Kiev accuse Poutine de vouloir «éliminer» l’Ukraine

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Chars ukrainiens stationnés le 7 septembre 2014 près de Marioupol (Philippe Desmazes/AFP)
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Chars ukrainiens stationnés le 7 septembre 2014 près de Marioupol (Philippe Desmazes/AFP)
Chars ukrainiens stationnés le 7 septembre 2014 près de Marioupol (Philippe Desmazes/AFP)

Kiev a dit samedi avoir repoussé un assaut rebelle contre l’aéroport de Donetsk dans l’Est séparatiste prorusse, en dépit de la trêve, et le Premier ministre a accusé Vladimir Poutine de vouloir « éliminer » l’Ukraine.

Cet assaut visant un lieu stratégique constitue l’une des plus importantes violations du cessez-le-feu, scellé il y a huit jours entre Kiev et les rebelles prorusses pour mettre fin au conflit de cinq mois qui a fait plus de 2.700 morts.

Un soldat a été tué au cours des dernières 24 heures dans l’Est, portant à six le nombre de morts dans les rangs ukrainiens depuis le début de la trêve, a indiqué le porte-parole militaire ukrainien Andriï Lyssenko.

Entretemps, un convoi humanitaire russe est arrivé samedi matin dans le bastion rebelle de Lougansk, selon les agences russes.

Même si l’envoi d’aide humanitaire aux régions orientales ukrainiennes est prévu dans l’accord du cessez-le-feu signé avec la participation de la Russie et de l’OSCE, ces convois russes en zones séparatistes constituent un élément de pression sur l’Ukraine.

Fin août, Kiev avait qualifié d' »intervention directe » russe l’entrée en territoire ukrainien d’un premier convoi russe similaire sans avoir obtenu le feu vert ukrainien ni celui de la Croix-Rouge.

Kiev et les Occidentaux accusent Moscou d’armer les rebelles et d’avoir envoyé fin août des troupes régulières dans l’est de l’Ukraine, ce que Moscou dément.

La crise ukrainienne a provoqué la pire dégradation des relations entre Moscou et les Occidentaux qui, méfiants à l’égard de la trêve fragile, ont appliqué vendredi de nouvelles sanctions économiques contre la Russie, les Américains frappant notamment la principale banque publique Sberbank et les géants énergétiques Gazprom et Lukoïl.

« De nombreux rebelles soutenus par six chars ont lancé vendredi à 19H30 (16H30 GMT) un assaut contre l’aéroport de Donetsk qui a été héroïquement repoussé par les soldats », a annoncé samedi l’état-major de l’opération ukrainienne dans l’Est.

Vers 20H50, les rebelles ont tiré contre les positions des forces ukrainiennes qui contrôlent l’aéroport. Samedi à l’aube, l’aéroport a été l’objet de tirs au lance-roquettes, selon la même source.

Des habitants de Donetsk interrogés samedi par l’AFP ont dit avoir entendu des bombardements brefs mais intenses vendredi en provenance du secteur de l’aéroport.

Aux abords de ce site stratégique, théâtre d’intenses combats ces derniers mois entre les forces ukrainiennes et les insurgés, les rebelles interrogés par un journaliste de l’AFP ont dit qu’il y avait eu des bombardements dans la nuit, mais pas de progression de leur part ni de prise de l’aéroport.

Poutine veut ‘toute l’Ukraine’

A Kiev, le Premier ministre ukrainien Arseni Iatseniouk a souligné qu’il était « prématuré » de parler d’un règlement pacifique en Ukraine.

Il a estimé que la destabilisation de l’Est n’était qu’une étape du plan du président russe Vladimir Poutine, qui cherche à « éliminer l’Ukraine en tant qu’Etat indépendant ».

« Le but final de Vladimir Poutine n’est pas seulement les régions de Donetsk et de Lougansk, il veut s’emparer de l’Ukraine entière », a-t-il lancé lors d’une conférence internationale annuelle consacrée à la stratégie proeuropéenne de l’Ukraine.

Selon lui, la prochaine étape serait la création d’un « couloir » reliant la frontière russe à la péninsule ukrainienne de la Crimée annexée par la Russie en mars et en passant par plusieurs régions du sud de l’Ukraine et allant jusqu’à la Transdniestrie, région séparatiste prorusse de la Moldavie.

Le président russe « ne peut pas accepter l’idée que l’Ukraine fasse partie de la famille européenne, il veut restaurer l’Union soviétique », a-t-il ajouté alors que Kiev va ratifier mardi l’accord historique d’association avec l’UE, concrétisant son éloignement du giron russe.

Concession européenne à Moscou

Tout en sanctionnant Moscou pour son rôle dans le conflit ukrainien, l’Union européenne lui a fait une concession majeure vendredi en acceptant de repousser à la fin 2015 l’entrée en vigueur de l’accord de libre-échange entre l’Ukraine vu d’un très mauvais oeil par le Kremlin.

Dans les 15 mois à venir, les discussions vont se poursuivre dans le format tripartite incluant la Russie, a déclaré vendredi soir le commissaire européen au Commerce Karel De Gucht après avoir reçu le chef de la diplomatie ukrainien Pavlo Klimkine et le ministre russe de l’Economie Alexeï Oulioukaïev.

Et l’UE a en même temps accepté de prolonger pour la même période une forte réduction des taxes douanières sur certains produits ukrainiens à destination du marché européen.

Cherchant à faire bonne figure, M. Iatseniouk a jugé que ce n’était « pas un mauvais accord pour l’Ukraine ».