Le Conseil de sécurité condamne unanimement l’État islamique et Kerry entrouvre la porte à l’Iran

Le Secrétaire d’Etat américain, John Kerry (à droite), dont le pays préside le Conseil de sécurité en septembre, et le Ministre français des affaires étrangères, Laurent Fabius, lors d’une réunion du Conseil sur l’Iraq (Eskinder Debebe/ONU)
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Le Secrétaire d’Etat américain, John Kerry (à droite), dont le pays préside le Conseil de sécurité en septembre, et le Ministre français des affaires étrangères, Laurent Fabius, lors d’une réunion du Conseil sur l’Iraq (Eskinder Debebe/ONU)
Le Secrétaire d’Etat américain, John Kerry (à droite), dont le pays préside le Conseil de sécurité en septembre, et le Ministre français des affaires étrangères, Laurent Fabius, lors d’une réunion du Conseil sur l’Iraq (Eskinder Debebe/ONU)

Le Conseil de sécurité des Nations Unies a condamné unanimement vendredi les attaques perpétrées en Iraq, en Syrie et au Liban, par l’État islamique EI) et les groupes armés associés, alors que John Kerry a été jusqu’à entrouvrir la porte à Téhéran, soulignant qu’il y a un rôle pour presque tous les pays, y compris l’Iran, et notant la participation à la réunion de son homologue iranien.

Dans une déclaration présidentielle adoptée aujourd’hui, le Conseil a exprimé sa consternation face aux tueries, enlèvements, viols et tortures commis par l’EI à l’encontre de très nombreux Irakiens et nationaux d’autres États, ainsi que face au recrutement et à l’emploi d’enfants par ce groupe.

Le Conseil a souligné que ceux qui ont commis des violations du droit humanitaire international ou des violations des droits de l’homme doivent répondre de leurs actes, en notant qu’une partie de ces actes pourraient constituer des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité.

Trente ministres et secrétaires d’État, dont les chefs de la diplomatie iranienne, irakienne et française, et des représentants venus de pays qui font partie de la coalition mobilisée par Washington contre l’organisation EI (Royaume-Uni, Canada, Australie, Qatar, Jordanie, Allemagne, Émirats arabes unis, Turquie, Égypte).

Danger sans précédent, dit l’ONU

«La Mission des Nations Unies en Iraq a observé la stratégie de terreur de cette organisation, qui se poursuit même après la chute de Mossoul», a fait observer pour sa part le le Représentant spécial du Secrétaire général pour l’Irak, Nickolay Mladenov. «Son contrôle sur de larges territoires tant en Iraq qu’en Syrie, combiné à leur idéologie animée par la haine, la peur et le nihilisme, ont fait de l’EI un danger évident pour l’unité de l’Iraq et une menace à la sécurité régionale et internationale », a-t-il indiqué.

Le Représentant spécial a également rappelé que 1,8 million d’Irakiens avaient été déplacés depuis janvier, dont 850.000 ont trouvé refuge dans la région du Kurdistan.

Avec l’hiver qui approche, il a souligné la nécessité de prendre des mesures cruciales.

Il a aussi parlé de l’immense effort humanitaire déployé par les Nations Unies, qui tentent en outre de porter secours à 650.000 personnes se trouvant toujours dans les zones de conflit.

«Rien que la nuit dernière, 10.000 familles supplémentaires de la province de Diyala ont été contraintes de fuir leurs maisons. La crise humanitaire n’est pas seulement dans le nord du pays, mais partout dans le pays », a aussi déclaré le Représentant spécial.

Vibrant plaidoyer du Canada contre l’État islamique

«L’État islamique est malfaisant et doit être arrêté avant de devenir une plus grande menace à la sécurité mondiale», a déclaré pour sa part le ministre canadien des Affaires étrangères, John Baird.

«L’EI ne cache pas ses actes ignobles, il s’en réjouit et utilise le Web pour créer un impact disproportionné. Il croit que plus ils sont brutaux, plus nous serons effrayés. Ils ont tort », a poursuivi le ministre.

«Nous devons rejeter la vision nihiliste du monde qu’a l’EI partout où nous la trouvons», a-t-il martelé.

«Le Canada soutient ceux qui sont au front contre l’EI par le déploiement de conseillers et la livraison d’équipement. Il finance les efforts régionaux pour endiguer le flot de combattants étrangers et Canada apporte de l’aide humanitaire pour alléger les souffrances de ceux qui ont fui la barbarie de l’EI», a souligné le chef de la diplomatie canadienne, ajoutant qu’il ne fait aucun doute que l’EI est une réelle menace pour la stabilité et la sécurité mondiales».

«L’aide militaire, économique et financière à l’Irak doit continuer (à affluer) pour soutenir la contre-offensive irakienne contre l’EI», a déclaré pour sa par devant le Conseil le ministre irakien des affaires étrangères Ibrahim al-Jaafari. «Combattre ces terroristes en Irak et les empêcher d’y répandre le mal est dans l’intérêt du monde dans son ensemble».

La France engagée résolument dans la lutte à l’État islamique

«Daech», vocable sous lequel il désigne l’État islamique, «n’a pas la légitimité d’un État et ne représente pas l’islam», a fait observer pour sa part le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, martelant «Les égorgeurs de Daech doivent être combattus et battus».

Illustration éloquente des propos du chef de la diplomatie française, vendredi, après les Américains, des chasseurs français Rafale ont frappé à leur tour des positions du groupe ultra-radical et violent en Irak.

La France est devenu ainsi le premier pays à se joindre à l’offensive aérienne américaine contre les jihadistes qui se sont emparés en juin de pans entier du territoire irakien, ont proclamé un «califat» sur les territoires conquis dans ce pays et en Syrie et y font depuis régner la terreur.

Kerry entrouvre aussi la porte à l’Iran

John Kerry s’est déclaré quant à lui absolument convaincu «qu’à travers une campagne mondiale nous pouvons vaincre la menace de l’EI». «Le fait que tant de pays sont représentés ici», a-t-il ajouté, «démontre la nécessité pour nous tous de soutenir le nouveau gouvernement irakien et de mettre fin à la barbarie absolue que représente l’EI».

Et chaque jour, les détails de la participation de chacun des membres de la coalition se précisent davantage.

Énumérant les engagements pris par les membres de la coalition anti-EI, le chef de la diplomatie américaine a souligné qu’il y a un rôle pour presque tous les pays, y compris l’Iran, notant la participation à la réunion de son homologue iranien.

Les Etats-Unis et l’Iran ont parlé cette semaine de la lutte contre les jihadistes de l’État islamique en Irak et en Syrie, en marge de leurs négociations bilatérales sur le programme nucléaire iranien, a indiqué à ce propos vendredi la diplomatie américaine.

John Kerry avait lui-même affirmé lundi à Paris à la Conférence sur sécurité en Irak être opposé à toute coordination militaire avec l’Iran, également ennemi du groupe l’État islamique, mais allié de la Syrie de bachar Al-Assad, mais qu’il était favorable à poursuivre une conversation diplomatique avec la République islamique sur ce dossier.

L’Iran pour sa part a réaffirmé dans la nuit de vendredi à samedi qu’une lutte efficace contre l’EI ne pouvait coexister avec une stratégie d’affaiblissement du gouvernement syrien.

«Pour combattre l’EI en Irak et en Syrie, nous devons coopérer avec les gouvernements dans ces deux pays», a déclaré le vice-ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, devant Conseil de Sécurité.

*Avec AFP