Au procès d’André Gagnon en Cour martiale, la victime raconte les heures qui ont précédé l’événement

Stéphanie Raymond, à la Citadelle de Québec, avant les évènements qui ont conduit à la cour martiale de l'adjudant Gagnon. (Archives)
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Stéphanie Raymond, à la Citadelle de Québec, avant les évènements qui ont conduit à la cour martiale de l'adjudant Gagnon. (Archives)
Stéphanie Raymond, à la Citadelle de Québec, avant les évènements qui ont conduit à la cour martiale de l’adjudant Gagnon. (Archives)

Dans son témoignage devant la Cour martiale générale ce mardi 12 août, au procès pour agression sexuelle de l’adjudant André Gagnon,la victime présumée, l’ex-réserviste du Régiment de la Chaudière Stéphanie Raymond, a raconté les heures qui ont précédé les événements le soir du jeudi 15 décembre 2011 au Manège militaire de Lévis.

Cette journée là, a dit l’ex-réserviste interrogée par la procureure militaire de l’accusation , Me Marylène Trudel, 15 militaires participaient à un déjeuner annuel au restaurant le Vieux Duluth sur la Rive-Sud.

Durant le repas, ils ont mangé et bu. Un groupe de cinq personnes a ensuite décidé de s’attarder et de continuer la fête. Pendant la fête, l’adjudant Gagnon aurait fait plusieurs commentaires sur le physique de la présumée victime et sur son célibat.

Durant tout l’après-midi, ils ont bu plusieurs bouteilles de vin, offertes par l’adjudant Gagnon. Stéphanie Raymond était en état d’ébriété au point de perdre l’équilibre et n’était donc pas en mesure de conduire sa voiture, qu,elle a préféré laissé au restaurant.

Après la fête, Gagnon et Stéphanie Raymond se seraient alors retrouvés tous les deux seuls au Manège militaire de Lévis, pour aller aux toilettes et appeler un taxi, mais n’ont pas réussi à trouver le numéro de téléphone du taxi.

Stéphanie Raymond a alors proposé d’aller chez elle, mais Gagnon lui aurait dit: «je ne peux pas aller chez toi, car c’est sûr que je vais avoir envie de te -swinger- [sic]», a témoigné la jeune réserviste âgée aujourd’hui de trente ans, qui dit lui avoir alors répliqué «dans ce cas, on n’ira pas, je ne veux pas jouer avec le feu, ça ne m’intéresse pas».

L’ex caporale affirme avoir finalement été agressée sexuellement par son supérieur qui aurait ignoré ses nombreux refus. «Je ne suis pas intéressée.» «Tu me fais mal.» «Non, s’il te plaît, je ne suis pas d’accord pour continuer.» Tels sont les mots qu’elle aurait pourtant prononcés à plusieurs reprises, selon ses dires.

Stéphanie Raymond a porté plainte contre son supérieur cette même année, en 2011.

L’adjudant Gagnon, qui a enregistré hier un plaidoyer de non-culpabilité, fait maintenant face à un chef d’accusation d’agression sexuelle, une infraction prévue à l’article 130 de la Loi sur la défense nationale, et en contravention au paragraphe 271(a) du Code criminel. L’accusation soutient que Gagnon aurait employé la force de façon intentionnelle dans des circonstances à caractère sexuel, alors que Stéphanie Raymond n’était pas consentante.

Gagnon, s’il est reconnu coupable, encourt une peine maximale de 10 ans de prison.

Le procès, présidé par le le juge Mario Dutil, se déroule, fait plutôt rare, en Cour martiale générale, donc devant un «jury» de cinq militaires qui, en l’occurrence, sont tous des hommes. En outre, il avait été question en début de procédures qu’un d’eux se récuse parce qu’il appartenait à la hiérarchie militaire au moment des événements

On sait que le rôle de la hiérarchie dans cette affaire a aussi été mis en cause. Après ce qu’elle décrit comme deux ans d’enfer et de représailles, Stéphanie Raymond a finalement été renvoyée des Forces armées après 13 ans de service parce qu’elle était devenue, selon elle, un «fardeau administratif».

Portant cette affaire sur la place publique, Stéphanie Raymond s’est confié aux journalistes de l’Actualité, qui ont publié un dossier qui a fait grand bruit le printemps dernier, et a aussi témoigné de son expérience à Tout le monde en parle, une émission de la chaîne publique de Radio-Canada regardée par des millions de téléspectateurs.