministre chiite irakien, partisan d’une solution militaire,semble toutefois commencé à céder aux appels répétés de la communauté internationale et a déclaré rechercher aussi une solution politique pour sortir le pays de la crise.

Le Parlement issu des élections d’avril doit se réunir mardi pour déclencher le processus de formation d’un gouvernement, mais ce processus, qui doit commencer par l’élection d’un président de la République, risque d’être long.

Les appels à l’unité ont de plus été tempérés vendredi par le président de la région autonome du Kurdistan irakien Massoud Barzani, qui a estimé que le contrôle exercé désormais par ses forces sur la ville disputée de Kirkouk, dans une zone riche en pétrole, ne saurait plus dorénavant être remis en question.

Le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Ryabkov, a affirmé quant à lui ce samedi que son pays ne resterait pas «les bras croisés» face à l’offensive des jihadistes en Irak, tout en insistant sur le fait qu’en Irak comme en Syrie, la solution ne pouvait venir que d’un «véritable dialogue national».

D’ici là, l’EIIL poursuit son projet établir un califat islamique à cheval sur l’Irak et la Syrie, menaçant de ce fait même également les pays voisins comme l’Arabie Saoudite et la Jordanie.

*Avec AFP