Poutine déclare qu’il faut contraindre Kiev à négocier avec les insurgés

Le président russe Vladimir Poutine arrive au Forum national des jeunes Seliger 2014 (Service de presse du Kremlin)
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Le président russe Vladimir Poutine arrive au Forum national des jeunes Seliger 2014 (Service de presse du Kremlin)
Le président russe Vladimir Poutine arrive au Forum national des jeunes Seliger 2014 (Service de presse du Kremlin)

L’OTAN appelle ce vendredi en termes très fermes la Russie à cesser ses « actions militaires illégales » en Ukraine, tandis que Vladimir Poutine, rappelant les liens historique entre Ukrainiens et Russes, déclare qu’il fallait « contraindre » Kiev à négocier avec les séparatistes prorusses dans l’est de l’Ukraine.

Le secrétaire général de l’Alliance atlantique Anders Fogh Rassmussen a condamné le « mépris permanent de la Russie pour ses obligations internationales », exigeant des mesures immédiates et vérifiables en vue d’une désescalade » dans le conflit qui ravage l’est de l’Ukraine.

Jeudi, l’OTAN a affirmé que plus de 1.000 soldats russes combattaient en Ukraine et que 20.000 étaient massés le long de la frontière.

Aujourd’hui, lee chef de la diplomatie française Laurent Fabius a demandé que « cessent les bruits de bottes russes » dans l’est de l’Ukraine, tandis que Berlin a dénoncé une « intervention militaire », le chef de la diplomatie allemande Frank-Walter Steinmeier prévenant également que la situation risquait de devenir « hors de contrôle » avec une « confrontation immédiate » entre troupes russes et ukrainiennes.

L’Occident compte toutefois répondre aux chars par…des sanctions. Washington, Berlin et Londres ont brandi la menace de nouvelles sanctions contre Moscou, mais le président américain, Barack Obama, a très clairement exclu hier l’option militaire.

Moscou pour sa part a répliqué en brandissant l’arme du gaz, indiquant qu’il y avait « un risque que le gaz livré par [la compagnie russe] Gazprom à destination de l’Europe ne soit illégalement prélevé par l’Ukraine pour ses propres besoins » à l’approche de l’hiver.

Face à cette aggravation de la situation, Kiev a cependant annoncé ce vendredi son intention de relancer le processus d’adhésion à l’OTAN, l’Alliance atlantique soulignant pour sa part qu’elle ne fermerait pas la porte à l’Ukraine.

Et aujourd’hui, le Premier ministre Arseni Iatseniouk a annoncé que son « gouvernement soumettrait au Parlement un projet de loi visant à annuler le statut faisant que l’Ukraine ne souhaitait appartenir à aucun bloc et à revenir sur la voie de l’adhésion à l’OTAN ».

Poutine veut contraindre Kiev à négocier avec les insurgés

Vladimir Poutine a de son côté déclaré qu’il fallait « contraindre » Kiev à négocier avec les insurgés prorusses pour « entamer des négociations sur le fond ».

Dans communiqué aux « insurgés de la Novorossiya » (« Nouvelle Russie »), mot qu’il utilise depuis avril pour désigner plusieurs régions de l’est et du sud de l’Ukraine, le chef du Kremlin a déclaré qu' »Il est clair que la milice a obtenu un grand succès dans l’interception de l’opération militaire de Kiev, qui représente un grave danger pour la population du Donbass et qui a déjà entraîné la perte de nombreuses vies humaines parmi les habitants pacifiques ».

« J’appelle les milices à ouvrir un couloir humanitaire pour les militaires ukrainiens qui ont été entourés, de manière à éviter toute perte inutile de vie, en leur donnant la possibilité de quitter la zone de combat sans entrave […] et à fournir rapidement une assistance médicale à ceux qui ont été blessés au cours de l’opération militaire », a-t-il ajouté.

« Pour sa part, la partie russe est prête à fournir une aide humanitaire à la population du Donbass, qui a été touchés par cette catastrophe humanitaire », a poursuivi Vladimir Poutine.

« Encore une fois je demande, aux autorités ukrainiennes de cesser immédiatement les opérations militaires, de cesser le feu,de s’asseoir à la table des négociations avec les représentants du Donbass et de résoudre tous les problèmes accumulés exclusivement par des moyens pacifiques », a conclu le chef du Kremlin.

Leçon d’Histoire avec le professeur Poutine

Par ailleurs, en visite au 10e Forum national des jeunes Seliger 2014, Vladimir Poutine s’est fait professeur d’Histoire, expliquant que « Le peuple russe et le peuple ukrainien étaient quasiment un seul et même peuple », et déclarant aussi que la Crimée ne retournerait jamais dans le giron ukrainien.

Le Forum Seliger regroupent les jeunes diplômés et les enseignants de partout en Russie dans les domaines de l’histoire, la science politique, la sociologie, la philosophie et l’économie.

« Je pense que les peuples russes et ukrainiens sont pratiquement un même peuple, peu importe ce que les autres peuvent dire », a dit le chef du Krmlin en s’adresant aux participants du Forum..

« Corrigez-moi bien sûr, si vous voulez, mais écoutez d’abord. Il n’y avait pas de peuple russe en tant que tel à une certaine époque. Il y avait des tribus slaves. Certains disent qu’il y avait 16, d’autres 32, les gens ont des chiffres différents pour ces tribus, les Slaves, les Drevlians et ainsi de suite ».

« C’est après cela que le peuple russe a commencé à prendre forme, mais il était multi-ethnique depuis le début. Les personnes vivant dans ce qui est aujourd’hui l’Ukraine se disaient eux-mêmes Russe », de poursuivre Vladimir Poutine, précisant que, s’il est naturel es territoires de l’ouest, proche de l’Europe de l’Ouest, aient développé des relations particulières avec le monde catholique et leurs voisins […]à travers le mélange « ils ne devraient pas imposer leur point de vue à l’ensemble du peuple ukrainien ».

« Mon point est que je pense que ce qui se passe en Ukraine aujourd’hui est une immense tragédie commun pour nous tous. Et nous devons faire tout notre possible pour mettre fin à cette tragédie dès que possible », a conclu le président russe au Forum national des jeunes.

Pendant ce temps, hélas. sur le terrain, tous les regards sont désormais tournés vers Marioupol (460.000 habitants), port stratégique ukrainien sur la mer d’Azov, dont la Russie et la Crimée sont aussi riveraines, où les forces prorusses et celles de Kiev fourbissent leurs armes et se préparent au combat.