Calgary, nouveau vivier de djihadistes au Canada

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Le drapeau de l'État Islamique en Irak et au Levant (EIIL) la filiale d'Al-Qaïda active en Irak et en Syrie (Archives/capture d'écran EIIL/45eNord.ca)
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Collin Gordon (à g.) et Greg Gordon (à dr.) se sont convertis à l'islam et étaient connus dans la communauté musulmane comme Abdul Malik et Khalid (Photo tirée de Facebook)
Collin Gordon (à g.) et Greg Gordon (à dr.) se sont convertis à l’islam et étaient connus dans la communauté musulmane comme Abdul Malik et Khalid (Photo tirée de Facebook)

Après Montréal et Toronto, Calgary, la grande ville canadienne de l’Ouest, mieux connu pour son rodéo et son pétrole, serait à son tour devenue à son tour un terrain de chasse particulièrement riche pour les recruteurs de groupes islamistes extrémistes comme l’État islamique qui n’hésite pas à menacer tout musulman modéré qui oserait s’opposer à lui.

Deux autres jeunes de Calgary, Gregory et Collin Gordon se seraient ralliés, probablement en 2012, aux étrangers qui se battent aux côtés de l’État islamique en Irak et en Syrie, rapporte cette semaine la télévision publique canadienne.

Ce cas vient s’ajouter à la liste grandissante de jeunes qui ont quitté la métropole albertaine pour l’Irak et la Syrie.

Après s’être convertis à l’islam, les frères Gordon se sont fait connaître auprès des membres de la communauté musulmane de Calgary en tant que Abdul Malik et Khalid, rapporte la CBC, la chaîne de langue anglaise de la télévision publique canadienne.

Entre 2011 et 2012, ils partagent un appartement dans l’immeuble où ont habité Damian Clairmont et Salman Ashrafi.

Ashrafi s’est fait exploser en Irak en novembre dernier lors d’un attentat-suicide de l’État islamique, qui a fait 46 morts, alors que Clairmont a été tué en combattant en Syrie plus tôt cette année.

Un autre Calgarien, Farah Shirdon, qui avait pris part à un «groupe d’étude» avec Salman Ashrafi, Damian Clairmont et les frères Gordon, s’est rallié à l’État islamique et aurait été tué dans un combat il y a quelques semaines, affirme la CBC.

Sur les réseaux sociaux, Collin Gordon se fait appeler Ibrahim Canadi et publie entre autres des photos du chef de l’État islamique Abou Bakr Al-Baghdadi. L’une de ses publications fait l’apologie de la mort du journaliste américain James Foley, disant qu’il s’agit de la perfection dans le domaine du terrorisme.

Selon des sources dans la communauté musulmane de Calgary, les frères Gordon auraient disparu fin 2012. C’est aussi à cette époque que MM. Ashrafi et Clairmont se sont rendus en Syrie.

Et ces cas sont loin d’être uniques. Il y a près de deux semaines, un jeune homme, encore une fois de Calgary, et qui était apparu dans une vidéo de l’EI il y a quatre mois, aurait perdu la vie au combat en Irak, si on en croit ce que disent sur les réseaux sociaux des groupes et individus de la mouvance islamiste en Irak.

Cet autre jeune Calgarien, Farah Mohamed Shirdon, avait été filmé pendant qu’il brûlait son passeport canadien. Il faisait partie d’une vingtaine d’Albertains à s’être joints au groupe extrémiste depuis deux ans.

Les communauté musulmanes réagissent,l’EI menace

Mais, de plus en plus, les communautés musulmanes trouvent le courage de réagir et condamnent les groupes ultra-radicaux comme l’État islamique.

Mahdi Qasqas, un jeune musulman et psychologue de Calgary,cité par la CBC, estime que sa communauté doit se mobiliser pour combattre la radicalisation.

«Il y a des signes qui nous indiquent que certains individus suivent ce chemin. C’est pourquoi nous voulons former les travailleurs sociaux. Pour qu’ils puissent faire cesser ce processus. Nous voulons qu’ils soient efficaces», affirme-t-il.

Le jeune psy musulman croit qu’il faut former les membres de la communauté et les intervenants sociaux pour reconnaître les signes de la radicalisation.

