Washington va enfin adhérer au Traité d’Ottawa interdisant les mines antipersonnel

Le 1er mars 1999, manifestation devant la Maison Blanche à Washington pour demander la signature par les Etats-Unis du traité d'interdiction des mines antipersonnel (Archives/Joyce Naltchayan/AFP)
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Le 1er mars 1999, manifestation devant la Maison Blanche à Washington pour demander la signature par les Etats-Unis du traité d'interdiction des mines antipersonnel (Archives/Joyce Naltchayan/AFP)
Le 1er mars 1999, manifestation devant la Maison Blanche à Washington pour demander la signature par les Etats-Unis du traité d’interdiction des mines antipersonnel (Archives/Joyce Naltchayan/AFP)

On l’attendait sans plus l’attendre: les États-Unis ont enfin annoncé ce vendredi 27 juin qu’ils ne fabriqueraient plus à l’avenir de mines antipersonnel, et qu’ils chercheraient désormais à adhérer au traité international les interdisant, à l’occasion d’une conférence à Maputo, au Mozambique.

Le Canada, lui, a été en pointe dans la lutte aux mines antipersonnel à l’époque où le premier ministre libéral Jean Chrétien était à la tête du pays.

La Convention sur l’interdiction des mines antipersonnel, aussi appelée Convention d’Ottawa ou Traité d’Ottawa, interdit l’acquisition, la production, le stockage et l’utilisation des mines antipersonnel. Elle a été ouverte à la signature les 3 et 4 décembre 1997 et déposée le 5 décembre de la même année à New York auprès du secrétaire général des Nations unies. Elle est entrée en vigueur le 1er mars 1999.

Malgré le large soutien international envers la Convention d’Ottawa, plusieurs États producteurs et/ou utilisateurs importants de mines antipersonnel, dont les États-Unis, refusaient encore d’adhérer au texte.

Aujourd’hui, enfin, Washington annonce qu’il va adhérer au traité interdisant les mines antipersonnel.

Les États-Unis ont annoncé ce vendredi qu’il ne «produiront pas à l’avenir ni chercheront à acquérir de mines antipersonnel, y compris à remplacer les stocks existants», dit un communiqué de la Maison Blanche

L’annonce, faite à la troisième Conférence d’examen de la Convention d’Ottawa, à Maputo, au Mozambique, «souligne l’engagement des États-Unis envers l’esprit et les objectifs humanitaires de la Convention d’Ottawa, le traité qui interdit l’utilisation, le stockage, la production et le transfert des mines terrestres antipersonnel», dit le communiqué.

«Cette annonce», poursuit Washington,« marque une autre étape importante dans notre politique de mines terrestres. Il suit des étapes précédentes pour mettre fin à l’utilisation de toutes les mines non détectables et toutes les mines persistantes, qui peuvent rester actives pendant des années après la fin d’un conflit».

Washington était en réflexion

La Maison Blanche a tenu aussi à rappeler dans son communiqué les efforts passés des États-Unis, même s’il n’avaient pas encore adhérer à la Convention d’Ottawa.

«Les États-Unis sont également le plus important bailleur de fonds du monde de l’action humanitaire contre les mines, qui comprend non seulement le déminage, mais aussi la réadaptation médicale et de la formation professionnelle pour les personnes blessées par les mines et autres restes explosifs de guerre»

Le Programme d’action humanitaire contre les mines des États-Unis a été créé en 1993, les États-Unis ont fourni plus de 2,3 milliards de dollars d’aide dans plus de 90 pays pour armes classiques des programmes de destruction. Grâce à cette aide, les États-Unis ont aidé 15 pays à se libérer de l’impact humanitaire des mines terrestres, ont fourni de l’aide d’urgence pour appuyer l’élimination ou l’atténuation des armes classiques, y compris les mines terrestres et autres munitions non explosées dans plus de 18 pays; et, finalement, ont fourni des appareils fonctionnels et autres services de réadaptation à plus de 250.000 personnes dans 35 pays à travers l’Agence américaine pour le développement international gérés Fonds d’aide aux victimes de guerre Leahy.

Malgré tous ces efforts, les États-Unis étaient toutefois le seul membre de l’OTAN à n’avoir pas signé la convention d’Ottawa, mais, il y a environ cinq ans, Washington avait indiqué vouloir réexaminer sa position.

Tueurs aveugles

Les mines antipersonnel et les bombes à sous-munitions continuent à blesser et à tuer des civils de manière indiscriminée dans près de 80 pays dans le monde indiqué l’ONG Handicap International, une organisation non-gouvernementale internationale indépendante, connue en notamment pour son combat contre les mines antipersonnel.

«Ces armes restent oubliées pendant des années voire des décennies après la fin des hostilités. Elles constituent une cause majeure de handicap, sèment la peur dans les communautés et aggravent la pauvreté, car elles constituent un frein important au développement», dit l’organisation.

Mais, depuis l’entrée en vigueur de la convention, le nombre de victimes (morts ou blessés) causées par les mines antipersonnel a été divisé par cinq, a indiqué début 2014 Handicap International, et 70 millions de mines ont été détruites par les 161 Etats qui ont ratifié le traité.

Les États-Unis, qui, dans les faits, ne produisent déjà plus de mines, les ont utilisées pour la dernière fois pendant la guerre du Golfe en 1991. Mais deux autres superpuissances, la Russie et la Chine, de même que l’Inde et le Pakistan, refusent toujours d’adhérer au traité d’Ottawa.

Le Mozambique, où avait lieu la Conférence d’examen de la Convention d’Ottawa, a pour sa part payé un très lourd tribut aux mines antipersonnel: deux millions de mines antipersonnel étaient disséminées sur son territoire en 1992, à la fin d’une guerre civile de seize ans, et certaines zones restent aujourd’hui encore extrêmement dangereuses.


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