Dernières passes d’armes entre défense et accusation au procès de l’adjudant Gagnon

2
L'adjudant André Gagnon et l'avocat de la défense, major Philippe-Luc Boutin. (Nicolas Laffont/45eNord.ca)
L’adjudant André Gagnon et l’avocat de la défense, major Philippe-Luc Boutin. (Nicolas Laffont/45eNord.ca)

Stéphanie Raymond est-elle une victime ou une fine calculatrice? A-t-elle fait un mauvais choix et tente-t-elle de sauver sa réputation? Telles sont les questions posées ce mardi matin à la cour martiale de l’adjudant André Gagnon, accusé d’avoir agressé sexuellement l’ex caporale.

De retour en cour après une journée d’absence, la procureure de la poursuite, lieutenant-colonel Marylène Trudel, a défendu pendant un peu plus d’une trentaine de minutes leur position. Selon elle, le comité de cinq hommes qui devra dire si oui ou non l’adjudant Gagnon est coupable, ne devrait pas «se laisser distraire» par des petits détails, «l’élément central» étant le consentement.

Elle demande au comité de ne pas croire en la «croyance sincère, mais honnête» de l’adjudant, qui, selon ses dires, croyait en toute bonne foi que Stéphanie Raymond était consentante.

De plus, «l’absurdité du témoignage de l’adjudant» et  celui de la plaignante est «plausible et corroboré par les faits», «Nous demandons donc que soit rejetée la version de l’adjudant Gagnon», qui dit que Mme Raymond était consentante. C’est soit de l’«insouciance», soit de l’«aveuglement volontaire», a résumé en substance Me Trudel, pour expliquer le comportement de l’adjudant.

Le procureur de la défense, le major Philippe-Luc Boutin, a, pour sa part, reconnu que la force a pu être utilisée au cours des attouchements sexuels, mais selon lui, Stéphanie Raymond était pleinement consciente de ce qu’il se passait, malgré qu’elle était en «état d’ébriété» ( la force dont il est ici question dans l’admission de Me Boutin , n’implique pas nécessairement le  ‘non-consentement’, comme, par exemple, dans un combat ‘consensuel’,  ndlr).

Et c’est ainsi que Me Boutin a pu déclarer à la cour que «Mme Raymond a consenti aux rapports sexuels avec l’adjudant Gagnon […] ce consentement est légalement valide et n’est pas dû à la force ou à l’autorité de l’adjudant Gagnon».

Allant plus loin dans sa défense, Me Boutin est même allé jusqu’à contre-attaquer en décrivant une femme «séductrice et «calculatrice» à plusieurs reprises, qui «n’assume pas qu’elle a fait un mauvais choix» et veut «sauver la face, sauver sa réputation».

Utilisant l’expression de «la brebis contre le grand méchant loup», l’avocat de la défense a finalement demandé au jury de «faire appel à votre gros bon sens», qu’il y a de nombreuses incohérences et exagérations dans le témoignage de Stéphanie Raymond, et que son client n’était ni aveuglé volontairement, ni insouciant, mais tout simplement croyait honnêtement et en toute bonne foi que sa passivité [la passivité de la présumée victime] n’était pas un signe de non-consentement. «Il y avait un ensemble de faits qui pouvaient laisser croire que Mme Raymond était consentante», a ainsi dit Me Boutin.

Après avoir remis en fin de journée son ébauche quasi-finale de ses directives, un document de 48 pages, le juge colonel Mario Dutil doit donner mercredi matin ses recommandations au comité, qui se réunira ensuite le temps qu’il faudra avant de rendre son verdict: coupable ou non-coupable.

Fondateur de 45eNord.ca, Nicolas est passionné par la «chose militaire». Il suit les Forces armées canadiennes lors d'exercices ou d'opérations, au plus près de l'action. #OpNANOOK #OpATTENTION #OpHAMLET #OpREASSURANCE #OpUNIFIER #OpIMPACT

Discussion2 commentaires

  1. Jacqueline Ouellette

    J’aimerais savoir pourquoi le comité du jury est composé de 5 homme et qu’il n’y a pas une représentation féminine?

    Merci 🙂

  2. Nicolas Laffont

    Pour faire simple: le choix est aléatoire, et comme il y a tout simplement beaucoup plus d’hommes que de femmes dans les Forces… Statistiquement c’est logique qu’il n’y ait que des hommes même si publiquement… Ça la fou mal!