Mais s’opposer aux extrémistes pour qui le Canada, comme la Grande-Bretagne, la France, la Belgique et bien d’autres pays occidentaux, est un vivier de jeunes djihadistes en puissance, ne va pas sans risque.

La semaine dernière, menacé par l’État islamique, un imam canadien s’est mis en grève de la faim.

Un imam de Calgary, Syed Soharwardy, fondateur du Conseil Suprême Islamique du Canada et de Musulmans contre le terrorisme, connu pour prôner le pacifisme dans ses prêches, a réagit au meurtre horrible du journaliste américain en déclarant qu’il voulait que tout le monde sache que l’EIIL [État islamique en Irak et au Levant, l’autre nom de l’État islamique] ne fait pas partie de la communauté musulmane».

«L’EIIL utilise l’islam pour détruire la paix et créer une mauvaise image de l’islam. Ce sont des terroristes et ils doivent être punis», s’est indigné le religieux musulman.

Mais, peu après sa condamnation, a raconté à la télévision publique de la CBC avoir été contacté sur Facebook par un musulman originaire d’Ottawa disant combattre actuellement à Mossoul, ville du nord de l’Irak sous contrôle de l’EI.

L’homme a condamné à son tour l’imam, lui disant ‘tu es un imam déviant et ta version de l’islam n’est pas la bonne’»,

Le Canada inquiet

Dans son rapport 2011-2013, le Service canadien de renseignement  et de sécurité (SCRS) s’est dit préoccupé par le nombre croissant de ressortissants et de résidents Canadiens qui quittent le pays pour participer à des activités terroristes.

L’agence fédérale, souligne le risque que ceux qui sont partis un jour reviennent au pays encore plus radicalisés qu’à leur départ, expliquant qu’il est bien «possible qu’après avoir pris part à un conflit à l’étranger ou s’être entraînés auprès d’un groupe terroriste, ils reviennent au pays dotés d’un savoir-faire opérationnel qu’ils peuvent mettre à profit ou enseigner à d’autres extrémistes canadiens».

Début 2013, deux jeunes Canadiens ont participé à un attentat contre un complexe gazier en Algérie qui a fait jusqu’à 60 morts, sans compter le cas très médiatisé de deux autres jeunes Canadiens qui se seraient rendus en Afrique du Nord à des fins extrémistes.

Et ce n’était là que la pointe de l’iceberg. La dernière évaluation du SCRS estimait à 130 le nombre de Canadiens partis rejoindre des organisations terroristes à l’étranger.

La société canadienne et son gouvernement contre les extrémistes

Mais Ottawa a pris récemment des mesures pour venir à bout des groupes extrémistes qui radicalisent et recrutent pour le djihad de jeunes Canadiens malléables et influençables.

Le Rapport public 2013 sur la menace terroriste pour le Canada, un rapport annuel publié chaque année dans but d’informer les Canadiens de l’environnement en évolution de la menace terroriste au cours de l’année écoulée,soulignait clairement que les extrémistes au Canada ont été impliqués dans des tentatives de recrutement d’adeptes, et ont tenté d’amasser des fonds ou d’acquérir d’autres formes de soutien.

En avril 2013, de nouvelles dispositions de la loi ont donc modifié le Code criminel en créant de nouvelles infractions relatives au fait de quitter ou de tenter de quitter le Canada pour commettre certaines infractions de terrorisme et prévoient pour les personnes qui seraient reconnues coupables de telles infractions de peines variant de 10 à 14 ans d’emprisonnement.

Et, en juillet 2014, un tribunal de Brampton, en Ontario, a condamné pour la première fois un Canadien qui projetait de joindre un groupe terroriste, imposant à Mohamed Hassan Hersi Hersi, un Torontois de 28 ans qui comptait se joindre à un groupe terroriste en Somalie, une peine de 10 ans de prison.

Le Canada, de toute évidence, n’entend pas devenir un terreau fertile pour les recruteurs des groupes djihadistes et la société canadienne, les communautés musulmanes en tête, ne se se laisseront plus terroriser par les extrémistes de tout acabit qui e pourront plus compter sur son silence ou son indifférence.