Lesotho: coup d’État militaire, le Premier ministre en Afrique du Sud

Le Premier ministre du Lesotho Tom Thabane(AFP)
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Le Premier ministre du Lesotho Tom Thabane(AFP)
Le Premier ministre du Lesotho Tom Thabane(AFP)

Le Premier ministre du Lesotho a dit samedi avoir fui son pays pour échapper à un coup d’État de l’armée qui s’était déployée au petit matin dans la capitale de ce petit royaume montagneux enclavé dans l’Afrique du Sud.

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Mise à jour au 03/09/2014 à 15h08

Le Premier ministre du Lesotho est rentré dans son pays mercredi et a regagné sa résidence, quatre jours après un coup de force de l’armée qui a déstabilisé ce petit pays enclavé dans l’Afrique du Sud, a indiqué un conseiller.

Le coup de force de l’armée au Lesotho aux premières heures de samedi dernier a fait un seul mort et une sortie de crise a été rapidement annoncée lundi, depuis Pretoria, sous l’égide de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), l’organisation régionale.

Ce dénouement prévoyait le retour rapide de M. Thabane de son court exil en Afrique du Sud et l’envoi d’urgence d’observateurs, ainsi que le rétablissement du Parlement que M. Thabane avait suspendu en juin pour échapper à une motion de censure.

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« J’ai été évincé non par le peuple mais par les forces armées et c’est illégal », a déclaré Thomas Thabane à la BBC. « Je suis arrivé en Afrique du Sud ce matin et je ne repartirai que lorsque ma vie ne sera plus en danger », a-t-il ajouté.

Les motifs de cette destitution restaient confus samedi en début d’après-midi, de même que l’identité des instigateurs du coup d’État dans un pays qui était gouverné depuis deux ans par une fragile coalition et dont l’histoire est jalonnée de troubles.

Dans la capitale, Maseru, l’armée avait regagné ses quartiers à la mi-journée, après avoir investi pendant plusieurs heures des points stratégiques.

« Ils ont quitté le QG de la police et sont rentrés dans leur caserne. Ils ont saisi tous les véhicules de police », a déclaré à l’AFP le ministre des Sports Thesele Maseribane, « ils ont aussi quitté la résidence du Premier ministre ».

« Le Premier ministre et moi-même, et tous les ministres, nous sommes sains et saufs », a poursuivi M. Maseribane, également chef de l’un des partis de la coalition qui gouvernait le pays depuis les élections de 2012.

Il s’exprimait par téléphone et n’a pas dit où il se trouvait. Il avait auparavant déclaré avoir réussi à fuir après avoir été prévenu de l’imminence d’un coup d’État.

Pretoria n’avait toujours fait aucun commentaire à 13h00 (11h00 GMT) mais le ministère des Affaires étrangères a annoncé une conférence de presse à 15h00 (13h00 GMT).

Formé en grande partie de hauts plateaux, le Lesotho est un pays très pauvre de deux millions d’habitants, membre du Commonwealth, qui fournit à son grand voisin sud-africain de l’eau et de l’électricité produite dans ses montagnes.

Maseru a été réveillé samedi matin par des échanges de coups de feu, alors que l’armée prenait le contrôle du quartier général de la police. Aucune victime n’a cependant été signalée.

Violence politique récurrente

M. Maseribane a accusé le vice-Premier ministre Mothetjoa Metsing, chef du Congrès du Lesotho pour la Démocratie (LCD) d’être impliqué dans l’opération. « Nous avons des renseignements qui disent qu’il en fait partie », a-t-il dit à l’AFP.

Le royaume du Lesotho est gouverné par une coalition depuis deux ans mais l’alliance des partis au pouvoir s’était montrée fragile.

« Depuis les dernières élections, la coalition avait du mal à travailler et le Premier ministre était critiqué pour son autoritarisme », a commenté une source diplomatique occidentale. Le LCD avait d’ailleurs publiquement annoncé son intention de chercher d’autres alliances pour écarter M. Thabane.

En réponse, le Premier ministre, soucieux d’éviter une motion de censure, avait suspendu le Parlement en début d’année, avec l’aval du roi Lesie III, un monarque constitutionnel qui dispose de très peu de pouvoir.

En juin, face à la menace d’une crise majeure et d’un coup d’État militaire, une médiation avait été organisée par les Églises chrétiennes du pays, qui avait permis de remettre le gouvernement sur les rails, malgré les tensions.

La violence est récurrente dans l’ histoire politique récente du pays qui a obtenu son indépendance du Royaume-Uni en 1966.

En 1986, le régime ségrégationniste sud-africain y avait soutenu un coup d’État pour éviter que le pays ne devienne une base des militants anti-apartheid, notamment de l’ANC, le parti de Nelson Mandela considéré comme terroriste.

En 1997, l’armée avait donné l’assaut au quartier général de la police à Maseru, mettant fin à une mutinerie menée depuis onze jours par la majorité des membres de la Police royale dans la capitale.

L’année suivante, après de violentes émeutes liées aux élections, l’Afrique du Sud et le Bostwana avaient lancé une opération armée qui avait dévasté une partie de la capitale Maseru.