Shangri-la: le vice-chef d’État-major chinois s’en prend vivement aux Américains et aux Japonais

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Le général Wang Guanzhong, chef adjoint de l'État-major général de l'Armée populaire de libération (APL) lors d'une rencontre en avril 2013 (DoD)
Le général Wang Guanzhong, chef adjoint de l’État-major général de l’Armée populaire de libération (APL) lors d’une rencontre en avril 2013 (DoD)

Au Dialogue de Shangri-la, qui réunit à Singapour responsables militaires et politiques pour un forum annuel sur la sécurité, la Chine a laissé tombé les gants et s’en est pris ce dimanche 1er juin au Premier ministre japonais Shinzo Abe et au Secrétaire américain à la Défense Chuck Hagel pour avoir émis des déclarations provocatrices contre elle.

Le Japon avait accusé la Chine de manœuvres «dangereuses au-dessus de la mer de Chine orientale, après que plusieurs avions de chasse chinois eurent frôlé des appareils militaires japonais, à quelques dizaines de mètres près.

Mais, selon les Chinois, les deux chasseurs chinois n’ont pas pénétré dans l’espace aérien japonais et surveillaient tout bonnement un exercice naval russo-chinois dans le nord de la mer de Chine orientale, non loin des eaux territoriales japonaises.

Jeudi, quelques jours après que des avions de chasse chinois aient frôlé des avions militaires japonais au-dessus des eaux de la mer de Chine orientale, Washington avait mis en garde Pékin contre les tensions dans l’espace aérien international.

À Singapour, les États-Unis et le Japon «en ont remis une couche» et reformulé leurs accusations contre Pékin. Le Premier ministre japonais a parlé vendredi et le secrétaire à la Défense samedi.

Le lieutenant général, vice-chef d’État-major de l’Armée de libération du peuple, sortant de son discours préparé, s’en est alors pris vivement à Shinzo Abe et Chuck Hagel, déclarant que les discours des deux hommes politiques, américain et japonais, étaient inacceptables, allant jusqu’à les accuser d’avoir coordonné leurs déclarations.

«La délégation chinoise […] a le sentiment que les discours de MM. Abe et Hagel étaient une action provocatrice contre la Chine», a déclaré le lieutenant général, Wang Guanzhong après la mise en garde à la Chine de M. Hagel contre ses actions de «déstabilisation» en mer de Chine.

«C’est tout simplement inimaginable», a déclaré le général chinois, revêtu de son uniforme, lors de ce forum annuel qui réunit responsables de la défense, hauts gradés, diplomates et experts en sécurité.

«Les discours de MM. Abe et Hagel m’ont donné l’impression qu’il s’étaient coordonnés, qu’ils se soutenaient et qu’ils s’encourageaient mutuellement, ils ont profité du fait de s’exprimer en premier […]. Ils ont ainsi arrangé des actions provocatrices et lancé des défis à la Chine», a accusé le vice-chef d’État-major chinois.

Le contentieux

Les relations entre la Chine et le Japon, les deux plus importantes puissances économiques asiatiques sont exécrables depuis un an et demi en raison d’un contentieux en mer de Chine orientale et de querelles liées à l’Histoire des pays.

Situés à 200 km au nord-est de Taïwan et à 400 km à l’ouest d’Okinawa (sud du Japon), les îles Senkaku/Diaoyu sont au cœur du contentieux sino-japonais.

Administrés par le Japon, elle sont revendiqués avec force par la Chine et navires et garde-côtes chinois pénètrent régulièrement dans les eaux japonaises pour en ressortir quelques heures plus tard.

Quant aux États-Unis, ils avaient, par la bouche de Chuck Hagel, en tournée en Asie du Sud-Est, accusé samedi la Chine d’entreprendre des actions déstabilisatrices en mer de Chine méridionale, avertissant que les États-Unis ne resteraient pas passifs si l’ordre mondial était menacé.

Pendant ce temps, à Pékin, le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Qin Gang s’en est lui aussi pris le 31 au Premier ministre japonais.

«Nous avons décidé de fournir dix navires de patrouille à la Garde côtière des Philippines», a déclaré le premier ministre japonais lors du Dialogue de Shangri-la, ajoutant, ajoutant que le Japon irait aussi «de l’avant avec le projet de fournir de tels navires au Vietnam» [ qui, lui aussi, est engagé dans une dispute territoriale avec la Chine].

Après avoir déclaré que le Japon donnerait «son soutien indéfectible» à certains pays asiatiques dans leurs revendications maritimes, Shinzo Abe s’est vu reprocher lui aussi, mais de la part des Chinois, de mener des actions «déstabilisatrices» en Mer de Chine.

Pour le moment, au Dialogue de Shangri-la, les accusations auront volé la vedette aux discussions.


Le lieutenant général, vice-chef d’État-major de l’Armée de libération du peuple, au Dialogue de Shangri-la (CCTV)

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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