Tuerie du Musée juif de Bruxelles: arrestation d’un Français au «profil jihadiste»

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Les corps d'Emanuel et Miriam Riva, tués dans l'attentat contre le Musée juif de Bruxelles, entourés de leurs proches au cimetière Kyriat Shaul à Tel Aviv, le 27 mai 2014 (Jack Guez/AFP)
Les corps d’Emanuel et Miriam Riva, tués dans l’attentat contre le Musée juif de Bruxelles, entourés de leurs proches au cimetière Kyriat Shaul à Tel Aviv, le 27 mai 2014 (Jack Guez/AFP)

Un Français au «profil jihadiste» et passé par la Syrie, Mehdi Nemmouche, a été arrêté vendredi à Marseille, soupçonné d’être le tireur qui a abattu quatre personnes au Musée juif de Bruxelles le 24 mai, relançant le débat sur ces terroristes d’Europe et d’Amérique qui se joignent au «jihad» et au combat contre l’Occident.
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Mise à jour au 03/06/2104 à 11h28

La garde à vue du tireur présumé du musée juif de Bruxelles, le Français Mehdi Nemmouche, a été prolongée au-delà des quatre jours habituels en matière d’antiterrorisme, une mesure rarissime prise mardi par la justice française.

Une telle décision de prolongation de 24 heures ne peut être prise que dans deux cas: «le risque imminent d’attentat» ou «des motifs liés aux nécessités de la coopération internationale».

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Très tôt, la piste terroriste avait été privilégiée dans l’enquête sur l’attaque, avec la désignation de magistrats spécialisés.

Confiée dans un premier temps au parquet de Bruxelles, qui avait ouvert une instruction pour «assassinats», l’affaire a été reprise dès le 26 mai par le «parquet fédéral», compétent pour les faits de terrorisme et ceux ayant des ramifications internationales.

Saluant «l’arrestation du tireur présumé», le président français, François Hollande, a indiqué qu’il avait été interpellé «dès qu’il a mis le premier pied en France«, le procureur de Paris François Molins évoquant pour sa part «un très fort faisceau d’indices graves et concordants».

Un drap blanc portant le nom de l’EIIL a été retrouvé dans les bagages de Mehdi Nemmouche, lors de son arrestation après un contrôle «inopiné» des douaniers vendredi à la mi-journée à la gare routière Saint-Charles à Marseille dans un autocar en provenance d’Amsterdam via Bruxelles. L’homme portait aussi un revolver, une Kalachnikov – des armes similaires à celles utilisées à Bruxelles -, des munitions et une caméra portative GoPro.

Une brève vidéo, retrouvée dans un «fichier caché» de la mémoire de son appareil photo, montre ces armes et une voix, semblable à celle du suspect de la tuerie du 24 mai, «déclare avoir commis l’attentat contre les juifs à Bruxelles», précisant en outre que la GoPro [une caméra miniature légère mais puissante qu’on porte sur soi, ndlr]«n’a pas fonctionné» durant la tuerie, a de son côté expliqué dans la capitale belge le procureur fédéral du royaume, Frederic Van Leeuw.

Nemmouche a été placé en garde à vue dès son arrestation pour assassinat, tentative d’assassinat, détention et transport d’armes, en lien avec une entreprise terroriste. En cours à la DGSI à Levallois (Hauts-de-Seine), sa garde à vue peut durer jusqu’à mardi, voire jeudi si les enquêteurs invoquent une menace terroriste imminente.

«Peu bavard», le suspect «se refuse à toute déclaration», a indiqué le procureur de Paris.

Par ailleurs, deux personnes interpellées dans la région de Courtrai en Belgique «sont actuellement entendues pas la police», a annoncé le procureur fédéral belge.

Les juges belges ont aussi délivré pour leur part un mandat d’arrêt européen, qui devrait être signifié au suspect au terme sa garde à vue et doit ensuite être validé par la justice française.


Images d’une caméra de vidéosurveillance diffusée par la police belge le 25 mai 2014 du suspect de la tuerie du Musée juif de Bruxelles (Police fédérale belge)

Mehdi Nemmouche

Le suspect de la tuerie du musée de Bruxelles, Mehdi Nemmouche, image transmise le 1er juin 2014 (AFP)
Âgé de 29 ans, Mehdi Nemmouche présente un profil similaire à celui de Mohamed Merah, jeune délinquant radicalisé dans ses convictions islamistes qui avait séjourné en Afghanistan et au Pakistan avant de tuer trois parachutistes puis trois enfants et un enseignant juifs à Toulouse et Montauban en mars 2012.

