La Russie renforce encore le contrôle de sa frontière en Arctique

Le sous-marin américain USS Connecticut (SSN 22) fait surface. (Archives/maître de 2e classe Kevin O'Brien/US Navy)
Temps de lecture estimé : 3 minutes
Le sous-marin américain USS Connecticut (SSN 22) fait surface. (Archives/maître de 2e classe Kevin O'Brien/US Navy)
Le sous-marin américain USS Connecticut (SSN 22) fait surface. (Archives/maître de 2e classe Kevin O’Brien/US Navy)

Cette semaine, le ministère de la Défense annonce qu’il renforcera encore le contrôle de la frontière aérienne russe en Arctique, rapportait le quotidien Izvestia le 2 juillet, les experts russes expliquant la nécessité du renforcement autant par la méfiance à l’égard de l’Amérique que par la situation géopolitique.

D’ici un an, l’Agence fédérale de construction spéciale (Spetsstroï) finira la construction de plusieurs sites de défense antiaérienne et des centres de contrôle de l’aviation militaire russes sur la côte de l’océan Arctique.

Cette réhabilitation de l’infrastructure aérienne coûtera 6 milliards de roubles, soit près de 177 millions $.

Spetsstroï a confirmé la construction de cinq centres stationnaire radar et de contrôle sur l’île Sredni de l’archipel de la Terre du Nord, sur la Terre d’Alexandra, une grande île de l’ouest de l’archipel François-Joseph, au cap Schmidt sur l’île Wrangel à Tchoukotka et dans le village de Rogatchevo sur l’île Ioujny de la Nouvelle-Zemble.

Chacun des cinq sites mentionnés accueillera des radars de défense antiaérienne avec un poste d’opérateur. Les informations sur les déplacements dans l’espace aérien au-dessus du littoral arctique seront transmises au centre de commandement de la défense antiaérienne dans la région de Moscou.

«En outre, des centres de contrôle des vols civils et militaires seront construits. Le poste de commandement où l’on voit le tableau intégral des frontières aériennes se trouve dans la région de Moscou, il reçoit toutes les données radar et d’avertissement d’attaque balistique», a expliqué Piotr Deïnekine, l’ex-commandant de l’armée de l’air Piotr Deïnekine, cité par le quotidien russe.

«Les itinéraires stratégiques directs de l’armée de l’air américaine en Russie passent par l’Arctique. Nous avons effectué 340 raids vers les côtes américaines. C’est pourquoi la défense aérienne et les chasseurs russes se trouvaient le long du littoral arctique – sur les îles de Tiksi, Vorkouta, Graham-Bell, Terre d’Alexandra, Sredni, dans la baie d’Olenia de la péninsule de Kola et au cap Schmidt. Après la chute de l’URSS, ces sites ont été abandonnés et nous n’avions plus la possibilité de contrôler l’espace aérien de la région», a renchéri l’ex-commandant de l’armée de l’air.

Une réponse aux Américains

«L’Occident ne reconnaît pas l’appartenance d’une vaste partie du plateau à la Russie et se prépare à y défendre ses revendications par la force militaire», déclare dans l’article paru il y a quelques jours dans le quotidien russe Leonid Ivachov, président de l’Académie [russe] des problèmes géopolitiques.

Les USA, eux, ont déjà réparti l’Arctique en zones de responsabilité pour leurs commandements militaires et ont lancé un programme coûteux pour concevoir du matériel militaire adapté aux conditions arctiques. Sans oublier le Conseil de l’Arctique, dont font partie les forces armées conjointes du Canada, du Danemark, de la Norvège et du Royaume-Uni, déclare Ivachov.

Pas exactement des pays perçus comme «amis» par les Russes.

«Nous devons de toute urgence renforcer et placer la zone arctique sous un commandement commun. A l’étape actuelle, l’aviation y jouera un rôle central pour la reconnaissance et pour intervenir en cas de violation de nos eaux territoriales. La création d’une nouvelle infrastructure est nécessaire pour y disposer d’un groupe d’aviation», conclut l’expert russe.

On se rappelle qu’ en avril 2009 Moscou avait rendu publique sa stratégie pour l’Arctique, insistant sur la nécessité d’y implanter des unités militaires pour y assurer la sécurité.

Depuis, Moscou a posé plusieurs gestes.

En août 2013, la Russie a ouvert un centre des situations d’urgence à Narian-Mar, chef-lieu du district autonome des Nenets, situé au-delà du cercle polaire et neuf autres sites comme celui-ci devraient être inaugurés dans un avenir proche.

En septembre 2013, vingt ans après avoir laissé à l’abandon une base militaire dans l’Arctique, Moscou y avait de nouveau dépêché dix navires de guerre en Nouvelle-Sibérie derrière quatre brise-glace à propulsion nucléaire pour y rouvrir cette base datant de l’époque soviétique et y restaurer l’aérodrome.

On apprenait aussi en avril 2014 que la Russie allait créer dans l’Arctique un système unifié de bases navales pour les navires de guerre et sous-marins de nouvelle génération sera créé dans l’Arctique pour défendre ses intérêts de la Russie dans la région.

La Russie a également décidé de déployer en 2015, à quelques kilomètres de la frontière norvégienne, une brigade arctique composée d’unités d’infanterie motorisée, dotées de blindés polyvalents à chenilles.

L’Arctique sera-t-il le prochain Ukraine où s’affronteront les intérêts géopolitiques de deux grandes nations redevenus ennemies. Pour l’instant, c’est le terrain rêvé pour une «guerre …froide»!