Les bombardiers russes dans la zone de défense aérienne: loin d’être une affaire courante

Des chasseurs du Commandement de la défense aérospatiale de l'Amérique du Nord, Région de l'Alaska du NORAD (ANR) et Région de la commande (ANR) et Région canadienne du NORAD (RC NORAD) interceptent ici un bombardier lourd russe Tu-95 (en bas de l'image) qui a pénétré dans la zone d’identification de défense aérienne du nord-ouest (Archives/NORAD)
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Des chasseurs du Commandement de la défense aérospatiale de l'Amérique du Nord, Région de l'Alaska du NORAD (ANR) et  Région de la commande (ANR) et Région canadienne du NORAD (RC NORAD) interceptent ici un bombardier lourd russe Tu-95 (en bas de l'image) qui a pénétré dans la zone d’identification de défense aérienne du nord-ouest (Archives/NORAD)
Des chasseurs du Commandement de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord, Région de l’Alaska du NORAD (ANR) et Région de la commande (ANR) et Région canadienne du NORAD (RC NORAD) interceptent ici un bombardier lourd russe Tu-95 (en bas de l’image) qui a pénétré dans la zone d’identification de défense aérienne du nord-ouest (Archives/NORAD)

Les avions militaires russes qui ont frôlé ou pénétré dans la zone d’identification de défense aérienne du nord-ouest 16 fois au cours des 10 derniers jours, sans aller jusqu’à violer pour autant l’espace aérien nord-américain, représentent sans doute un message aussi puissant et inquiétant que les 20.000 hommes maintenant massés à la frontière ukrainienne.

Certes, les incursions ne sont pas réellement une violation d’un traité, de la frontière nationale ou d’un accord militaire, selon les responsables fédéraux américains de la défense.

Selon le NORAD, les avions russes opéraient dans les eaux internationales, mais l’intérieur de la zone d’identification de défense aérienne de l’Alaska, une zone s’étendant habituellement à environ 200 miles de la côte de l’Alaska.

La zone est toutefois beaucoup plus petite dans les secteurs comme le détroit de Béring où la frontière est à moins de 200 miles.

Tous les aéronefs qui pénètrent dans la zone sont tenus de présenter des plans de vol aux tours locales de contrôle de la circulation aérienne.

Tout vol repéré dans la région qui ne s’identifie pas, n’a pas de transpondeur en fonction ou n’a pas déposé de plan de vol est identifié visuellement par les avions américains et canadiens du NORAD.

Le NORAD (en français, le Commandement de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord) est le commandement binational responsable de système aéroporté d’alerte et de détection précoces et d’alerte précoce maritime pour l’espace aérien et maritime entourant les États-Unis et le Canada.

Son commandant est le général américain Charles Jacoby et son commandant adjoint le lieutenant-général canadien Alain Parent.

«Au cours de la semaine dernière, le NORAD a identifié visuellement des avions russes opérant dans et autour des zones d’identification de défense aérienne des États-Unis», a déclaré à son tour le Major. Jennifer Lovett, directrice des affaires publiques pour le commandement de l’Alaska., tentant de calmer le jeu.

«Bien qu’il y ait eu un pic d’activité, nous estimons que ces vols sont en accord avec la mission de formation et d’exercices de routine, et il est important de noter que ces avions russe sont restés dans l’espace aérien international, à tout moment», a déclaré le Major Lovett.

Elle s’est aussi, bien s’est faite avare de commentaires, ce qui est bien compréhensible, sur ce qui se passe quand un avion du NORAD doit intercepter un avion inconnu ou ennemi à l’intérieur de la zone d’identification.

Certains semblent croire que l’interception dans la zone d’identification de défense aérienne du nord-ouest de bombardiers lourd russes est une affaire courante.

Loin de là!

Certes, depuis le 11 septembre 2001, le NORAD a brouillé ou détourné plus de 2200 fois des aéronefs dans l’exécution de sa mission de contrôle aérospatial pour l’Amérique du Nord, mais, on ne parle pas ces 2200 fois de bombardiers, chasseurs et avions de reconnaissance ennemi frôlant dangereusement notre territoire.

Des Tupolev Tu-95 qui pénètrent allègrement, comme ça, dans la zone de défense aérienne, ce n’est pas une affaire courante. La dernière interception recensée sur le site du NORAD de bombardiers lourds russe Tu-95 remonte à 2009.

Lovett, dont la mission était apparemment de dédramatiser l’événement, n’est pas non plus entrée dans les détails sur le nombre ou les types d’avions russes contactés à l’intérieur de la zone d’identification de défense aérienne de l’Alaska, ou à quel point ils sont arrivés dans l’espace aérien nord-américain, défini comme une zone de 12 miles nautiques de la côte.

Mais auparavant, un autre porte-parole du Pentagone, le major Beth Smith, n’avait pu s’empêcher de s’étonner de la recrudescence inhabituelle d’activité, ce qui pourrait porter à croire que les vols russes ne semblent pas être de simples missions de formation, mais plutôt un message. Un message en forme de menace!

Bien qu’il n’aient pas violé notre espace aérien à proprement parler, les forces nucléaires stratégiques russes «semblent être en train d’essayer de tester nos réactions de défense aérienne, et/ou nos systèmes de commandement et de contrôle», avait alors précisé le major Smith au moment de l’annonce de ces 16 incursions.

Un pareil nombre d’incursions aériennes russes est très rare et la dernière fois qu’il y en eu autant remonte à l’époque de la guerre froide. Oui, décidément, il n’est pas exagéré d’affirmer que l’ours rôde dans ces parages…et si on s’inquiète de 20.000 hommes massés à la frontière ukrainienne, on serait bien fou de prendre à la légère des bombardiers lourds équipés de 16 missiles à la nôtre.