L’Irak brûle, Maliki évincé menace le nouveau président, la crise politique s’ajoute au chaos

Des Irakiens brandissent un portrait du Premier ministre Nouri al-Maliki, lors d'un rassemblement visant à le soutenir le 9 août 2014 à Bagdad (Karim Kadim/AFP)
Temps de lecture estimé : 4 minutes
Des Irakiens brandissent un portrait du Premier ministre Nouri al-Maliki, lors d'un rassemblement visant à le soutenir le 9 août 2014 à Bagdad (Karim Kadim/AFP)
Des Irakiens brandissent un portrait du Premier ministre Nouri al-Maliki, lors d’un rassemblement visant à le soutenir le 9 août 2014 à Bagdad (Karim Kadim/AFP)

Alors que l’Irak brûle, le premier ministre chiite irakien évincé s’est engagé dans un bras de fer avec le nouveau Président du pays qui ne l’a pas appelé à former un nouveau gouvernement, et ce, au moment où Washington vient, pour la première fois depuis le retrait de ses troupes du pays fin 2011, de s’impliquer directement pour aider les Irakiens en menant des frappes aériennes contre les positions djihadistes qui se sont emparés en juin de pans entier du territoire national.
—–
Mise à jour au 11/08/2014 à 21h02

Le président américain Barack Obama a mis tout son poids lundi derrière le nouveau Premier ministre irakien Haïdar al-Abadi, appelant fermement, mais sans jamais le nommer, le très contesté Nouri al-Maliki à céder pacifiquement le pouvoir.

—-à 16h22 Le Premier ministre sortant irakien Nouri al-Maliki, qui briguait un 3e mandat, a jugé que la nomination lundi de son successeur constituait une violation de la Constitution, menée avec le soutien des États-Unis et refuse d’accepter cette nomination.

—–

L’élection la semaine dernière de Fouad Massoum à la présidence irakienne a ouvert la voie à la formation d’un nouveau gouvernement et à l’éviction de Maliki.

La coalition de Maliki, un chiite, a de fait remporté les législatives du 30 avril et ce dernier visait un 3e mandat, mais il est vivement critiqué pour son autoritarisme et son choix de marginaliser la minorité sunnite qui, selon certains, a conduit à l’insurrection islamiste à l’oeuvre aujourd’hui dans le nord du pays.

Le président devrait plutôt charger Haïdar al-Abadi, un chiite du même parti que Maliki, de former le nouveau gouvernement.

Le bloc chiite du Parlement irakien a en effet désigné lundi Haïdar al-Abadi, du parti Dawa, comme candidat au poste de Premier ministre à la place de Nouri al-Maliki.

Le Premier ministre irakien sortant avait annoncé plus tôt lundi à la télévision d’État qu’il allait déposer une plainte contre le président Fouad Masoum pour avoir violé la constitution.

«Aujourd’hui je vais déposer une plainte devant la Cour fédérale contre le président», a-t-il dit dans une déclaration surprise retransmise à minuit dans la nuit de dimanche (heure de Bagdad) par la télévision d’État.

Maliki a accusé le président d’avoir violé deux fois la Constitution, notamment en ne confiant pas à un Premier ministre désigné la mission de former un nouveau gouvernement, et annoncé son intention de porter plainte contre lui.

Haïdar al-Abadi, en 2009 à Bagdad (archives/AFP)

Tout cela, avant la désignation par le bloc chiite d’Haïdar al-Abadi comme candidat au poste de Premier ministre. Mais il reste à voir si la désignation d’al-Abadi fera baisser la tension. La coalition du Premier ministre sortant Nouri al-Maliki fait certes partie de l’Alliance nationale irakienne qui a désigné al-Abadi, mais il n’est pas certain qu’elle soutienne la candidature de Haïdar al-Abadi, pourtant considéré comme un proche du premier ministre sortant qui semble vouloir s’accrocher de toutes ses forces au pouvoir.

En outre, un déploiement inhabituel de forces a eu lieu dans des zones stratégiques à Bagdad dans la nuit de dimanche à lundi, peu de temps avant que le Premier ministre annonce son intention de déposer une plainte contre le président.

Le secrétaire d’État américain, John Kerry, a réaffirmé pour sa part lundi le soutien de Washington au président irakien Fouad Massoum et mis en demeure le Premier ministre sortant, Nouri al-Maliki, de ne pas ajouter la crise politique aux urgences militaire et humanitaire.

«Nous soutenons fermement le président Massoum (qui) a la responsabilité de garantir la Constitution de l’Irak», a déclaré John Kerry lors d’un déplacement à Sydney, ajoutant «Nous espérons que M. Maliki ne causera pas de problèmes».

Maliki se querelle, le combat continue

Pendant que le chiite Maliki se querelle avec ses tous ceux qui ne sont pas de son camp, les États-Unis livrent des armes aux peshmergas, les forces kurdes qui combattent les djihadistes au nord de l’Irak, a annoncé le département d’État lundi.

«Nous collaborons avec le gouvernement irakien pour envoyer des armes aux Kurdes, dont ils ont très vite besoin. Les Irakiens procurent des armes de leurs stocks, et nous faisons la même chose, nous leur fournissons des armes de nos stocks», a déclaré la porte-parole du Département d’État Marie Harf s la chaîne d’information continue américaine CNN.

Marie Harf a précisé que ces livraisons ont commencé la semaine dernière, sans toutefois détailler le type d’armes livrées. Les Kurdes sont en pointe dans le combat contre les djihadistes et, en Irak comme en Syrie, ce sont eux qui ont stoppé l’ascension fulgurante des ultra-radicaux de l’État islamique.

Encore hier, les forces kurdes ont repris ce dimanche 10 août deux villes du nord de l’Irak aux djihadistes, aidées dans leur contre-offensive par les frappes aériennes des États-Unis, qui larguaient également des vivres aux milliers de déplacés pris au piège dans les montagnes sur les monts Sinjar après avoir fui les djihadistes.

Lundi, les djihadistes de l’EI se sont toutefois emparés du contrôle de la ville de Jalawla à 130 km au nord-est de Bagdad après deux jours de combats féroces avec les forces kurdes peshmergas, des sources de sécurité affirmant que les combats avaient fait 10 morts et environ 80 blessés dans les rangs des peshmergas.

Par ailleurs, La Ligue arabe a accusé lundi les rebelles djihadistes de l’EI en Irak de commettre des «crimes contre l’Humanité» en persécutant la communauté des Yazidis, qui risquent de mourir par milliers dans les montagnes du Nord où ils se sont réfugiés.

Nabil al-Arabi, le Secrétaire général de la Ligue, dont le siège est au Caire, a aussi réclamé dans un communiqué que les responsables de ces «crimes contre l’Humanité» soient traduits en justice.

*Avec AFP