Grand Nord canadien: les changements climatiques ont rendu l’équipement des Rangers désuet

Des Rangers canadiens de Gjoa Haven (Nunavut) s’apprêtent à quitter le camp de patrouille pour se rendre au camp de base, le 21 août 2013, dans le cadre de l’opération Nanook 13. (Photo: Sergent Alain Martineau/DAPAir)
Temps de lecture estimé : 4 minutes
Le Caporal Katherine Wesley de la Première nation de Kashechewan (Ontario), membre du 3e Groupe de patrouilles des Rangers canadiens, fait cuire de la bannique sur un réchaud de camping dans sa tente, sur les lieux d’une catastrophe aérienne simulée, lors de l’exercice Trillium Response des Forces canadiennes, près de Cochrane, en Ontario.(Photo: sergent Matthew McGregor, Caméra de combat des Forces canadiennes)
Le Caporal Katherine Wesley de la Première nation de Kashechewan (Ontario), membre du 3e Groupe de patrouilles des Rangers canadiens, fait cuire de la bannique sur un réchaud de camping dans sa tente, sur les lieux d’une catastrophe aérienne simulée, lors de l’exercice Trillium Response des Forces canadiennes, près de Cochrane, en Ontario.(Archives/Sergent Matthew McGregor, Caméra de combat des Forces canadiennes)

Alors que le Premier ministre Harper affirme l’importance cruciale du Nord pour la force économique du Canada et s’engage à fournir les outils et l’infrastructure nécessaires, un nouveau rapport indique que le réchauffement climatique a altéré l’Arctique à un point tel que les Rangers canadiens patrouillant dans cette région ont besoin de nouveaux équipements pour circuler sur un territoire qu’ils ne reconnaissent presque plus.

Et, pendant que le Premier ministre et son ministre des Affaires étrangères menacent les Russes d’user de la force contre eux dans l’Arctique, les braves Rangers canadiens, dont le mentorat dans le grand Nord est indispensable à toute opération, leur rappellent que, malgré tous les beaux et grands investissements technologiques, la glace est mince et qu’il faudrait aussi songer à remplacer leurs vieux fusils Lee-Enfield achetés en…1947.

Les Rangers canadiens

Les Rangers, principalement des réservistes autochtones, ont comme tâches, entre autres, d’assurer une présence militaire dans le cadre de la protection de la souveraineté, notamment signaler des activités inhabituelles, recueillir, localement, des données d’importance pour les opérations militaires. effectuer, au besoin, des patrouilles de surveillance/protection de la souveraineté.

Les Rangers participent également aux activités des Forces canadiennes en fournissant une expertise, des indications et des conseils sur le milieu local. en effectuant, sur demande, des patrouilles du Système d’alerte du Nord et fournissant de l’aide locale dans le cadre des activités de recherche et de sauvetage.

D’ailleurs, au moment d’écrire ces lignes, les Rangers canadiens offrent en ce moment le mentorat et de l’expertise au sujet du terrain et de ses difficultés intrinsèques aux troupes provenant du Sud pour l’opération NANNOOK, le plus important exercice des Forces armées canadiennes dans cette région qui se déroule cette année du 20 au 29 août.

Mais voilà, le Nord a tellement changé que même les braves Rangers canadiens ont de la peine à le reconnaître.

La glace est mince

Le Nord a complètement changé alors que les Rangers doivent se débrouiller avec de l’équipement dont certains éléments datent de 1947.

Les autorités militaires ont interviewés 54 Rangers pour produire un rapport en juin dont la Presse Canadienne a obtenu copie. Le rapport indique que les Rangers canadiens ont maintenant besoin de téléphones par satellite, d’outils de navigation GPS et d’un meilleur équipement de recherche et de sauvetage, en plus de l’ensemble de base qu’ils réclament depuis des années, comprenant entre autres des sacs de couchage et des manteaux.

Les terres glacées que patrouillent les Rangers comportent désormais bien moins de glace sur la mer, il n’est plus possible de prédire la température, des oiseaux et des mammifères inhabituels ont migré du Sud, et le gibier nordique traditionnel disparaît tranquillement, «en plus d’avoir un drôle de goût», rapporte la Presse Canadienne en se basant sur le rapport militaire.

Les patrouilles des Rangers sont devenues plus dangereuses, particulièrement lorsqu’ils se déplacent sur des ponts de glace devenus instables.

Les changements climatiques dans l’Arctique, ont réduit la couche de neige, entraîné des printemps plus précoces et provoqué des vents hivernaux plus violents. Les motoneiges sont conséquemment moins disponibles alors que la neige disparaît, ce qui complique les déplacements.

En outre, les animaux à la base du régime alimentaire traditionnel – le caribou, le phoque et l’ours polaire – migrent vers le nord pour échapper à la chaleur, laissant moins de proies potentielles aux communautés arctiques.

Et, pour compliquer encore davantage les choses, l’Arctique n’est plus le réfrigérateur naturel qu’il était autrefois, mentionne le rapport. Auparavant, lorsque que les Rangers devaient vivre dans des tentes, il creusaient des trous pour y mettre les carcasses afin qu’elles demeurent gelées. Maintenant, même à deux mètres de profondeur, ce n’est toujours pas gelé.

Les Rangers canadiens interrogés ont formulé également plusieurs plaintes sur l’équipement fourni par les Forces canadiennes. «Nous utilisons encore le même équipement que les premiers Rangers (en 1947): des tentes en toile et des poêles à bois», a mentionné un Ranger interrogé par les auteurs du rapport, en soulignant que ses collègues et lui utilisaient leurs propres sacs de couchage et vêtements chauds durant leurs missions.

Un autre Ranger a réclamé des technologies pouvant aider à évaluer l’épaisseur de la glace océanique.

Des Lee-Enfield de 1947

Et que dire des fusils dont ils sont équipés… Les Rangers sont tombés à court de pièces pour leurs fusils Lee-Enfield, achetés lors de la fondation de l’unité en 1947 et conçus selon un design du 19e siècle. Ces fusils, qui supportent bien le froid, servent davantage à la protection des hommes face aux prédateurs qu’aux engagements militaires.

Un porte-parole de l’armée, Marc-Antoine Rochon, cité par la Presse Canadienne, affirme toutefois qu’un appel d’offres pour le remplacement des fusils sera lancé cet automne et que les nouvelles armes devraient être distribuées à partir de cette année et jusqu’en 2021.

Une Russie renforcée est une menace pour ses voisins dans l’Arctique et le Canada doit être prêt à répondre à d’éventuelles incursions de Moscou dans la région, a affirmé le premier ministre Harper alors qu’il complétait sa visite annuelle du Nord canadien,

Le Premier ministre canadien a multiplié lors de sa tournée du Grand Nord les annonces d’investissements technologiques, mais ces commentaires des Rangers devraient lui rappeler, alors que son ministre des Affaires étrangères déclare que le Canada est prêt à user de la force dans l’Arctique contre les Russes, que la glace est mince…