Le suspect de l’attaque du Musée Juif de Bruxelles est un délinquant multirécidiviste, condamné à sept reprises de 2004 à 2009 notamment pour des vols avec violence, et son dernier séjour en prison a duré près de cinq ans. En milieu carcéral, il s’était alors «illustré par son prosélytisme extrémiste» et son «radicalisme religieux» signalé aux services de renseignement, a aussi révélé le Procureur de Paris, François Molins.

Nemmouche, originaire de Roubaix (Nord), a passé depuis la fin 2012 plus d’un an en Syrie «où il semble avoir rejoint les rangs de groupes combattants» parmi les plus violents, comme l’État islamique de l’Irak et du Levant ( EIIL), a déclaré le procureur de Paris.

Il s’était rendu en Syrie trois semaines après sa libération de prison en France fin 2012 et a brouillé les pistes lors du retour en Europe, début 2014, via la Malaisie, Singapour et Bangkok. Il est contrôlé le 18 mars en Allemagne et ce retour sur le continent européen est signalé à la direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), qui tente ensuite en vain de le repérer.

Selon François Molins, «son arrivée à Marseille [où il a finalement été arrêté ce dimanche 1er juin] semble être en réalité son premier passage» en France «depuis longtemps».

Nos voisins «jihadistes»

Le profil de Mehdi Nemmouche risque de relancer le débat sur la surveillance des Européens candidats au jihad en Syrie.

«Nous les combattrons, nous les combattrons, nous les combattrons», a martelé le président Hollande, soulignant que le plan gouvernemental présenté en avril pour endiguer ce phénomène serait «amplifié dans les prochains mois».

Selon les dernières estimations, quelque 780 personnes vivant en France sont en route vers la Syrie, ont rallié ce pays ou en sont revenues. La Belgique quant à elle estime à environ 200 ses ressortissants partis en Syrie pour combattre, souvent aux côtés des Français.

Et la France et la Belgique ne sont pas le seul pays aux prises avec ce phénomène.

Vendredi 30 mai, les États-Unis confirmaient qu’un Américain avait commis un attentat suicide en Syrie, alors que ce même jour était condamné en Ontario un Canadien originaire de Somalie pour avoir cherché à rejoindre les shebab.

Selon une vidéo publiée par des partisans du Front Al-Nosra, la branche syrienne d’Al-Qaïda, l’individu, connu sous son nom de guerre Abu Huraira al-Amriki, a aidé à conduire un attentat terroriste à l’aide d’un camion bourré d’explosifs dimanche dans la province d’Idlib, dans le nord de la Syrie.

Les États-Unis ne cachent plus leur inquiétude devant l’afflux de combattants étrangers en Syrie. Le New York Times faisait état vendredi dans un article consacré à cette question d’environ 100 Américains s’étant rendus dans le pays, essentiellement pour combattre aux côtés des rebelles opposés au régime du président Bachar al-Assad.

Le Canada n’est pas épargné

Un Canadien originaire de Somalie a été condamné ce même vendredi pour avoir tenté de rallier le mouvement des islamistes somaliens shebab.

C’est la première fois que la justice canadienne poursuit un de ses ressortissants pour un ralliement supposé à un mouvement terroriste, mais le problème ne date pas d’hier.

Mohamed Hersi, arrivé dès son plus jeune âge avec ses parents au Canada, avait été arrêté en mars 2011 à l’aéroport de Toronto où il devait embarquer dans un vol pour Le Caire puis rejoindre, selon la justice, la Somalie.

Les shebab, un groupe islamiste lié à Al-Qaïda, cherchent à renverser le gouvernement somalien et mènent des attaques contre des bâtiments gouvernementaux ou des pays alliés de la Somalie.

Par ailleurs, des experts estiment qu’il y aurait en Syrie quelques douzaines de combattants djihadistes canadiens, tandis que le gouvernement fédéral évalue que le nombre est plutôt aux alentours de la centaine de combattants qui auraient rejoint les rebelles se battant contre le régime du président syrien Bachar al-Assad.

Les estimations du nombre de combattants étrangers ayant afflué vers la Syrie ces trois dernières années vont de 9.000 à 11.000 personnes. Ceux qui n’y auront pas laissé leur peau rentreront un jour, aguerris et prêts à continuer leur «guerre sainte» là où ils seront.

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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