Syrie: après la victoire, la magnanimité, Bachar décrète une amnistie générale

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Bachar mène une campagne «moderne» où ses photos, le montrant jeune, sympathique et moderne, sont omniprésentes et où il fait abondamment usage des médias sociaux (Facebook/SawaAlassad)
Bachar mène une campagne «moderne» où ses photos, le montrant jeune, sympathique et moderne, sont omniprésentes et où il fait abondamment usage des médias sociaux (Facebook/SawaAlassad)

Le président syrien Bachar al-Assad a annoncé ce lundi 9 juin, une semaine après sa victoire à la présidentielle sur laquelle il compte pour asseoir sa légitimité et changer la donne, la plus large amnistie depuis le début de la révolte en 2011 et qui pourrait toucher des dizaines de milliers de prisonniers.
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Mise à jour au 10/06/2014 à 13h59

Des dizaines de prisonniers ont commencé à être libérés des geôles syriennes à l’issue de l’amnistie présidentielle décrétée par Bachar al-Assad, rapporte ce mardi 10 juin l’AFP, citant Anwar al-Bounni, un avocat syrien des droits de l’Homme basé à Damas.

Pour sa part, le procureur dans le gouvernorat de Damas, Zyad Hleibi, a confirmé que «l’amnistie générale a commencé être appliquée dès sa publication et le travail est en cours dans les tribunaux pour libérer les personnes concernées», rapporte de son côté l’agence officielle syrienne SANA.

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Le président Bachar al-Assad a promulgué aujourd’hui le décret législatif No 22 stipulant une Amnistie générale aux crimes commis avant le 9 juin 2014, rapporte aujourd’hui l’agence officielle syrienne SANA.

L’Amnistie, précise-t-on, inclut «tous les étrangers qui sont entrés en Syrie dans le but de joindre une organisation terroriste ou de commettre un acte terroriste à condition de se rendre aux autorités dans un mois de la date de publication du décret, ainsi que les kidnappeurs s’ils avaient élargi la personne enlevée ou l’avaient livré au service spécialisé dans un mois de la date de publication du décret».

Celui qui livre son arme aux autorités compétentes dans deux mois de la publication du décret profite également de l’Amnistie.

En outre, vendredi dernier, les autorités syriennes ont déjà libéré des centaines de prisonniers détenus dans les prisons d’Alep et d’Adra, suite de l’élection, rapportait l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH).

L’OSDH est un organisme indépendant, basé en Grande-Bretagne, mais qui s’appuie sur un vaste réseau de militants, médecins et travailleurs humanitaires sur le terrain, en Syrie.

Manifestement, Bachar, réélu pour un nouveau mandat de sept ans, veut se présenter comme le champion de la «réconciliation» et de la main tendue.

L’amnistie décrétée aujourd’hui, si elle est appliquée intégralement, serait la plus large amnistie annoncée depuis le début du conflit le 15 mars 2011, déclenché par un mouvement de contestation pacifique qui, après avoir été réprimé dans le sang, a dégénéré en rébellion avant de se muer en guerre civile.

C’est la première fois qu’une amnistie concerne des crimes figurant dans la loi sur le «terrorisme» de juillet 2012; les amnisties précédentes avaient exclu les «terroristes» et les «criminels en fuite» [le régime  de Damas  désigne indistinctement comme «terroriste»  tous les rebelles et militants anti-régime. ndlr].

Et c’est également la première fois que le régime offre une amnistie aux combattants étrangers qui se rendent d’ici trois mois.

L’amnistie devrait concerner les personnes déjà jugées et celles, bien plus nombreuses, croupissant sans procès dans les centres de détention des services de renseignement du régime.

Lors des quatre précédentes amnisties, les organisations de défense des droits de l’Homme avaient affirmé qu’en dépit des décrets, beaucoup de détenus n’avaient jamais retrouvé la liberté.

Selon l’OSDH, plus de 100.000 personnes sont détenues, dont 18.000 considérées comme des disparus car leurs familles ne connaissent rien de leur sort.

Assad incontournable ?

Même si pour les puissances occidentales et l’opposition syrienne en exil la présidentielle du 3 juin était «une parodie de démocratie», pour les alliées d’Assad, ce scrutin a démontré, minimalement, que toute solution passe encore par Assad.

Vendredi dernier, le chef du Hezbollah libanais Hassan Nasrallah a affirmé que l‘élection de Bachar al-Assad le rendait incontournable dans toute solution à la guerre qui ravage la Syrie depuis trois ans, et a appelé à l’arrêt des combats.

Et aujourd’hui, le président Bachar al-Assad a reçu un télégramme de félicitations de son homologue iranien Hassan Rohani à l’occasion de sa victoires à la présidentielle, rapporte aussi SANA.

Le président iranien a souligné, dit l’agence officielle syrienne, «que les résultats des élections ont montré la confiance du peuple syrien dans le président al-Assad et sa résolution à rétablir la stabilité, la sécurité et la cohésion nation».

De plus, à Ankara ce lundi, les deux puissances régionales ennemies que sont l’Iran et la Turquie, l’une alliée du régime de Damas, l’autre son ennemie jurée, ont promis malgré leurs divergences de coopérer dorénavant pour mettre fin au conflit en Syrie.

«Nous sommes déterminés, tous les deux, à faire cesser les souffrances dans la région», a dit le président turc Abdullah Gül, alors que son homologue iranien Hassan Rohani a jugé «important que le vote de leurs peuples soit respecté et qu’il soit mis un terme à la guerre, aux effusions de sang et aux tueries entre frères».

Jusqu’à maintenant, le conflit en Syrie, en plus de déstabiliser la région, a fait en trois ans plus de 160.000 morts et plus de neuf millions de personnes déplacées sur une population d’à peine plus de 20 millions. Près d’un Syrien sur deux mort, blessé ou ayant dû fuir son domicile.

*Avec AFP et SANA

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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