Présidentielle syrienne: un couronnement pour tenter de changer la donne

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Le président syrien Bachar al-Assad et son épouse Asma ont voté le 3 juin 2014 dans le centre de Damas pour la présidentielle (SANA)
Le président syrien Bachar al-Assad et son épouse Asma ont voté le 3 juin 2014 dans le centre de Damas pour la présidentielle (SANA)

Après les Syriens expatriés, le 28 mai, c’est aujourd’hui mardi 3 juin que les Syriens qui vivent dans les régions sous contrôle du régime (environ 40% du territoire) dans le pays en pleine guerre civile votent à la présidentielle qui doit couronner le président sortant.

Dénoncée par l’opposition comme une «parodie de la démocratie», Bachar al-Assad est assuré de remporter cette élection dont il compte bien se servir pour asseoir sa légitimité.

En avril, le président de l’Assemblée du peuple, Mohammad Jihad al-Lahham, avait fixé la date du scrutin à aujourd’hui mardi 3 Juin et pour les citoyens syriens à l’étranger, à mercredi le 28 mai 2014 la date de l’élection du Président aux 43 ambassades de Syrie dans le monde.

Selon l’agence officielle Sana, plus de 95% des Syriens enregistrés dans les ambassades ont voté.

Toutefois, les centaines de milliers de Syriens qui ont fui le pays en traversant clandestinement la frontière ne pouvaient pas voter, et seuls 200.000 des 3 millions de réfugiés ou d’expatriés étaient inscrits sur les listes électorales à l’étranger.

En outre, la France, l’Allemagne et la Belgique avaient pour leur part interdit le vote sur leur sol, de même, selon Damas, que les Emirats arabes unis.

De plus, des réfugiés opposés au régime ont manifesté au Liban et en Turquie pour dénoncer le vote, évoquant des tentatives d’intimidation pour obliger certains à voter ou encore de bus remplis de Syriens venus de Damas juste pour voter dans les ambassades.

Scrutin aujourd’hui en Syrie

Aujourd’hui, en Syrie même, dès l’ouverture des bureaux de vote à 07h00 locales, de longues files d’attente se sont formées notamment à Damas et à Homs (centre), où les rues sont placardées d’affiches à la gloire de M. Assad, au pouvoir depuis 2000.

Bachar Al-Assad a voté avec son épouse Asma dans le centre de Damas, selon des photos diffusées par la télévision d’Etat.

Les deux autres candidats Hassan al-Nouri et Maher al-Hajjar, qui ne sont à toutes fins pratiques que des figurants dans cette «élection-plébiscite», ont eux aussi voté dans la capitale survolée intensément par l’armée de l’air et où l’on entendait le bruit des bombardements et des explosions en provenance de zones proches en proie aux combats.

Dans la ville de Homs (centre), prise par le régime début mai, les membres de la sécurité sont déployés en force, les voitures sont fouillées minutieusement et autobus ou camions bloquent des rues pour prévenir d’éventuels attentats.

Dans Alep, la métropole du Nord divisée en secteurs pro et anti-régime, il y avait aussi une grande affluence, selon la télévision d’État. «Nous espérons que cette journée s’écoulera sans victimes», a dit le gouverneur Wahid Akkad.

Plus de 15 millions de Syriens sont appelés aux urnes et le vote est supervisé par des observateurs iraniens, russes et même nord-coréens, alliés du régime de Damas.

Bachar: troisième «mandat»

Bachar et son père Hafez, qui a dirigé le pays d’une main de fer de 1970 à 2000, avaient été jusqu’ici, non pas élus, mais plébiscités.

Mais aucun candidat de l’opposition en exil n’est en lice, pour ce qui est théoriquement la première présidentielle depuis plus de 50 ans en Syrie.

Encore une fois, les dés éraient pipés.

Selon les clauses approuvées par le Parlement le 14 mars, le futur président devait avoir vécu en Syrie de manière continue ces 10 dernières années, ce qui a eu pour effet d’exclure de facto la plupart des ténors de l’opposition en exil.

En outre, tout candidat devait obtenir au préalable le soutien d’au moins 35 des 250 députés. Or comme le Parlement est acquis au régime, cela était pratiquement mission impossible pour quiconque aurait véritablement menacer la réélection de Bachar.

Avec ces conditions qui rendaient impossible la candidature d’un opposant de l’extérieur, et très difficile celle d’un opposant de l’intérieur de «poids», on s’est retrouvé avec deux faire-valoir d’Assad en la personne de Hassan al-Nouri et Maher al-Hajjar.

Et c’est ainsi que Bachar Al-Assad a pu voguer vers sa réélection pour un troisième mandat de 7 ans alors que la guerre civile continue à faire rage et semble maintenant tourner à son avantage face à des rebelles qui se déchirent et une communauté internationale hésitante et divisée.

Un scrutin qui «ne changera pas la donne»

Mais, pour Noah Bonsey, de l’International Crisis Group (ICG), cité par l’AFP, la présidentielle «ne changera pas la donne» si ce n’est de faire perdurer le conflit. «Cette mise en scène n’influera guère sur les positions» des protagonistes.

Le conflit, qui a débuté en mars 2011 par une contestation pacifique dans le sillage du Printemps arabe, Durement réprimée, la contestation s’est transformée en une révolte avant de se muer en guerre civile.

En outre, le conflit tend maintenant à se régionaliser avec l’implication à des degrés divers des pays voisins et à se complexifier encore davantage avec les combats entre rebelles et jihadistes, autrefois alliés contre le régime, mais qui se battent aujourd’hui entre eux.

Élection ou mascarade, guerre civile, barils d’explosifs et destruction. Finalement, de cette élection, si elle ne réussit pas à changer la dynamique du conflit, ce sera encore la mort qui sortira vainqueur.

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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