Ukraine: mouvements de chars sur le nouveau front après des pourparlers avec Poutine

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Le président russe Vladimir Poutine donne une conférence de presse, le 27 août 2014 à Minsk, en Biélorussie (Service de presse du Kremlin)
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Le président russe Vladimir Poutine donne une conférence de presse, le 27 août 2014 à Minsk, en Biélorussie (Service de presse du Kremlin)
Le président russe Vladimir Poutine donne une conférence de presse, le 27 août 2014 à Minsk, en Biélorussie (Service de presse du Kremlin)

L’armée ukrainienne a fait état mercredi de la progression de chars venus de Russie dans une nouvelle zone de combats dans le Sud-Est, au moment où Kiev a demandé «l’aide» de l’Alliance atlantique.

Signe de l’absence de progrès après une rencontre en tête-à-tête entre le président russe et son homologue ukrainien Petro Porochenko mardi soir, Kiev attend «une aide pratique» de l’OTAN lors d’un sommet de l’Alliance la semaine prochaine, a déclaré le Premier ministre ukrainien Arseni Iatseniouk.

Sur le terrain, un journaliste de l’AFP a vu mercredi des traces de chenilles dans le sud de la région séparatiste de Donetsk, une zone jusqu’ici relativement calme. Des explosions montraient que des combats étaient en cours dans le secteur.

Une colonne de 100 véhicules «dont des chars, des blindés, des lance-roquettes multiples Grad, avance sur la route Starobechevé-Telmanové» et se dirige vers la localité de Telmanové, à une vingtaine de kilomètres de la frontière russe et à 80 km au sud de Donetsk, place forte des rebelles prorusses, a affirmé l’armée dans un communiqué.

Le communiqué ne précise ni l’appartenance de ces véhicules, ni l’origine de leurs équipages. Mais une source militaire ukrainienne interrogée par l’AFP a assuré que les chars étaient russes.

«Il est impossible d’acheter 100 chars quelque part au marché à Donetsk ou Lougansk, il est clair qu’ils ont fait incursion depuis la Russie. Nous cherchons des preuves photo ou vidéo pour le déclarer officiellement», a affirmé cette source.

Dans le village de Rozdolné entre Telmanové et Starobechevé, un journaliste de l’AFP a vu des traces de chenilles de véhicules militaires sur la chaussée dans le sens nord-sud.

«Hier, il y avait des combats vers Starobechevé», raconte une vieille femme qui vend des légumes en bord de route. «Cette nuit, il y a eu des bombardements autour», poursuit-elle.

D’autres racontent qu’une colonne de plusieurs dizaines de véhicules, vraisemblablement ukrainiens, est passée «à grande vitesse la veille» en direction du sud, vers Telmanové et Novoazovsk, ville côtière en proie à des tirs d’artillerie et de combats au sol mardi.

Poutine: ‘ce n’est pas notre affaire’

Sur le front diplomatique les pourparlers inédits entre les dirigeants ukrainien et russe en présence de responsables de l’Union européenne se sont terminés sans grandes avancées concrètes, alors que Vladimir Poutine a minimisé la capture de parachutistes russes sur le territoire de l’Ukraine. Il a également affirmé que la crise ukrainienne devait être résolue par les Ukrainiens entre eux.

«Nous ne pouvons pas parler d’un cessez-le-feu, de possibles accords entre Kiev, Donetsk et Lougansk. Ce n’est pas notre affaire. C’est une affaire interne à l’Ukraine», a-t-il déclaré.

M. Poutine a également minimisé les protestations de Kiev après la capture de dix soldats russes en territoire ukrainien dont les interrogatoires filmés ont été largement diffusés en Ukraine, une incursion qui est arrivée selon Moscou «par accident».

«D’après ce que j’ai entendu, ils patrouillaient à la frontière et ont pu se retrouver sur le territoire ukrainien», a déclaré l’homme fort du Kremlin, rappelant que des soldats ukrainiens avaient par le passé également franchi la frontière pour se retrouver en Russie.

L’Ukraine et plusieurs pays occidentaux ne cessent d’accuser la Russie de fournir armes et combattants aux séparatistes prorusses dans l’Est et de tirer au lance-roquettes multiples sur les gardes-frontières ukrainiens, ce que Moscou a toujours démenti.

‘Aide pratique’ de l’OTAN

M. Porochenko a pour sa part demandé des «actions concrètes» pour assurer le contrôle de la frontière et évoqué une «feuille de route» pour un plan de paix destiné à mettre fin aux affrontements, qui ont déjà provoqué la mort de plus de 2.200 personnes en quatre mois.

«Le cynisme de Poutine qui nie l’implication Moscou dans la guerre est une moquerie non dissimulée vis-à-vis de l’Ukraine et des Occidentaux», a lancé mercredi l’expert militaire ukrainien indépendant Valentin Badrak.

Le Premier ministre Arseni Iatseniouk a pour sa part souligné que Kiev attendait des «décisions cruciales» au sommet de l’OTAN qui se tiendra les 4 et 5 septembre au Pays de Galles et auquel participera le président ukrainien.

«Nous devons approuver aujourd’hui un programme de coopération annuel Ukraine-OTAN. Nous attendons de nos partenaires occidentaux et de l’Alliance une aide pratique et des décisions cruciales au sommet du 4 septembre», a-t-il dit en ouverture du Conseil des ministres.

L’OTAN, préoccupée par l’attitude de la Russie dans la crise ukrainienne, veut pouvoir déployer en quelques jours des troupes et des armements d’envergure dans l’est de l’Europe, a indiqué son secrétaire général Anders Fogh Rasmussen dans un entretien publié mercredi par plusieurs journaux européens.