Syrie: la présidentielle est «une honte», «un simulacre d’élections»

0
Bachar al-Assad lors d'une interview à l'AFP au palais présidentiel à Damas, au cours du week-end du 18-19 janvier 2014 (Joseph Eid/AFP)
Bachar al-Assad lors d’une interview à l’AFP au palais présidentiel à Damas, en janvier 2014 (Archives/Joseph Eid/AFP)

L’élection présidentielle organisée mardi en Syrie, qui doit maintenir au pouvoir le président Bachar al-Assad dans un pays à feu et à sang, est une honte, ont estimé les États-Unis, le Canada dénonçant pour sa part un «simulacre d’élections».
—-
Mise à jour au 04/06/2014 à 17h30

Le président syrien Bachar al-Assad a remporté sans surprise l’élection présidentielle avec plus de 88,7% des suffrages dans un scrutin décrié par les Occidentaux, un résultat qui devrait l’encourager à intensifier son combat contre la rébellion.

—-

«L’élection présidentielle organisée aujourd’hui en Syrie est une honte. Bachar al-Assad n’a pas plus de crédibilité aujourd’hui qu’il n’en avait hier», a déclaré Marie Harf, porte-parole du département d’Etat, selon qui la décision d’organiser un tel scrutin est totalement «déconnectée de la réalité». Harf a aussi pointé du doigt les «photos écœurantes du président Assad en train de voter, se comportant comme s’il s’agissait d’une réelle élection».

Souriant et décontracté, Bachar al-Assad a voté aux côtés de son épouse Asma, selon des images diffusées par la télévision d’Etat. Le chef de l’Etat, toujours soucieux de se présenter comme «proche du peuple», s’est prêté à un «selfie» avec un groupe de jeunes. La photo a été relayée sur Twitter et Facebook.

Ont également voté dans la capitale les deux autres candidats, Hassan al-Nouri et Maher al-Hajjar, considérés comme des faire-valoir à Assad.

«Une élection devrait être l’opportunité pour le peuple d’une société libre d’être consulté et de jouer un rôle important en choisissant ses dirigeants. Mais un tel processus était inconcevable aujourd’hui en Syrie, où le régime continue de rejeter les appels courageux à la liberté et à la dignité qui ont commencé il y a plus de trois ans», a encore regretté Marie Harf.

Pour le scrutin de mardi «des millions de Syriens ont intentionnellement été laissés de côté», a-t-elle encore dit, notant que le régime «continue à massacrer l’électorat qu’il prétend protéger et représenter».

«Déconnectée de la réalité et sans réelle participation politique, l’élection mise en place par le régime Assad aujourd’hui est la suite de l’héritage familial de 40 années de répression brutale», a-t-elle encore dénoncé.

«On assiste encore une fois à l’une de ces grotesques élections du régime Assad, a dit pour sa part le ministre canadien des Affaires étrangères John Baird dans un communiqué. Alors qu’Assad vote calmement pour lui-même et demande à ses partisans d’en faire autant, il largue des bombes-barils sur sa population et tue les Syriens qui s’opposent à son régime».

Indiquant qu’il s’agit là d’une «imposture que de prétendre à la légitimité dans le cadre d’élections truquées tout en tuant simultanément son électorat», John Baird estime que l’élection d’un gouvernement syrien légitime ne sera possible qu’au terme d’une «transition vers un pays pluraliste et démocratique. La légitimité doit résulter de la volonté de tous les Syriens et non seulement de celle de citoyens cruellement opprimés ou de citoyens privilégiés aveuglément loyaux».

«Le Canada refuse d’accorder quelque crédibilité que ce soit à ce simulacre d’élections, poursuit M. Baird. Nous continuerons plutôt de travailler ardemment pour trouver une solution politique au conflit et d’aider à répondre en priorité aux besoins de la population syrienne dans sa lutte pour une démocratie véritable.»

Le scrutin

Ce scrutin controversé avait déjà été dénoncé plus tôt comme une «farce» par l’opposition et ses alliés occidentaux et arabes. Plus de 15 millions de Syriens étaient appelés aux urnes dans un pays à feu et à sang après trois ans d’une guerre civile ayant fait plus de 162.000 morts et déraciné quelque neuf millions de personnes. L’élection est organisée dans les régions sous contrôle du régime, soit 40% du territoire.

Le vote a été prolongé de cinq heures, jusqu’à minuit (21H00 GMT), «en raison de l’afflux massif des électeurs», a indiqué la télévision officielle peu avant 19H00, heure initialement prévue pour la fermeture des bureaux de vote.

Fondateur de 45eNord.ca, Nicolas est passionné par la «chose militaire». Il suit les Forces armées canadiennes lors d'exercices ou d'opérations, au plus près de l'action. #OpNANOOK #OpATTENTION #OpHAMLET #OpREASSURANCE #OpUNIFIER #OpIMPACT #OpLENTUS

Les commentaires sont fermés.