Israël, menacé par les débordements de violence , craint une troisième «intifada»

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Des policiers israéliens détiennent un manifestant palestinien dans la ville arabe de Ar'Ara (nord d'Israël), le 5 juillet 2014 (Jack Guez/AFP)
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Des policiers israéliens détiennent un manifestant palestinien dans la ville arabe de Ar'Ara (nord d'Israël), le 5 juillet 2014 (Jack Guez/AFP)
Des policiers israéliens détiennent un manifestant palestinien dans la ville arabe de Ar’Ara (nord d’Israël), le 5 juillet 2014 (Jack Guez/AFP)

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a appelé ce dimanche 6 juillet au calme alors qu’Israël lutte sur deux fronts: la menace d’une nouvelle escalade à Gaza et les risques de violences généralisées qui fait craindre une «troisième intifada».
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Mise à jour au 06/07/2014 à 10h33

La police israélienne a arrêté des extrémistes juifs dans le cadre de l’enquête sur la mort du jeune Palestinien de Jérusalem-Est brûlé vif, rapporte le quotidien israélien de gauche Haaretz. Selon le quotidien, six personnes ont été appréhendées dans le cadre de cette affaire.

La police ne laisse filtrer aucune autre information et les suspects sont tenus au secret. empêchés de rencontrer des avocats. Selon la loi, les suspects peuvent être empêchés de recevoir une représentation juridique pour un maximum de 10 jours s’ils sont soupçonnés d’avoir commis un crime «politique». Cette période peut être prolongée de 21 jours avec l’approbation du tribunal.

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Après la mort du jeune Palestinien enlevé mardi soir et brûlé vif, présumément en représailles au meurtre des trois jeunes israéliens enlevés le 12 juin dernier, les affrontements se sont maintenant propagés aux villes arabes d’Israël, fisant craindre la répétition des soulèvements populaires palestiniens de 1987-1991 et 2000-2004.

Appel au calme de Netanyahu

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a toutefois déclaré aujourd’hui au début de la réunion hebdomadaire du Cabinet qu’il importait agir de manière responsable et de garder la tête froide.

«Nous travaillons sur plusieurs fronts à la fois. Cette nuit nous avons agi contre de nombreuses cibles du Hamas dans la bande de Gaza et l’objectif de l’ensemble de nos opérations est de rétablir le calme et la sécurité à tous les citoyens d’Israël, en particulier les résidents du sud. L’expérience prouve que, à ces moments, nous devons agir de manière responsable et avec sérénité, sans précipitation. Nous ferons tout ce qui est nécessaire pour rétablir la calme et la sécurité dans le sud», a déclaré Benjamin Netanyahu.

Menace d’escalade à Gaza

«Le Hamas est responsable des tirs de roquettes. Tsahal est prêt à tout pour restaurer la paix. Nous répondrons par la force si besoin», a déclaré de son côté l’armée israélienne, dont le chef d’État-major, Benny Gantz, s’est rendu à la frontière de Gaza et s’est entretenu avec les soldats.

Dans la bande de Gaza, six roquettes ont été tirées dimanche en direction du sud d’Israël, selon l’armée, qui en avait compté 15 samedi.

L’aviation israélienne a aussi mené en représailles 10 frappes sur le centre et le sud de l’enclave palestinienne, qui n’ont toutefois pas fait de blessé.

Agitation en Israël

Alors que les émeutes, qui n’ont pas cessé depuis l’enlèvement et le meurtre mardi soir du jeune Mohammad Abou Khdeir, ont gagné samedi des localités arabes du nord d’Israël, le Premier ministre israélien a aussi déclaré «Au cours du week-end, nous avons également pris des mesures contre les perturbations déterminé à Jérusalem et dans les communautés arabes», ajoutant «Nous adoptons une ligne dure contre quiconque enfreint la loi et contre les instigateurs de quelque côté que ce soit. Il n’y a pas de place dans l’État d’Israël lancer des pierres à la police, jeter des bombes incendiaires, bloquer les routes, détruire des biens ou pour des provocations contre l’existence même de l’État d’Israël».

Israël en proie à l’agitation (Vidéo: ISRAEL HAYOM)

Les Arabes israéliens

Se référant ensuite aux avantages dont bénéficient les Arabes israéliens, le Premier ministre Netanyahu a souligné qu’«On ne peut pas bénéficier de prestations d’assurance nationale et les allocations familiales, d’une part et, d’autre part, violer les lois les plus élémentaires de l’État d’Israël».

Sur une population de 7,5 millions d’habitants, Israël compte 1,64 millions d’Arabes israéliens. Les Arabes israéliens représentaient en 2013 environ 20,7 % de la population d’Israël.

Selon les principes fondamentaux de la démocratie israélienne, ces citoyens ont les mêmes droits que les autres Israéliens.

Soupçonnées par les autres citoyens d’Israël de soutenir la cause palestinienne aux dépens de l’existence de l’État d’Israël, il sont toutefois l’objet de discrimination de la part des autres Israéliens. En outre, la majorité des Arabes israéliens ne sont d’ailleurs pas appelés à servir l’armée de défense israélienne

Le Premier ministre israélien a finalement conclu en appelant «les dirigeants de l’opinion publique arabe à faire preuve de responsabilité et de sortir contre la vague de perturbations afin de rétablir le calme. Ceux qui ne respecte pas la loi – seront arrêtés et punis sévèrement».

Une situation qui ne fait que des perdants

Par ailleurs, le jeune américano-palestinien Tariq Abu Khdeir qui aurait été battu lors de son arrestation par la police a été assigné à résidence pendant neuf jours ce dimanche par un tribunal de Jérusalem.

Les États-Unis s’étaient dits samedi «profondément inquiets» d’apprendre que le jeune Américain aurait été «sévèrement battu» et, condamnant «l’usage excessif de la force», avaient appelé à une «enquête rapide, transparente et crédible».

Le ministère de la Justice israélien quant à lui a ouvert une enquête interne concernant cet incident qualifié de «grave» et qui, selon la ministre Tzipi Livni, ne «reflète pas la politique de maintien de l’ordre du pays».

«Personne ne veut que la situation dégénère. Netanyahu, Mechaal (le chef du Hamas) et Abbas (le président de l’Autorité palestinienne) redoutent un conflit armé qui détruirait l’arrangement existant: le Hamas y perdrait le contrôle de Gaza, l’Autorité Palestinienne celui de Ramallah et le gouvernement israélien ne résisterait pas à un tel bourbier », écrivait le quotidien centriste et aussi le plus lu d’Israël, Yediot Aharonot.

Mais, pendant ce temps, «Tout porte à croire qu’Israël est confronté au risque de la pire éruption de violence à l’intérieur de ses frontières depuis 1967», écrivait pour sa part le journal Israel Hayom, proche gouvernement Netanyahu.