Les Irakiens appelés à prendre les armes, Obama tranchera dans les jours à venir

Le président américain Barack Obama s'exprime sur l'Irak depuis les jardins de la Maison blanche le 13 juin 2014 (Nicholas Kamm/AFP)
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Le président américain Barack Obama s'exprime sur l'Irak depuis les jardins de la Maison blanche le 13 juin 2014 (Nicholas Kamm/AFP)
Le président américain Barack Obama s’exprime sur l’Irak depuis les jardins de la Maison blanche le 13 juin 2014 (Nicholas Kamm/AFP)

Le plus influent dignitaire chiite d’Irak a appelé la population à prendre les armes pour stopper l’avancée des jihadistes vers Bagdad, tandis qu’à Washington, Barack Obama a dit étudier toutes les options, sauf l’envoi de troupes au sol, face à une crise qui ne se résoudra pas sans effort politique.

Parallèlement, le Premier ministre irakien Nouri al-Maliki a affirmé vendredi que les forces de sécurité avaient commencé à nettoyer certaines villes des jihadistes, qui semblent pourtant avoir l’avantage sur une armée et une police incapables d’enrayer leur progression.

Face à la débandade des forces irakiennes, le grand Ayatollah Ali Sistani a appelé les citoyens qui peuvent porter les armes et combattre les terroristes pour défendre leur pays, leur peuple et leurs lieux saints à se porter volontaires et s’enrôler dans les forces de sécurité pour mener cet objectif sacré, dans un message lu par son représentant à Kerbala, au sud de Bagdad.

Le gouvernement irakien avait auparavant lancé un appel similaire à la population, et quelques milliers de volontaires y ont déjà répondu.

«Nous ne renverrons pas de troupes américaines au combat en Irak», a de son côté confirmé vendredi le président américain dans une déclaration depuis la Maison Blanche, rappelant les sacrifices extraordinaires de troupes américaines dans ce pays.

M. Obama a dit examiner un éventail d’options pour soutenir les forces de sécurité irakiennes, précisant qu’il ne fallait pas s’attendre à une action américaine du jour au lendemain. Il a également déclaré que sans effort politique, toute action militaire sera vouée à l’échec.


Obama fait le point sur la situation (White House)

Le département d’État américain a par ailleurs assuré que Washington ne discutait pas de la situation irakienne avec l’Iran, dont le président Hassan Rohani soutien les autorités de Bagdad.

Les jihadistes sunnites de l’État islamique en Irak et au Levant (EIIL), connus pour leur brutalité en Syrie voisine où ils sont très actifs, se trouvent désormais à moins de 100 km de Bagdad après avoir réussi à prendre depuis mardi Mossoul et sa province Ninive (nord), Tikrit et d’autres régions de la province de Salaheddine, ainsi que des secteurs des provinces de Diyala (est) et de Kirkouk (nord).

Selon le grand ayatollah Sistani, adoré par des millions de fidèles, la responsabilité de leur faire face incombe à tous, sans distinction de confession ou d’appartenance politique, alors que le gouvernement est miné, comme l’armée, par des divisions confessionnelles.

La débandade des forces armées, qui ont fui dans leurs positions devant l’avancée jihadiste, rappelle ce qui s’est produit dans les rangs de l’armée irakienne lorsque les forces américaines sont entrées en Irak, a déclaré le ministre irakien des Affaires étrangères.

Internet bloqué

Le cabinet de Nouri al-Maliki, un chiite honni par les rebelles sunnites et accusé par la minorité sunnite de la persécuter, a annoncé la mise en place d’un plan de sécurité pour défendre Bagdad, incluant un déploiement massif de forces de sécurité et un renforcement du renseignement.

La haut-commissaire de l’ONU aux droits de l’Homme, Mme Navi Pillay, a fait part de son inquiétude après que l’ONU a reçu, selon elle, des informations selon lesquelles des soldats irakiens ont été sommairement exécutés durant la prise de Mossoul. Désavoué par le réseau Al-Qaïda ambitionnant de créer un État islamique, l’EIIL est réputé pour ses exactions, rapts et exécutions.

Les agences des Nations unies ont par ailleurs augmenté leur fourniture d’aide humanitaire anticipant de nouveaux déplacements de personnes.

L’Organisation internationale pour les migrations (OIM) a ainsi déjà fait état de la fuite d’environ 40.000 personnes de Tikrit et Samarra, et de plus de 500.000 de Mossoul, deuxième ville d’Irak.

À Bagdad, sur laquelle l’un des dirigeants de l’EIIL a appelé cette semaine ses combattants à marcher, les rues étaient quasi-désertes et les commerces fermés, par crainte de leur arrivée imminente.

Après leur entrée dans Diyala, l’armée tentait de les empêcher d’avancer jusqu’à son chef-lieu Baqouba, à 60 km de Bagdad, selon des responsables.

D’autres témoins ont fait état de renforts rebelles aux alentours de Samarra (110 km au nord de Bagdad), où s’est rendu M. Maliki vendredi, de préparatifs semblant augurer d’un possible assaut de ce groupe qualifié de l’un des plus dangereux au monde par Washington.

Craignant pour leur sécurité, des sociétés américaines travaillant pour le gouvernement irakien dans le secteur de la Défense ont fait évacuer leurs employés américains de la base aérienne de Balad, dans la province de Diyala, vers Bagdad.

À Mossoul, les jihadistes continuaient de détenir une cinquantaine de citoyens turcs pris en otages au consulat, de même que 31 chauffeurs turcs.

Des efforts sont en cours pour les ramener sains et saufs. Nous faisons tout ce qui est nécessaire pour y parvenir, a réagi le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan, en écartant les appels à une opération militaire lancés par l’opposition.

Gravitant le long de la frontière poreuse irako-syrienne, l’EIIL compte notamment d’ex-cadres et membres des services de sécurité de l’ancien président Saddam Hussein, selon des experts militaires.

En pleine offensive jihadiste, le ministère irakien des Communications a par ailleurs ordonné aux opérateurs téléphoniques et aux fournisseurs d’accès à Internet de bloquer l’accès aux réseaux sociaux.