Libye: là où deux têtes ne valent pas mieux qu’une

Le premier ministre sortant libyen Abdallah Al-Theni. (Archives/Stuart Price/AFP)
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Le premier ministre sortant libyen  Abdallah Al-Theni. (Archives/Stuart Price/AFP)
chef du gouvernement provisoire libyen Abdallah Al-Theni. (Archives/Stuart Price/AFP)

Le Canada, qui s’est beaucoup investi en Libye, déplore la poursuite des violences dans ce pays en proie à l’instabilité et au chaos et où, depuis une semaine, deux assemblées élues se disputent le droit de désigner un gouvernement.

Le chef du gouvernement provisoire libyen, Abdallah al-Theni, a qualifié lundi d’illégales la réunion et les décisions de l’Assemblée sortante, le Conseil général national (CGN), qui a chargé une personnalité pro-islamiste de former un gouvernement concurrent.

«Le Canada déplore dans les termes les plus forts la violence et la destruction qui se poursuivent en Libye et se déclare consterné par les incidents signalés de violations des droits de la personne. Nous demandons instamment que toutes les parties acceptent de mettre fin inconditionnellement et immédiatement aux hostilités», a déclaré hier le ministre canadien des Affaires étrangères, John Baird.

«Il est inacceptable que ce soit le peuple de la Libye qui au bout du compte paie les frais de ce conflit. Les Libyens ont fait beaucoup de sacrifices pour leur liberté et se sont récemment dotés d’une Chambre des représentants élus de façon légitime comme leurs seuls représentants», a dit le chef de la diplomatie canadienne.

Le CGN, où les islamistes étaient bien représentés, avait été remplacé par le Parlement élu le 25 juin et dominé par les non-islamistes.Mais il a repris du service à la demande des islamistes qui contestent toute légitimité au Parlement, qui siège à Tobrouk, à 1.600 km à l’est de Tripoli.

«La réunion [du CGN] est illégale, ses décisions sont illégales et le seul corps législatif légal est le Parlement élu le 25 juin, a déclaré M. Theni lors d’une conférence de presse conjointe avec le chef du Parlement, Aguila Salah Issa, à Tobrouk (est), retransmise par une télévision locale.

Pendant cette conférence de presse, Issa a également dénoncé les décisions du CGN et annoncé qu’il se rendrait en Égypte mardi pour des consultations avec le président Abdel Fattah al-Sissi sur la situation en Libye.

Le CGN pour sa part a chargé Omar al-Hassi, un professeur de sciences politiques de l’Université de Benghazi (est), de former un gouvernement de salut national alors que le pays dispose déjà d’un gouvernement provisoire.

Al-Hassi a reçu ce mandat lors d’une réunion à Tripoli du CGN, mais on ignore si cette décision a été votée.

Omar al-Hassi avait été candidat malheureux lors de l’élection par le CGN en juin d’un chef de gouvernement. Le CGN avait alors élu Ahmed Miitig, mais cette nomination avait ensuite été invalidée par la justice, permettant à Abdallah al-Theni de continuer à diriger l’exécutif provisoire.

La réunion du CGN s’est donc ouverte sans le quorum légal de 94 membres mais des médias libyens ont indiqué que d’autres élus avaient rejoint la session durant ses travaux. La réunion s’est penchée sur l’appel du Parlement de Tobrouk à une intervention étrangère pour protéger les civils, alors que le pays est en proie à l’anarchie et aux violences. Cet appel a été considéré par les islamistes comme un acte de trahison nationale.

 

Trop de pilotes dans l’avion

Le Parlement libyen s’était en effet prononcé mercredi 13 août à la majorité des voix en faveur d’une intervention étrangère pour protéger les civils dans le pays, avait alors annoncé un député, les combats meurtriers entre milices rivales depuis la chute de Khadafi ayant enfoncé le pays dans le chaos.

Le Parlement, réuni à Tobrouk, avait adopté «par 111 voix sur 124 députés présents une résolution appelant la communauté internationale à intervenir rapidement pour protéger les civils en Libye, notamment à Tripoli et à Benghazi (est) », avait déclaré à la presse le député Abou Bakr Biira,

Accusant le gouvernement et le Parlement d’être complices de raids aériens contre leurs hommes –menés selon eux par les Émirats arabes unis et l’Égypte, ce que démentent ces deux pays– lors de combats contre des nationalistes pour le contrôle de l’aéroport de Tripoli, les miliciens islamistes, venus en grande partie de Misrata (est de Tripoli) considèrent que le gouvernement provisoire et le Parlement libyens sont complices de ces raids et ont de ce fait commis un acte de trahison qui leur dénie toute légitimité à gouverner le peuple.

Et c’est pourquoi, disent-ils, il ont appelé par la voix de leur porte-parole le Conseil général national (CGN), dont le mandat a expiré, à reprendre du service pour «défendre la souveraineté de l’État libyen».

Et, finalement, l’Assemblée libyenne sortante, le Conseil général national (CGN), dominée par les islamistes, a bien décidé de reprendre ses activités en dépit de l’existence du Parlement qui l’a remplacée, avec pour résultats qu’alors que le pays est en proie au chaos, la crise politique se mue en vaudeville et on se retrouve en plein vaudeville avec deux assemblées et deux chefs de gouvernement qui prétendent tous deux êtres légitimes.

Depuis la mi-juillet, la Libye est le théâtre d’affrontements particulièrement violents entre diverses milices à Tripoli et à Benghazi et mardi dernier, 12 août, le chef de la police de Tripoli, le colonel Mohamed al-Souissi, a été assassiné par des hommes armés et cagoulés qui ont enlevé ses deux gardes du corps.

Depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011, les autorités de transition se montrent incapables de rétablir l’ordre et la sécurité dans un pays en proie à l’anarchie et à des violences meurtrières.

Elles ne parviennent notamment pas à contrôler les dizaines de milices armées formées par des ex-rebelles ayant combattu le régime Kadhafi et qui font toujours la loi dans le pays. Parlement de Tobrouk ou Conseil Général Libyen, Abdallah al-Theni ou Omar al-Hassi, plusieurs têtes pour ce corps exsangue agité de soubresauts qu’est devenue la Libye. 

Mais, «Le Canada continuera de travailler en étroite collaboration avec ses alliés et partenaires pour soutenir les institutions démocratiquement élues de la Libye et pour demander des comptes aux responsables de violations du droit international», afiirme quant à lui le ministre canadien John Baird.

Et le chef de la diplomatie canadienne « Le Canada appuie le peuple libyen dans sa lutte pour vaincre le terrorisme et la violence, pour rétablir la primauté du droit et pour construire une société libre, prospère et démocratique».